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Extraits d'un article de Jacques Sapir

Jacques Sapir vient de publier un article sous le titre Nice : le chagrin, le dégoût, la colère 19 juil. 2016 Conformément à ce que nous avons convenu, tout en renvoyant nos lecteurs à l'article entier, nous en reprenons ici quelques paragraphes. Nous sommes pleinement d'accord avec l'auteur.

https://francais.rt.com/opinions/24051-nice-chagrin-degout-colere

...L'état d'urgence est détourné de sa fonction et transformé en machine de contrôle social par un pouvoir certes prompt à la compassion des regrets éternels mais pas à la justice et encore moins à l'action. Rien de tout cela, cependant, ne devrait nous étonner de la part d'un pouvoir qui s'avère incapable de nommer l'ennemi. Car l'état d'urgence, dans le contexte du 13 novembre et des attentats qui ont suivi ne prenait sens que si l'on se décidait enfin à désigner clairement l'ennemi.

L'état d'urgence aurait dû être utilisé pour prendre rapidement quelques mesures simples comme l'interdiction du financement étranger direct des lieux de culte et associations cultuelles

Il faut donc revenir à l'idéologie-prétexte de ce terrorisme djihadiste qui nous a déclaré la guerre, car elle structure les comportements qu'il nous faut combattre. Ce n'est pas l'islam en général qui est en cause, mais la montée actuelle des idées salafistes et wahhabites, qui constituent un courant très particulier de l'islam, une lecture littérale, et qui sont financées par certains pays, dont l'Arabie Saoudite ou le Qatar. Et il convient aussi de poser la question de notre politique étrangère vis-à-vis de ces pays.

L'état d'urgence aurait dû être utilisé pour prendre rapidement quelques mesures simples comme l'interdiction du financement étranger direct des lieux de culte et associations cultuelles, mesure qu'il était facile de faire passer par décret. Cette mesure n'interdit pas les financements extérieurs, mais impose que les sommes soient versées dans une caisse commune, sous le contrôle du ministère de l'Intérieur et du ministère des Finances, qui répartissent alors les fonds de cette caisse après s'être assurés de l'innocuité politique des organisations ainsi financées. Mais, pour imposer cela, encore eut-il fallu qu'il y ait un Etat en France.

...
De même on aurait pu imposer le contrôle par le ministère de l'Intérieur des prêches et l'expulsion des prédicateurs refusant les principes figurant dans le préambule de la Constitution, en particulier l'article premier repris du préambule de la Constitution de 1946, et écrit au sortir de la guerre contre le nazisme, ainsi que ceux appelant à la haine. Ceci ne se fait que bien timidement et bien imparfaitement aujourd'hui. Mais, les bonnes âmes de la «gauche» bien pensante se refusent à faire ce travail ou ne le font qu'avec répugnance.

A sa place ils tiennent le discours «ne faisons pas d'amalgame, ne tombons pas dans «l'islamophobie»». De quoi s'agit-il ? S'il s'agit de dire que tous les musulmans ne sont pas des terroristes, c'est une évidence. Il est bon et sain de le répéter, mais cela ne fait guère avancer le débat.

Mais, le discours sur l'islamophobie peut aussi avoir un autre sens, et celui-ci bien plus contestable. A vouloir combattre une soi-disant «islamophobie» on prépare le terrain à une mise hors débat de l'islam et des autres religions. C'est une erreur grave, dont les conséquences pourraient être terribles. Elle signe la démission intellectuelle par rapport à nos principes fondateurs, principes qui vont bien au-delà du rapport à une religion particulière. Ce discours entérine la confusion entre valeurs et principes. Il capitule intellectuellement devant l'ennemi. Nous en sommes là.

Interdire aux djihadistes français le retour sur le territoire national.

De la même manière, l'état d'urgence aurait pu permettre un contrôle généralisé des frontières assorti de l'interdiction aux Français étant allés combattre dans une organisation terroriste et génocidaire le retour sur le territoire national. Le président de la République a préféré mettre en débat la déchéance de nationalité, tout en sachant les polémiques que cela allait provoquer. Il a dû déclarer le mercredi 30 mars 2016, qu'il abandonnait son projet de faire entrer dans la Constitution la «déchéance de nationalité» et l'état d'urgence. Par cette déclaration il révélait son incapacité à gérer la situation issue des attentats du 13 novembre 2015. Par cette déclaration il reconnaissait ce que nous savions déjà depuis plusieurs mois : il n'était plus qu'un cadavre politique.

L'interdiction de retour sur le territoire, qui n'est que la forme moderne de l'antique bannissement eut été plus simple à imposer et aurait posée moins de problèmes. Mais, pris dans les contradictions de son idéologie, soumis par dessus tout aux diktats de l'Union européenne, il s'est enferré dans un débat sans issue.

Jacques Sapir




20/07/2016
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