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La rencontre Erdogan-Poutine prévue pour le 09/08

A la date où nous écrivons cette brève, soit le 08/09, nous n'avons évidemment aucune idée précise de ce que seront les thèmes dont s'entretiendront les deux dirigeants. Si nous en avons, nous reviendrons au plus vite sur le sujet.

Cependant, il faut considérer, comme nous y invite Philippe Grasset (cf Veillée d'armes http://www.dedefensa.org/article/veillee-darmes ) qu'il pourrait s'agir d'un événement géostratégique considérable. Il marquerait un basculement sans doute définitif des rapports de force entre Etats-Unis et Russie, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi en Europe et dans le monde entier. La Turquie bénéficie d'une situation exceptionnelle entre le monde euro-atlantique et le monde euro-asiatique. Jusqu'ici, elle avait servi sans défaillances les intérêts américains, notamment pour les aider à maintenir leur emprise sur le Moyen-Orient et au delà, mais aussi pour affaiblir l'Europe de multiples façons, notamment en y organisant à grande échelle un terrorisme islamiste incessant provenant des Etats pétro-sunnites.

On pouvait penser, et nous avons été les premiers à faire cette erreur, reconnaissons le, que les ambitions affichées par Recip Tayyp Erdogan pour devenir le sultan d'un empire ottoman ressuscité étaient non seulement ridicules mais dangereuses car elles servaient directement les visées militaires américaines. La Turquie, via l'Otan, dont elle était un des fer de lance, était en première ligne engagée dans l'effort pour encercler et même, par le terrorisme, pour détruire la Russie.

Le coup d'Etat américain manqué

Cependant, comme nous l'avions nous-mêmes noté, la Turquie semblait en voie de se faire pardonner par Poutine ses engagements pro-atlantiques. C'en était trop pour le Pentagone et le Département d'Etat. Il fallait éliminer Erdogan d'urgence pour mettre à sa place une marionnette docile. L'opération fut tentée à l'occasion d'un coup d'Etat reposant sur les implantations dans l'Etat profond turc et dans une partie de l'armée de la secte dirigée par l'islamiste Fetullah Gülen, entièrement dévoué à Washington. Mais l'opération, montée à la hâte, avait entièrement échoué, grâce notamment aux informations acquises par les militaires russes et transmises en urgence à Erdogan.

A quelques heures près, celui-ci se faisait assassiner. Un tel service ne s'oublie pas. Depuis, toute une série d'accords de coopération très prometteurs avait été signés. Plus immédiatement, Erdogan et son parti l'AKP ont décidé de s'éloigner des engagements pris en faveur de l'armée américaine, ceci pouvant aller jusqu'à décider de sortir de l'Otan. On imagine sans peine l'effet catastrophique qu'aurait pour le Pentagone une telle sortie. Divers pays, dont peut-être la France, si elle s'affranchissait de sa dépendance pathologique à Washington, pourraient suivre cet exemple.

De façon bien plus significative pour le long terme, il suffit de regarder une carte pour comprendre l'importance d'un positionnement futur possible de la Turquie dans l'ensemble géostratégique allant de la Chine à la Russie et jusqu'à l'Europe. Les grands projets euro-asiatiques dits de la nouvelle route de la soie pourraient intéresser non seulement les pays de l'ex Brics, mais l'Europe elle-même.

Alors les innombrables bases militaires dont dispose l'armée américaine autour de la Russie perdraient une partie de leur intérêt. Elles deviendraient inutilisables, sauf à provoquer une guerre nucléaire dont il faut espérer que les esprits sensés du Pentagone ne voudraient pas. Il en serait ainsi de la base d'Incirlik, en Turquie, que l'US Army pourrait être obligée d'évacuer. Même l'ultramilitariste Hillary Clinton, qui sera vraisemblablement faite présidente des Etats-Unis, devrait en bonne logique en tenir compte.

Il ne lui resterait que le « pivot vers l'Asie » pour exercer ses talents. Mais là, la Chine semble décidée elle aussi à se défendre.

08/08/2016
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