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Faut-il revenir sur la question du sabotage ukrainien en Crimée?

Le silence ou la désinformation concernant la récente tentative de sabotage ukrainien en Crimée sont révélatrices de l'état de dépendance des médias français à l'égard des pressions de Washington. Tout au plus, si certains journaux en ont parlé, c'était pour expliquer pourquoi « Poutine avait intérêt à attiser le conflit avec l'Ukraine (1) comme si ce sabotage avait été organisé par les Russes.

Rappelons que dans la nuit du 7 au 8 août, des unités spéciales du ministère ukrainien de la Défense ont entrepris une percée dans la péninsule criméenne. Cette offensive a été arrêtée. Mais deux militaires russes ont trouvé la mort lors de l'opération de neutralisation des saboteurs. Les saboteurs avaient apparemment pour but de porter atteinte à l'activité touristique criméenne. Pour ce faire, ils planifiaient d'organiser une série d'explosions pour semer la terreur parmi les voyageurs.

Nous pouvons penser que l'opération était beaucoup plus ambitieuse. Elle visait, à l'initiative du gouvernement ukrainien soutenu par les services secrets américains, à créer un véritable état de guerre entre Ukraine et Russie. Pour les bellicistes américains, comme nous l'avons rappelé précédemment, une telle situation, avant les élections fédérales, visaient à fournir à Hillary Clinton de nouveaux éléments pour sa campagne anti-russe – et simultanément à mettre en difficulté Donald Trump dans sa volonté de rapprochement avec Moscou.

Vladimir Poutine, contrairement à ce qui était espéré, n'a pas réagi militairement, en envahissant par exemple les territoires russophones de l'Ukraine. Il s'est borné à qualifier l'acte de stupide et de criminel. Il a également promis que la Russie ne tarderait pas à réagir et à assurer la sécurité sur son territoire. C'était la moindre des choses que l'on pouvait attendre de lui. L'affaire sera-t-elle évoquée, et en quels termes, lors de la prochaine réunion du groupe "format Normandie" ou Minsk 2 prévue en Septembre?

Une très grave crise évitée de justesse

Il faut bien voir cependant que l'attaque terroriste avortée lancée contre la Crimée par des éléments des services secrets ukrainiens, avec sans aucun doute le plein appui de Washington, a failli plongé l'Europe dans l'une de ses plus graves crises depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le gouvernement soutenu par les États-Unis à Kiev a placé les forces militaires de l'Ukraine en état d'alerte maximale, et l'armée russe a déclenché une série d'exercices militaires dans la région. La Russie a rapporté vendredi qu'elle avait déployé ses systèmes de défense antiaérienne et antimissile S-400 en Crimée, et le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a indiqué que Moscou pourrait rompre ses liens diplomatiques avec Kiev. Les États-Unis ont quant à eux signalé qu'ils préparaient d'autres sanctions économiques contre la Russie.

Les informations fournies par Moscou décrivent une opération militaro-criminelle organisée par le régime de Kiev. Des escouades des forces spéciales ont tenté deux incursions en Crimée entre le 6 et le 8 août, appuyées par un tir de couverture des forces régulières ukrainiennes. Les commandos ukrainiens transportaient des explosifs improvisés, des mines, des grenades et des armes d'assaut. La télévision d'État russe a diffusé la confession d'un des agents des forces spéciales qui a déclaré qu'ils visaient à faire exploser une raffinerie de pétrole et une usine de produits chimiques, ainsi que d'autres cibles.

Selon ces informations, que nulle source occidentale n'a essayé de démentir, "L'organisateur de la série d'attaques sur le territoire criméen est le chef du renseignement du 37e bataillon de la 56e brigade du Bureau général de renseignement du ministère ukrainien de la Défense, le capitaine Vladimir Serdiuk", a rapporté une source au sein des forces spéciales russes.

Juste avant le déploiement planifié de trois groupes de saboteurs en Crimée (un groupe de quatre personnes et deux groupes de cinq), le capitaine s'est rendu dans l'oblast de Kherson afin de coordonner leur activité ainsi que pour leur assurer une retraite sécurisée une fois leur mission remplie.

Le groupe de saboteurs détecté dans les alentours de la ville d'Armiansk, en Crimée, comprenait le commandant du renseignement du 37e bataillon de la 56e brigade du Bureau général de renseignement du ministère ukrainien de la Défense Alexeï Sandoul, l'officier Oleg Dmitrienko et le patrouilleur Alexander Kirillov. Evgueni Panov, qui a déjà plaidé coupable, était le coordinateur du groupe et devait assurer sa retraite. Ayant suivi une formation à Kiev, les saboteurs sont venus en Crimée début août pour déterminer les éventuels objectifs d'attaques.

A quand la prochaine agression américaine

Rappelons qu'au cours des deux dernières années, les États-Unis et leurs alliés de l'Otan (Pologne et Etats Baltes notamment) ont invoqué la question de la Crimée comme prétexte pour le déploiement de forces militaires à la frontière de la Russie, supposément pour contrer l'«agression» et l'«expansion» de Moscou. Des groupes de combat de l'Otan de mille soldats chacun sont mis en place en Pologne et dans les trois républiques baltes. Ils sont appuyés par une nouvelle Force de réaction rapide qui est capable de mettre en oeuvre 40.000 soldats dans la région en quelques jours. Des exercices militaires sont organisés en continu sur le flanc ouest de la Russie.

La confrontation que les États-Unis cherchent à provoquer en Crimée n'est pas séparée de l'échec des guerres menées par eux au Moyen Orient, dont la dernière visait à provoquer changement de régime en Syrie. Avec un appui militaire de la Russie, Bachar Al-Assad a réussi à repousser les milices liées à Al-Qaïda qui jouaient le rôle de forces par procuration pour les États-Unis sur le terrain. Cette crise de la politique américaine a été aggravée par l'échec le mois dernier du coup d'État, appuyé par les États-Unis, contre le président turc Recep Tayyip Erdogan, ainsi que par le rapprochement entre Ankara et Moscou.

Si cette nouvelle opération du militarisme américain en Crimée est reportée, ce ne sera que de courte durée. Il faut s'attendre à d'autres offensives. Les théâtres possibles ne manquent pas.

Note

1) Voir l'Express
Crimée: pourquoi Poutine a intérêt à attiser le conflit avec l'Ukraine http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/pourquoi-poutine-a-interet-a-attiser-le-conflit-avec-l-ukraine_1820755.html
15/08/2016
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