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A propos du LEMOA. Que cherche l'Inde?

Alors que la Chine et la Russie accroissent leur coopération stratégie (Voir http://katehon.com/article/new-global-security-model-multipolar-world ) en vue de constituer un monde dit multipolaire, en opposition à un monde unipolaire dirigé les Etats-Unis, l'Inde, sous le président Narendra Modi, semble actuellement vouloir rejoindre le monde monopolaire américain.
 Il y quelques mois encore, l'Inde semblait décidée à participer au BRICS comme partenaire actif, ne fut-ce que pour ne pas être tenue à l'écart des grands programmes d'investissement en cours de mise en place, à l'instigation de la Chine et avec le soutien de la Russie, dans des projets tels que la Nouvelle Route de la Soie. Mais on pouvait aussi penser que cette participation visait à contrebalancer celle du Pakistan, activement courtisé par la Chine et la Russie, pour qu'il se joigne à ces projets.

Or à l'occasion de la visite le 29 août à Washington du ministre indien de la défense Manohar Parrikar, la seconde en huit mois, l'Inde signera avec les Etats-Unis le protocole d'accord dit LEMOA (Logistics Exchange Memorandum of Agreement) donnant, entre autres, à l'armée américaine la possibilité d'utiliser 10 bases militaires indiennes commandant notamment l'Océan indien et ses routes maritimes - où circulent également les flottes commerciales utilisées par la Chine. Dans le même temps, les accords de coopération industrielle avec les industriels américains, y compris en matière de défense, se multiplient.

Parmi les raisons justifiant ce rapprochement se trouve sans doute la crainte indienne de voir la Chine bâtir une superpuissance dominant la sienne, y compris au plan militaire. Cette crainte est évidemment amplifiée par Washington. Récemment le chef de U.S. Pacific Command, l'Amiral Harry B Harris, avait affirmé à ses interlocuteurs indiens que Pékin était en train de construire un “ great wall of sand” en Mer de Chine Méridionale, au détriment en premier lieu de l'Inde.

Ceci peut paraître particulièrement maladroit de la part de l'Inde, notamment à la veille d'une élection à la Maison Blanche qui pourrait entrainer, soit de la part de Donald Trump un rapprochement avec Moscou, soit de la part de Hillary Clinton le lancement d'opérations militaires tous azimuts dans lesquelles l'Inde ne voudra certainement pas se voir impliquée.

Dans le même temps également, les Etats-Unis peinent de plus en plus à édifier un nouveau mur de Berlin contre la Chine, du fait notamment de la défection de la Turquie et des réticences de plus en plus marquées de l'Indonésie. Celle-ci, pour des raisons évidentes, tient à rester en bons termes avec Pékin, notamment en ce qui concerne la coopération commerciale et maritime.

En se rapprochant des Etats-Unis, l'Inde semble au contraire vouloir abandonner le concept de monde multipolaire pour rejoindre un monde monopolaire tel celui construit jusqu'à présent par les Etats-Unis. Sous la pression américaine, Narendra Modi ne fera sans doute qu'une courte visite au sommet des Non-alignés (NAM) qui se tiendra en septembre au Venezuela. Peut-être même ne s'y rendra-t-il pas. Il aurait pu cependant y rencontrer les chefs d'Etat qui partagent son souci de coopération économique en Asie.

Quels avantages attend-il en retour de son rapprochement, notamment militaire avec le Pentagone, qui résultera du LEMOA. Beaucoup d'observateurs en Inde se posent la question, et pas seulement dans les rangs du principal  parti d'opposition. Mais la réponse n'apparait pas.

Tout au contraire, cette nouvelle posture ne peut qu'accélérer une coopération entre la Russie, la Chine et le Pakistan. Moscou et Pékin ont engagé cette semaine des échanges stratégiques « de haut niveau » avec le Pakistan. Moscou a assuré que le développement de relations constructives avec ce pays sera un important facteur de stabilité en matière de sécurité régionale et internationale. Ceci notamment du fait des « sacrifices » que fait le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme. Pékin a confirmé ce jugement. Ces échanges stratégiques ne devraient pas se faire au détriment de l'Inde, qui devrait partager les mêmes objectifs de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Mais ce ne sera pas le cas si l'Inde paraît devoir rejoindre le camp américain.




27/08/2016
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