Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Teresa May et l'investissement industriel

Dans un article récent publié sur son blog 1), Jacques Sapir insiste sur la perspective d'un changement radical dans la politique économique du Royaume Uni. Il appelle ceci un changement de paradigme.

Nous ne résumerons pas ici sa thèse, à laquelle nos lecteurs auront le plus grand intérêt à se reporter. Disons seulement en quelques mots que dans cet article, il montre que la nouvelle Premier ministre britannique Theresa May est en train d'orienter le Royaume vers une politique d'investissements industriels, seuls à même de relayer les politiques de spéculation financière dans lesquelles la City de Londres avait dès la fin de la seconde guerre mondiale acquis une grande maîtrise. L'inconvénient majeur de ces dernières est qu'elles ne créent aucun emploi dans l'économie réelle, incitant au contraire aux délocalisations et à la vente des actifs.

Pour éviter que le Brexit ne se traduise par une fuite des capitaux spéculatifs, provoquant un affaiblissement relatif de la City, Theresa May, nous explique Jacques Sapir, retrouve une vieille recette, celle qui avait fait notamment la puissance économique de la France avant et après les Trente Glorieuses. Il s'agit d'investir dans les industries de base et aussi dans les sciences et technologies permettant de tenir tête à toutes les puissances, notamment la Chine et la Russie, qui depuis les origines ont ainsi jeté les bases de leur force actuelle.

Créer des Livres sterling

Pour investir, il faut de l'argent. Jacques Sapir montre comment Theresa May espère s'en procurer. La sortie de l'Union européenne lui permettra à cet égard d' avoir les mains plus libres vis-à-vis des contraintes jusqu'ici encore imposées par Bruxelles. Mais on peut penser qu'elle ne pourrait pas financer les investissements importants nécessaires à une réindustrialisation en profondeur de la Grande Bretagne sans faire appel à une solution que nous avons ici plusieurs fois recommandée pour la France.

Il s'agirait pour simplifier de demander à la Banque d'Angleterre de « créer » des Livres qui seraient immédiatement prêtées, sans intérêt, non aux banques mais au gouvernement ou à des agences publiques d'investissement. Ils s'en serviraient pour financer de grands travaux, des programmes industriels innovant ou de la recherche/développement. Ces sommes seraient le moment venu remboursées à la Banque au fur et à mesure des retours sur investissements qui seraient progressivement enregistrés et valorisées par les investisseurs publics.

Ajoutons que dans le cas où, comme actuellement, des secteurs industriels entiers ont été dévastés par les politiques néolibérales imposées par les précédents gouvernements, il serait indispensable d'engager des politiques de coopération avec de grands pays tels la Russie et la Chine qui, à des nuances près, font appel aux mêmes techniques pour financer leurs propres investissements.

Tout ceci qui est encore impossible à des pays comme la France, étranglée par les contraintes de l'Union et de l'euro, serait désormais permis aux Britanniques du fait du Brexit. Le paradoxe actuel est que de telles solutions, qui devraient venir en première ligne des politiques recommandées par le parti travailliste, ne le soient pas. Le Labour à majorité « blairiste » reste encore trop soumis aux injonctions de Wall Steet et de Washington pour s'en aviser. Jeremy Corbin, qui serait en principe mieux à même de comprendre ces impératifs, semble actuellement en voie de perdre son statut de chef du Labour.

Il faudra sans doute un esprit comme celui de Teresa May, bien plus indépendant à l'égard des intérêts financiers internationaux que ne l'étaient ses prédécesseurs, pour tirer parti des nouvelles possibilités découlant du Brexit.

Si c'était le cas, comme on le saura dès les prochains mois, ceci devrait faire réfléchir les électeurs français.

Note

1) Teresa May et le changement de paradigme par Jacques Sapir · 9 août 2016 http://russeurope.hypotheses.org/5159

Post Scriptum au 14/08: La date du Brexit semble de plus en plus retardée. On parle aujourd'hui de 2019. Ceci handicapera semble-t-il les volontés de développement  autonomes que peut avoir le gouvernement.


13/08/2016
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire