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Conférence sur la sécurité de Munich le 7 février. Les mots et les réalités

La conférence internationale tenue à Munich le 7 février a vu s'affronter, sous des mots se voulant neufs, des réalités géostratégiques qui ne marquent pas de grands changements. La position de la France en sort plus confuse que jamais. Quant à la défense européenne, elle n'a marqué aucun progrès de fond.

Le vice-président américain Jo Biden, représentant la nouvelle administration de Barack Obama, a lancé « un message d'ouverture à tous les dirigeants de la planète ».. Mais pour quoi faire ? « L'Amérique fera plus, mais demandera plus à ses partenaires ». Ceci signifie clairement réaffirmer le leadership américain, notamment sur lesdits partenaires. Sur le point essentiel qu'est l'Afghanistan, Jo Biden ne modifie pas la position guerrière  de G.W.Bush. Au contraire, comme annoncé par Obama, il la renforce. « Les Etats-Unis cherchent des objectifs "clairs et réalisables" en Afghanistan dans le cadre d'une stratégie globale que Washington, mais aussi ses alliés, doivent prendre en charge. Cette stratégie devra mobiliser les ressources militaires et civiles américaines afin d'empêcher que l'Afghanistan ne soit un repaire du terrorisme islamiste ». Il veut y associer le Pakistan, mais comment et pour quoi faire ?

Vis-à-vis de la Russie et de l'Iran, le discours des mois précédents n'a pas changé, sous des mots plus conciliants. Aussi bien les Russes comme les Iraniens ne s'y trompent pas. Lors d'une réunion précédant le colloque sur la sécurité, le premier vice-premier ministre russe, Sergueï Ivanov, a souligné que Moscou ne renoncerait au déploiement de missiles Iskander dans l'enclave de Kaliningrad qu'à la condition que Washington oublie son projet de bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque. Or Jo Biden n'a rien annoncé de tel. Quant au président du parlement iranien Ari Larijani, il a mis en garde contre une poursuite par les Etats-Unis de "la politique de la carotte et du bâton" à propos des activités nucléaires de Téhéran. Cette politique, mélange de sanctions et d'offres de coopération, "a été et demeure un concept irrationnel". Il parait évident que l'Iran ne renoncera pas à ses activités nucléaires non plus qu'à ses projets spatiaux, comme le montre la récente mise en orbite d'un satellite dit scientifique. Que feront les Etats-Unis, avec ou sans la pression d'Israël ? Comment réagira l'Europe?

La position française, annoncée par Nicolas Sarkozy comme s'il s'agissait d'une évidence ne méritant pas discussion, n'est pas plus claire. Il a défendu le principe d'une défense européenne mais la seule marque tangible de progrès dans ce domaine est le stationnement en France d'une unité de la force franco-allemande. C'est sympathique, mais dans le sens d'un rapprochement civil et militaire des deux Etats, qui s'impose absolument pour faire face à la crise et à ses dangers, on pouvait espérer mieux.

Par ailleurs et surtout, la rentrée définitive de la France dans les organes de commandement de l'Otan a été présentée par Nicolas Sarkozy  comme une marque d'autonomie de la France. Elle devrait pouvoir y faire valoir un point de vue différent de celui des membres actuels. On ne voit pas bien en quoi, quand l'on sait à quel point sont imbriqués les structures militaires et industrielles de l'Otan, laquelle reste considérée par les Etats-Unis comme le faire-valoir des technologies américaines.

Au point de vue politique, dans le même temps que Nicolas Sarkozy s'exprimait, le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer se permettait de dire à Munich qu'il attendait un renforcement des contingents français et allemands « "Le rééquilibrage des relations entre les Etats-Unis et l'Europe est une route à double voie (?) . Je suis franchement préoccupé quand j'entends que les Etats-Unis préparent un engagement fort en Afghanistan et que d'autres alliés excluent déjà de faire plus (...) Cela n'est pas bon pour l'équilibre politique (...) et les appels à ce que la voix de l'Europe soit entendue à Washington risquent du coup de sonner un peu creux".

Jaap aboie, la France et l'Allemagne n'auront qu'à s'incliner, même en prétendant faire le contraire.

PS au 9 février: Deux jours après la conférence de Munich, il semble que les Russes considèrent avec une certaine faveur les divers assouplissements  résultant de la nouvelle position américaine à leur égard. Il pourrait donc être temps de relancer le projet d'accord stratégique USA-Russie-Europe, autrement dit la "nouvelle architecture de sécurité"  présentée il y a quelques mois par la Russie et bien accueillie par l'Allemagne et la France. Mais ce serait à l'Europe de prendre l'intitiative. On lira à ce sujet l'article de Dedefensa http://www.dedefensa.org/article-bienfaits_collateraux_de_la_grande_crise_09_02_2009.html
On notera à l'inverse que le World Socialist Web Site confirme le 9 février que le discours de Biden n'a pratiquement pas renouvelé la politique d'agression antérieure. Il n'est pas nécessaire d'être socialiste pour s'en convaincre. C'est ce que nous avions jugé nous-mêmes sans grand effort de pénétration dans le corps du présent article, écrit le 7 au soir. Voir http://www.wsws.org/articles/2009/feb2009/bide-f09.shtml
08/02/2009
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