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Omran Daqneesh et la propagande de guerre américaine

Peu de personnes ne s'interrogent aujourd'hui sur le fait qu'une photographie du jeune Omran Daqneesh, apparemment légèrement blessé à la tête, soit depuis quelques heures « universellement » reprise et commentée dans les médias dits occidentaux, c'est-a-dire les médias américains et leurs fidèles copies conformes en Europe, largement financées par la Fondation Soros.
La raison est simple. Les gouvernements occidentaux veulent faire de cette photographie un argument pour empêcher les forces de Bashar al Assad et leurs soutiens russes et iraniens d'intervenir militairement pour permettre une chute rapide de Aleppe. Cette ville est encore aujourd'hui un bastion des milices « rebelles modérées » soutenues par la CIA et par celles se revendiquant de l'Etat islamique pour continuer à retarder la progression des forces loyalistes. Les plus notables de ces milices sont celles dites du Fateh al-Sham Front, jusqu'ici nommé al-Nusra Front, notoirement affilié à Al Qaeda. Il est évident que si Aleppe tombait aux mains de Damas, les islamistes verraient leurs implantations en Syrie très compromises.

Pour éviter d'être chassés d'Aleppe, depuis des semaines, les islamistes ont entrepris de se mêler étroitement à la population civile. Toute attaque de Damas se traduit nécessairement par des victimes civiles. Il ne reste à la propagande de guerre américaine que trouver les bons moyens d'attendrir les humanitaires en montrant des images de ces victimes, au sein d'images encore plus abondantes d'Aleppe « détruit » par les bombardement de Damas eux-mêmes appuyés par les Russes. On oublie de dire qu'une bonne partie de ces victimes est provoquée par les bombardements de rebelles dans l'ouest d'Aleppe, aux mains de Damas.

Mais pour la propagande de guerre américaine, l'objectif n'est pas d'attendrir le monde entier par de tels moyens médiatiques. Il est de préparer un retour en force des milices islamistes et de leurs appuis occidentaux pour détruire Bashar al Assad. L'Amérique n'avait jamais renoncé à cet objectif, pour la raison que le régime syrien se montre de plus en plus accueillant pour les forces russes. L'accord négocié pour la mise en place d'une base russe permanente à Khmeimim n'a fait que renforcer la fureur américaine (voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2255&r_id=&t=Pr%E9sence%20russe%20renforc%E9e%20en%20Syrie ). Une reprise des hostilités américaines et saoudiennes contre Damas, avec notamment l'instauration d'une zone de non survol (no fly zone) empêchant les aviations russes d'intervenir, viendrait à point pour préparer une action de plus grande ampleur. L'image de l'enfant blessé prépare évidemment des actions, éventuellement soutenues par l'ONU, pour mettre en place cette zone de non-survol.

La propagande occidentale se garde bien de montrer les images de dizaines de milliers de civils tués ces derniers mois par les rebelles modérés soutenus par Washington. Elle se garde bien aussi de dire que vouloir le départ de Bashar al Assad est vouloir la mise en place à Damas d'un Etat islamique qui deviendrait une menace, non seulement pour le Moyen-Orient, mais pour tous les pays en proie au terrorisme islamique. Les images de décapitations et de démembrements pourraient alors alimenter les médias occidentaux, à condition que ceux-ci veuillent bien enlever leurs œillères.

Ajoutons que les gouvernements et les médias occidentaux se gardent bien de montrer des images des civils tués dans le même temps par l'offensive américano-saoudienne au Yemen. La protestation des médecins ayant vu leurs hôpitaux détruits au Yemen par les Saoudiens a été fort peu relayée.

En prenant un peu de recul, on peut suggérer que l'image de l'enfant Omran Daqneesh constitue désormais une arme précieuse pour présenter comme une menace mortelle l'alliance en cours de concrétisation entre la Russie, l'Iran, la Chine et que vient de renforcer considérablement le soutien de Recip Tayyip Erdogan. Il ne s'agit que d'une menace contre les intérêts américains, pétroliers et stratégiques, encore très actifs au Moyen Orient. Faut-il rappeler que trente ans de guerre américaine dans cette région ont toujours été justifiés auprès des opinions publiques par des arguments humanitaires montés de toute pièce – par exemple concernant les gaz qu'aurait utilisés l'armée de feu Saddam Hussein.

Si la future présidente américaine restait insensible à l'image de Omran Daqneesh et n'entreprenait pas dès son accession à la Maison Blanche un retour en force de l'armée américaine en Syrie, c'est qu'elle aurait bien mauvais coeur.



19/08/2016
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