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Banque Asiatique d'Investissement pour les Infrastructures. Besoins bien supérieurs aux ressources.

Lors du premier sommet annuel de la Banque Asiatique d'Investissement pour les Infrastructures (BAII), qui a eu lieu à Pékin en juin 2016, les Chinois ont confirmé leur intention d'assumer le leadership mondial dans le domaine du financement des infrastructures. Malgré l'opposition de Washington, un grand nombre de pays, dont les principaux pays européens, ont été acceptés comme membres ou le seront prochainement.
Ceci correspond aux ambitions de la Chine. Elle ne veut pas limiter l'action de la BAII aux économies des premiers membres, mais de l'ouvrir plus généralement aux besoins des économies émergentes  Lors de la cérémonie d'ouverture du sommet de Pékin, le président de la BAII, le chinois Jin Liqun, a annoncé qu'il envisage actuellement l'entrée de vingt-quatre autres pays. En Amérique latine, le Chili, la Colombie, le Venezuela sont candidats. En Afrique, l'Algérie, la Libye, le Nigeria, le Sénégal et le Soudan ont présenté leur candidature. Il faut également souligner la candidature du Canada, qui, en collaboration avec le Mexique et les États-Unis fait cependant partie de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). En Europe, Chypre, la Grèce et l'Irlande sont extrêmement intéressés. Il est possible que d'ici la fin de 2016 la BAII rassemble plus de cent pays membres, soit au moins 34 adhérents de plus que la Banque asiatique de développement, mais loin encore des 183 adhérents de la Banque mondiale.
La création de la BAII avait été ressentie à Washington et à Wall Street comme une menace sérieuse pour le rôle jusqu'ici hégémonique joué au travers de la Banque Mondiale et de la Banque Asiatique de Développement, dominée par les Américains. Aujourd'hui cependant les responsables politiques des Etats-Unis et de leurs alliés asiatiques se félicitent sans trop le dire de ce qu'il faut bien appeler une timidité chinoise. Nous nous bornerons ici à parler de prudence. Celle-ci est évidemment due aux difficultés de lancer sur une échelle suffisante ce nouvel outil.

Prudence chinoise

Aujourd'hui, la BAII qui avait envisagé de remplacer le dollar par le yuan ou des monnaies locales dans ses transactions ne l'a pas encore décidé. Quant aux prêts approuvés à ce jour par la Banque, ils sont fort modestes, tant en ce qui concerne le montant que les objectifs.

Ainsi la BAII finance un programme d'amélioration de l'habitat en Indonésie, avec la Banque mondiale, par le biais d'un prêt de 216,5 millions de dollars . La construction d'une route au Pakistan, pour un coût de 100 millions de dollars, est réalisée en collaboration avec la Banque asiatique de développement et le Département pour le développement international du Royaume-Uni. Un prêt de 27,5 millions de dollars, financé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, est destiné à rendre viable une route au Tadjikistan. De même un prêt de 165 millions de dollars a été décidé pour électrifier certains zones rurales du Bangladesh.

Les besoins sont considérables. Dans l'immédiat et au bas mot, ils pourraient être estimés à 2 ou 3 milliards de dollars. Les ressources disponibles le sont beaucoup moins. Il faudra donc dans les prochaines années établir des priorités, sur lesquelles pourraient s'accorder les membres les plus importants. La première de ces priorités concernera le financement des infrastructures de la Nouvelle Route de la Soie, principalement sur son itinéraire Nord, qui sera terrestre. Vu l'intérêt géopolitique et économique de ce projet, tant pour la Chine et la Russie que pour les pays traversés, sans mentionner une partie de l'Europe, on peut penser que les propositions de financement ne manqueront pas.

Encore faudrait-il que pour sa part la Chine ne soit pas obligée pour contrer les offensives militaires américaines dans la Mer de Chine Sud d'y affecter de moyens trop importants. Par ailleurs, beaucoup de membres de la BAII, souhaitant échapper à la domination américaine à travers le dollar, la pressent d'adopter enfin, comme initialement annoncé, des monnaies communes autres que le dollar. Malgré sa prudence, la Chine devra bien s'y résoudre.

14/08/2016
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