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Tentative de coup d'Etat en Turquie. Soutiens à Erdogan

Nous avons plusieurs fois ici mis en évidence la volonté délibérée du président turc Recip Tahbyb Erdogan de transformer la Turquie en nouvel Empire de Constantinople dont il espérait devenir le sultan. Ceci au mépris en Turquie des règles élémentaires de la démocratie, et plus particulièrement des droits de l'opposition et des fortes minorités kurdes.
  Comme chef d'une Turquie membre de l'Otan, Erdogan a toujours reçu un soutien affirmé de Barack Obama et d'un certain nombre de gouvernements européens. Si bien que l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE), inadmissible par les autres pays européens pour diverses raisons très fortes, était fortement recommandée, avec arguments en dollars à l'appui, par Washington. Son orientation en faveur d'un islam de moins en moins "modéré" n'inquiétait personne.

Récemment les prétendus engagements de Erdogan en faveur d'une limitation des entrées de migrants en Europe avaient véritablement « enfumé » Angela Merkel, qui avait imposé à tous les membres de l'UE un soutien, chèrement payé en milliards d'euro, censés récompenser les efforts de la Turquie en ce sens. Ceci dans le même temps où la Turquie continuait à financer et appuyer militairement les divers groupes islamiques, modérés ou non, combattant Bashar al Assad et générant de ce fait des flux renouvelés de « réfugiés » cherchant à gagner l'Europe.

Ceci dit, ces derniers temps, Erdogan avait suscité une opposition interne de plus en plus forte, qui l'avait fragilisé. Il n'avait pas hésité à tenter de se rapprocher de Moscou, en échange d'un soutien, pour le moment tout verbal, aux intérêts russes en Syrie. Poutine, en prudent opportuniste qu'il est, avait laissé entendre qu'il lui pardonnerait, contre diverses concessions, les faits de guerre auxquels Erdogan s'était précédemment livré à son encontre.

Dans la nuit du 16 juillet, une tentative de coup d'Etat d'une partie de l'armée contre le régime avait été annoncée. La situation restait très confuse au moment où nous écrivons cette brève d'actualité, le samedi 16 juillet. Des affrontements et des manifestations ont eu lieu pendant la nuit dans plusieurs grandes villes après que des militaires putschistes aient annoncé, dans la soirée avoir pris le pouvoir dans le pays. Les affrontements ont fait 90 morts et plus de 1 150 blessés, selon un tout dernier bilan publié samedi matin par l'agence gouvernementale Anatolie. Ceci dit, la partie de l'armée restée fidèle au régime semble l'avoir emporté. Un correspondant turc de l'Agence France-Presse samedi matin, a avancé le nombre de 1 563 militaires arrêtés.

Erdogan avait auparavant appelé les Turcs à descendre dans les rues pour résister à cette tentative de coup d'Etat, fruit à ses yeux du « soulèvement d'une minorité au sein de l'armée ». Il a réitéré cet appel en milieu de matinée, samedi. Il s'est exprimé quelques heures plus tard par téléphone sur la chaîne d'information CNN-Türk. Il a appelé les Turcs à descendre dans les rues pour résister à cette tentative de coup d'Etat, fruit à ses yeux du « soulèvement d'une minorité au sein de l'armée ».

Il a réitéré cet appel en milieu de matinée, samedi. « C'est un soulèvement dans lequel l'Etat parallèle a également une part », a t-il affirmé en référence au prédicateur, son ancien allié devenu ennemi, aujourd'hui en exil aux Etats-Unis et guère plus sympathique , au regard des valeurs européennes de démocratie et de laïcité, que ne l'est Erdogan. Cependant, dans la nuit, le mouvement de Fethullah Gülen avait condamné « toute intervention armée dans les affaires intérieures de la Turquie ».

Echec

A cette heure (15h le 16/7), le Premier ministre turc Binali Yildirim vient d'annoncer l'échec du mouvement. Mais Erdogan a exhorté ses sympathisants à rester dans les rues pour faire face à toute "nouvelle flambée". Au moins 161 personnes sont mortes et plus de 1 440 blessées, civils et policiers, lors d'affrontements, selon le Premier ministre. Il a annoncé que 2 839 membres des forces armées ont été arrêtés. Il y a tout lieu de craindre pour leur vie, le parti au pouvoir venant de proposer le rétablissement de la peine de mort.

Ceci signifie que tout ce qui restait de forces démocratiques dans l'armée, s'inspirant de la tradition occidentaliste d'Ataturk, devrait disparaître. Le « sultan » Erdogan pourra continuer à islamiser la Turquie sans résistance, tout en continuant à opprimer les Kurdes. Dans la tradition diplomatique toute d'opportunisme les Etats-Unis et les capitales européennes n'avaient pas tardé à manifesté un soutien discret au sultan. Barack Obama s'était engagé plus que les autres en ce sens. L'UE, en la personne de Donald Tusk et de la Haute Représentante pour les affaires étrangères Federica Mogherini avaient appelé à la «retenue» et au «respect pour les institutions démocratiques». La Russie avait fait de même, plus discrètement il est vrai.

Tout ceci n'annonce pas de jours sereins pour ceux qui en Turquie s'étaient engagés en faveur de plus de liberté, notamment pour les femmes, et plus de laïcité. A l'inverse, les émigrés turcs très présents dans certains pays, notamment en Allemagne, se trouvent renforcés dans leur volonté d'islamiser de plus en plus certains quartiers des grandes villes européennes, ceci d'une façon de moins en moins "modérée". Que les Européens ne se plaignent plus alors de l'explosion prévisible du terrorisme islamique. Daesh et Ankara même combat.

Complément au 17/07

Aujourd'hui, il apparaît que le coup de force contre Erdogan lui a permis de bénéficier d'un soutien populaire renforcé parmi les couches traditionalistes de la population. Son avenir de futur dictateur paraît – sauf accident – assuré. Si bien que l'on peut se demander si l'opération n'a pas été montée par Erdogan lui-même. Des militaires naïfs ont été abusés. Ils le paieront cher.


16/07/2016
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Nombre de réaction(s) : 2
Putsch en Turquie
17/07/2016 15:14:45 | Par : J.P. Baquiast
Voir ce ce point une analyse un peu plus détaillée et un peu différente de celle faite dans cet article. Elle est de notre confrère Philippe Grasset
http://www.dedefensa.org/article/putsch-avorte-de-erdogan-a-clinton-via-incirlink
J'en retiens la conclusion que l'affaire est plus complexe qu'elle ne paraissait. Elle méritera de ma part plus qu'un article d'actualité

Erdogan fait il peur à Washington?
17/07/2016 19:52:05 | Par : J.P. Baquiast
C'est ce qu'écrit aujourd'hui M.K Bhadrakumar dans http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/author/bhadrakumaranrediffmailcom/
Peur de le voir se rapprocher de plus en plus de Poutine. D'où un coup américain pour l'abattre
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