Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Conférence de presse du 5 février 2009. L'essentiel manquait

Il était normal que Nicolas Sarkozy présente aux Français ses propositions pour améliorer le sort des victimes de la crise économique. Nous ne les discuterons pas ici, d'autant plus qu'elles ne deviendront effectives qu'après la rencontre annoncée avec les « partenaires sociaux ». Mais fallait-il faire de ces propositions l'essentiel d'une heure et demi de pseudo-réponses à de pseudo-questions, sans aborder l'essentiel de ce que l'on attendait d'un homme d'Etat prenant ses interlocuteurs au sérieux ?

On attendait d'abord d'un président de la République française un diagnostic sans complaisance de la situation mondiale. Plus personne ne peut croire désormais, à moins de se fermer volontairement les yeux, que le monde n'affronte qu'une crise passagère d'adaptation à un capitalisme financier quelque peu déréglé. Plus personne n'espère que quelques mesures de reprise en mains décidées au G20 permettront de remettre le système sur les rails. Nous avons plusieurs fois rappelé ici que l'ensemble des pays du monde sont confrontés à une crise environnementale majeure, s'ajoutant  à la raréfaction prévisible des ressources alimentaires, énergétiques et de  matières premières. Le tout sera rendu encore plus meurtrier par la croissance démographique qui ne se stabilisera au mieux que vers 2050. On peut donc prévoir une aggravation majeure des conditions de vie des ¾ de l'humanité, ainsi qu'un durcissement des affrontements géostratégiques entre pays pauvres et pays riches, comme au sein de ceux-ci, entre les ressortissants des 4 zones monétaires majeures : dollar, yen, euro et yuan.  

Un diagnostic sans complaisance s'imposait également à l'égard de l'Europe. L'incapacité d'envisager des mesures fortes en commun, notamment en matière d'investissements stratégiques et de recherche-formation, prive nos pays des capacités civiles et militaires d'assurer l'avenir de l'Union et de la civilisation qu'elle représente. Il était bien que Nicolas Sarkozy paraisse enfin découvrir que la politique de relance par la consommation britannique était une illusion ou qu'était insupportable la posture d'un pays non membre de la zone euro, la Tchéquie, qui se permet le luxe de faire du dumping fiscal et social à l'égard de ce qui nous reste d'industries.  Mais là encore, il fallait dire plus. Il fallait s'engager à ce que la France pèse de tout son poids, sans discontinuité, en vue de la mise en place d'un gouvernement  politique, économique et social de la zone euro, susceptible d'investir là où il faut, convenablement protégé des fuites et fraudes, capable de négocier d'égal à égal avec les autres grands blocs. Cela n'aurait pas fait plaisir à nos partenaires. Des objections multiples auraient été présentées. Sarkozy aurait peut-être même été traité de Napoléon Bonaparte (degré de plus après l'actuelle comparaison avec Napoléon III). Les obstacles se seraient sans doute accumulés. Mais il en serait resté quelque chose et les Français (comme les citoyens de nombreux autres pays) se seraient sans doute sentis un peu mieux protégés qu'actuellement.

Un diagnostic sans complaisance s'imposait enfin à l'égard de la France. Mais il n'était pas celui auquel Nicolas Sarkozy fait constamment allusion, et qui guide l'essentiel de ses « réformes » : diminuer le poids de l'Etat et des organisations syndicales. Il fallait mentionner le caractère dorénavant insupportable  des privilèges d'une classe dirigeante et d'individus favorisés échappant par le rang et les relations à toutes les contraintes pesant sur le menu peuple et les « classes moyennes ». Il fallait mentionner la collusion entre la politique, les médias et les affaires, dont la France semble tenir le record en Europe. Le président et sa majorité auraient certes alors suscité moult récriminations, mais là encore les Français dans leur ensemble se seraient sentis mieux motivés pour  affronter les difficultés qui les attendent.

Rien de tout cela n'a été dit. Rien ne sera sans doute fait. Nicolas Sarkozy a paru vouloir s'excuser de ce qu'il n'avait pas vu venir la crise actuelle. Soit, encore que, depuis plus d'un an, les avertissements ne manquaient pas. Mais dans un an ou deux, lorsque la crise se sera aggravée malgré les discours lénifiants, il ne pourra plus revenir devant les Français en cherchant de nouvelles excuses à ses imprévisions actuelles. Il ne dispose plus que de la seule ressource d'un vrai chef d'Etat, agir enfin efficacement, et non discourir. Nous sommes tous, nous avec lui, le dos au mur.
07/02/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Un président dépassé
08/02/2009 10:35:25 | Par : Jérome de P.
Je pense que notre président est complètement dépassé par ce qui se passe. Son entourage ne l'aide pas
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire