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Adieu le Brics, bonjour à l'Eurasie

Les naïfs, dont nous étions, pensaient que le Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) était en train de devenir un coin durable enfoncé dans l'Empire mondial Américain. Nous pouvions d'autant plus le penser que les Etats-Unis mobilisaient tous leurs moyens disponibles pour contrer le Brics, soit à l'extérieur, soit au sein de ses membres

Un certain nombre d'Européens, dont nous faisions partie là encore, pensaient qu'une relation très fructueuse pourrait s'établir, sinon avec l'Union européenne, du moins avec certains pays européens désireux d'échapper à l'emprise américaine croissante sur l'Europe. Le concept d'EuroBrics avait été imaginé en ce sens et avait commencé à prendre vie. Voir à ce sujet le site Euro-Brics http://www.leap2020.net/euro-brics/?lang=en

C'était sous-estimer la puissance de l'Empire américain. Faute de pouvoir atteindre la Russie et la Chine, malgré de nombreuses tentatives de type « regime change » pour les détruire de l'intérieur, les États-Unis ont concentré leurs efforts sur un membre emblématique du Brics dans l'hémisphère sud, le Brésil. Nous avons régulièrement suivi les agressions dont la présidente Dilma Rousseff a fait l'objet afin d'être finalement déstabilisée puis renversée. C'était elle qui, après Lula, avait fait du Brésil le 3e partenaire du Brics en importance. Grâce à ses efforts, d'autres pays importants de l'Amérique Latine, notamment l'Argentine, se préparaient à rejoindre le Brics.

Les manipulateurs américains partout à l'œuvre sur le continent n'ont pas eu de peine à mobiliser les oligarchies brésiliennes qui tenaient fermement en main l'économie du Brésil et ses ressources considérables. Une coalition de partis anti-Dilma, le plus influent étant le PMDP de Michel Temer, appuyée par les diverses églises évangéliques directement sous le contrôle américain, ont pratiquement empêché la Présidente Rousseff de gouverner durant la seconde partie de son mandat. Il serait vain d'espérer que ceci puisse changer dans les prochaines années, malgré le soutien des classes populaires ayant enfin compris ce qu'elles perdront avec la chute de Dilma Rousseff et la mise hors d'état de nuire de Lula da Silva.

L'Inde quant à elle, qui devait être un 3e membre du Brics en importance démographique et économique, se révèle elle-aussi en train de passer à nouveau sous l'influence de Washington. Le président conservateur Modi garde une certaine indépendance vis-à vis des Etats-Unis, mais il se révèle de plus en plus décidé à s'allier avec ces derniers sur de nombreux points décisifs, notamment la coopération industrielle et militaire. Il espère notamment sur l'appui américain pour l'aider à contenir l'ennemi « héréditaire » qu'est le Pakistan.

L'alliance eurasiatique

Avec réalisme, la Russie et la Chine ont renoncé à compter sur une entité géopolitique nommée Brics, qui n'existe plus, pour faire face aux multiples agressions des Etats-Unis, tant en Europe à travers l'Otan, qu'en Mer de Chine sud. Certes, dans cette partie du monde, la Chine a mis en place un ensemble d'ilots militarisés que Washington présente aux pays du sud-est asiatique comme une volonté de contrôler complètement les voies de navigation entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Mais c'est oublier les dispositifs militaires de plus en plus puissants que la marine et l'armée américaines ont déployé au plus près de la frontière chinoise. De nombreux observateurs neutres considèrent que l'Amérique pourrait ainsi préparer une guerre de grande importance destinée à neutraliser la Chine, guerre qui ne manquerait pas de dégénérer en 3e guerre mondiale

La Russie et la Chine ont donc décidé de renforcer leur coopération politique et économique au sein d'une entité qualifiée par la Chine d'Union eurasiatique ou Eurasie. Elle comprend désormais, outre la Russie et la Chine, un certain nombre de pays qui au sein de l'Organisation de Coopération de Shanghai, veulent échapper à la domination américaine. L'Eurasie est en train de devenir, comme nous l'avons rappelé dans divers articles, un moyen de réaliser conjointement des investissements stratégiques considérables, dont le projet dit de Nouvelle Route de la Soie sera l'ossature, mais qui ne se limiteront pas à cela.

Le point relativement faible de l'Union eurasiatique, comme nous l'avons également rappelé, sera que la Russie, pour diverses raisons, risque de s'y trouver débordée par le dynamisme chinois. Cela ne lui fera pas renoncer au projet d'Eurasie, mais elle pourra ne pas s'y investir avec toute l'ardeur qui serait nécessaire.

C'est pour cette raison que ceux des pays européens voulant échapper à la tutelle de plus en plus pesante de Washington et de Wall Street, devraient reconsidérer, en le transformant, le concept d'EuroBrics. Autrement dit, il leur faudrait d'abord s'affranchir des contraintes découlant de leur appartenance à l'UE et à l'euro, en reprenant, comme aujourd'hui le Royaume uni, leur indépendance vis-à-vis de ces institutions. Mais pour subsister cependant dans un monde dangereux, qui restera dominé par l'Etat profond américain, ces pays devraient reconsidérer pour les enrichir mutuellement, leurs relations avec la Russie d'abord, avec la Chine ensuite.

Ils pourraient alors reprendre et mettre à jour le concept d'EuroBrics, qui deviendrait une euro-Eurasie. Le terme sonne mal et devrait être remplacé par un nom plus séduisant, mais le concept deviendra indispensable pour les pays, dont peut-être un jour la France, tentés par un « exit ».

Note

Sur le Brésil et le Brics, voir
BRICS should prepare for 'Braxit', a Brazilian exit

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=18395




14/07/2016
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