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Le dossier turc

Voici quelques éléments récents permettant d'apprécier la politique d'Erdogan et la conduite à tenir avec lui.
1) Un des membres de notre Comité de rédaction, Luc Brunet,  vient de nous envoyer ce petit texte, court mais lourd d'implications. En voici la traduction. Le texte original est en anglais

Ici est l'histoire d'un pays qui s'est mis dans de sérieux troubles du fait d'une série de mauvaises décisions, tel que soutenir des terroristes dans des pays voisins afin d'affaiblir une minorité ethnique interne demandant plus d'autonomie et en dernier lieu abattre un avion militaire appartenant à un grand pays qui était jusque là un partenaire économique important. Toutes ces erreurs ont conduit à des conséquences économique désastreuses et un risque fort de déstabilisation.

Ce pays est membre important d'une Organisation militaire internationale qui refusa cependant de le soutenir dans la destruction évoquée de l'avion Il a aussi de ce fait sabordé toutes ses chances de rejoindre l'Union européenne.

Aussi le Sultan autoproclamé de ce pays a-t-il décidé de changer complètement de stratégie et de partenaires. Profitant de ce qu'un coup d'état militaire était en voie de préparation contre lui par un groupe d'opposition interne, le Sultan s'arrangeât pour téléguider le coup en s'assurant de ce fait que celui-ci échouerait complètement. C'est ce qui est arrivé. Certains observateurs, avec beaucoup d'arguments, le soupçonne d'avoir -même organisé le coup en profitant de la naïveté de ses adversaires

Le Sultan affirma que le coup avait été organisé par le grand pays atlantique dominant l'Organisation militaire dont il était membre. Il laissa aussi se propager la rumeur selon laquelle l'attaque de l'avion avait été conduite par un représentant des acteurs du coup d'état en préparation.

Vous devinez certainement à quel Sultan et à quel pays je pense. La suite logique de ces manoeuvres devrait être une multiplication des accusations contre les USA, une sortie de l'Otan, une réconciliation avec la Russie, l'Iran et la Syrie de Bashar al Assad, une candidature pour le SCO et le Brics, l'envoi de l'Union européenne au diable, l'accusation de l'Arabie saoudite comme responsable du terrorisme islamique international. .

Sera-ce le cas. Je parie pour ma part que ce seront là les prochaines cartes que jouera le Sultan;

Sur la personnalité d'Erdogan, que penser? Rien n'est certain avec lui. Est-il un grand stratège qui s'est fourvoyé dans la mauvaise voie et qui se débat pour en sortir? Ou est-il un mégalomane à moitie fou et sans scrupules?

2) On peut lire dans un article de M.K Bhadrakumar, auteur  souvent cité ici  http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/author/bhadrakumaranrediffmailcom/ les paragraphes suivants, que nous traduisons également:

Le coup d'Etat en Turquie est survenu dans la suite d'un rapprochement en cours entre la Turquie et la Russie et d'un début de changement des politiques d'interventions de Erdogan en Syrie. Jusqu'ici la Turquie était un atout majeur pour les stratégies américaines au Moyen Orient. Le rapprochement de la Turquie avec la Russie aura nécessairement des conséquences graves pour Washington. En effet:

  • Il conforte la politique de Moscou visant à assurer le maintien du régime de Bashar al Assad.

  • Il relance le projet de 15 milliards momentanément mis en sommeil (sous les pressions américaines) et visant à établir un gazoduc dit Turkish Stream destiné à acheminer le gaz russe vers l'Europe. De même sera relancé le projet de 20 milliards visant à équiper des centrales nucléaires turques de réacteurs fournis par la Russie.

  • Il bloque les projets de l'Otan visant à établir une présence permanente en Mer Noire, laquelle ne peut se faire sans l'accord de la Turquie. La Convention de Montreaux de 1936 interdit en effet la présence en mer Noire de navires militaires n'appartenant pas aux pays frontaliers.

  • Il peut rendre très aléatoires les frappes américaines en Irak et en Syrie qui nécessitent l'utilisation de la base militaire d'Incirlik en Turquie.

  • Il rendra difficile la balkanisation de la Syrie;

  • Il s'opposera aux intérêts israéliens, saoudiens et qatari dans ce même pays.

3. Quelles perspectives selon nous ?

Il est certain que la Turquie d'Erdogan, jusqu'ici considérée à juste titre  comme le soutien, avec l'appui des Etats-Unis , du terrorisme islamique en Europe et dorénavant dans le monde entier, ne devrait plus autant qu'avant aider Daesh ou ses homologues. Ceux-ci ne disparaitront pas pour autant, mais leur jeu sera rendu plus difficile.

Si par ailleurs la coopération stratégique entre la Turquie et la Russie reprend vie et se renforce, il s'agira d'une très bonne nouvelle pour tous ceux qui considèrent que la présence américaine au Moyen-Orient a déjà complètement bouleversé la région et ne manquera pas de continuer à le faire. A l'inverse, on peut considérer que la présence militaire et politique de la Russie en Syrie et au delà est et restera un facteur de stabilisation. Erdogan sera donc le bienvenu s'il s'engage plus complètement encore dans cette coopération.

Mais il faut bien voir que le Sultan, ainsi conforté, ne deviendra pas pour autant un champion de la démocratie. En interne, notamment, il continuera à combattre par la force la minorité kurde et à persécuter les éléments de la population européanisés qui voudraient se faire reconnaître des droits équivalents à ceux qu'ils auraient dans les démocraties européennes. L'armée et la magistrature, qui avaient jusqu'ici réussi à imposer une résistance aux tentatives de plus en plus dictatoriales de Erdogan soutenu par son parti l'AKP, sont désormais décapitées. Des mouvements radicaux dans certains pays européens pourraient être tentés de préconiser de telles politiques.

Par ailleurs, les forces islamistes arriérées et hostiles aux valeurs européennes de droit des citoyens, d'égalité entre femmes et hommes ou de laïcité, forces qui sont majoritaires dans les soutiens politiques sur lesquels s'appuie Erdogan, se trouveront nécessairement encouragées, non seulement en Turquie même, mais aussi dans les pays européens comme l'Allemagne hébergeant de fortes minorités turques

Ce n'est pas à nous, évidemment, de prétendre conseiller à Vladimir Poutine le choix de ces alliances. En ce domaine le réalisme sinon le cynisme s'imposent. Ceci dit un dictateur ne peut jamais être totalement approuvé, même s'il peut être considéré comme un allié dans certains conflits. Il ne faudrait rien lui concéder sans de mures réflexions et en gardant dans la mesure du possible des moyens de contrôle contre lui. En ce qui concerne les pays européens, ils devront plus que jamais refuser au régime actuel toute entrée, même partielle, dans l'Union.





18/07/2016
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Nombre de réaction(s) : 1
Soutenir Erdogan ??
19/07/2016 13:50:05 | Par : JP.Baquiast
Les réflexions relatives à Erdogan et à l'appui qu'il devrait dorénavant recevoir des militants anti-systèmes changent vite, au vu des informations récentes qui parviennent. L'indispensable Philippe Grasset en fournit le 19/07 une liste http://www.dedefensa.org/article/putsch-de-lavortement-aux-consequences
A lire et approfondir. Aussi peu sympathique que soit l'homme, devrons-nous à notre tour revoir en partie de ce que nous écrivions sur lui dans nos précédents articles? Pourquoi pas ? Il faut savoir changer de point de vue si nécessaire. Nous y reviendrons.
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