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Regards sur le mois de janvier 2008

Nous aurions aimé pouvoir signaler quelques évènements survenus pendant le mois de janvier méritant d'être commentés, dans une chronique qui voudrait mettre en valeur non les détails mais les faits saillants. Malheureusement, rien de bien intéressant ne nous vient à l'esprit. Le monde, l'Europe, la France semblent continuer à s'enfoncer dans une crise qui pour le moment n'est pas violente, mais dont on sent qu'elle engloutira progressivement toutes les certitudes politiques et économiques officielles, celles autour desquelles sont construites les institutions. Celles-ci, inévitablement, vacilleront à leur tour.

Si l'on osait, on reprendrait la vieille image archi-rebattue des sables mouvants : la victime s'enfonce doucement, ses mouvements pour se dégager l'enlisent davantage. Pourtant semble-t-il se trouvent non loin d'elle des zones de sables durs qui lui permettraient de se sauver. Mais saura-t-elle s'en apercevoir et tenter de s'en rapprocher ? De plus, s'agirait-il d'un sable suffisamment consistant pour supporter son poids ?   

Barack Obama

Prenons l'élection de Barack Obama, en lequel beaucoup de grands naïfs avaient cru voir le sauveur du monde. Que constate-t-on aujourd'hui? Aucun changement vraiment profond. Sur le plan intérieur, à part une sortie très téléphonée  s'en prenant aux banquiers de Wall Street, Obama ne semble pas décidé à changer grand-chose aux mesures adoptées par son prédécesseur. Il va multiplier les dettes de l'Etat par 3 pour faire on ne sait quoi. Quelques grands travaux ne rebâtiront pas une industrie américaine détruite par la concurrence chinoise. Quelques réductions de commande  imposées (à supposer qu'elles le soient vraiment) au Pentagone ne suffiront pas à financer les dépenses sociales indispensables dans un pays dont un quart de la population est tiers-mondisée. Quelques réflexions désagréables à l'égard de la Chine, qui serait tentée par une dévaluation du yuan pour relancer ses exportations, ne modifieront pas le rapport de force actuel, qui met l'avenir de l'Empire dans la main des détenteurs chinois de bons du trésor fédéraux.

Sur le plan international, beaucoup d'observateurs estiment que Barack Obama va se différencier de G.W. Bush et des néo-conservateurs en renonçant aux interventions militaires aussi bien dans le Moyen Orient qu'à l'égard de la Russie (notamment avec le BMDE). Selon ces observateurs, il ne le fera pas par conviction pacifiste mais parce qu'il ne pourra plus financer les budgets militaires correspondants. Ceci devrait donc détendre les rapports avec la Russie et peut-être avec l'Iran. Si c'était le cas, tant mieux. Mais nous ne sommes pas du tout certains que les lobbies pétroliers et militaires vont le laisser faire. Ils ont besoin d'ennemis pour justifier leur existence et leurs profits. Le piège afghan (avec ses adhérences au Pakistan) n'est pas désamorcé, d'autant plus qu'Obama n'a jamais montré l'intention de se retirer vraiment de cette zone. Au contraire. Il en fait sa nouvelle Irak. Quant au BMDE, attendons. Il serait étonnant cependant que les coups tordus menés par les agences américaines aux frontières de la Russie en soient stoppés pour autant.

Le conflit israélo-palestinien


On aurait pu penser que quelques progrès vers la paix auraient pu résulter de l'excès des destructions commises par Israël à Gaza. Il n'en sera sans doute rien. Le Hamas semble n'avoir rien perdu de ses soutiens internes et externes. Rien n'empêchera par ailleurs la contrebande des armes dont il se nourrit. Quant à Israël, on peut craindre que les prochaines élections mettent au pouvoir des faucons ne comptant que sur la force pour survivre, alors que le simple bon sens montre qu'à terme la force sera du côté de ceux qui veulent le détruire, au cas où aucun compromis n'apparaîtrait possible. L'intervention pacificatrice attendue de Barack Obama ne se précise pas. Et sans doute rien ne se produira-t-elle pas  car les intérêts  profonds qui lient les lobbies (encore eux) militaro-industriels israéliens et américains (sans mentionner les mafias) ne changeront pas. L'Europe, pour sa part, hormis quelques gesticulations assez pitoyables, elle s'est montrée incapable d'exercer la moindre influence dans le conflit ou ses suites. Nous avions expliqué sur ce site qu'une intervention réellement pacifiante de l'Europe aurait été possible, visant à rapprocher Israël de l'Union européenne et à l'éloigner de son mauvais génie l'Amérique,  mais il s'agissait sans doute d'une illusion.  

L'Union européenne et la crise

Nous avions employé précédemment le terme d'encéphalogramme plat pour désigner le fait qu'aucune mesure coordonnée de grande ampleur n'avait encore été décidée entre les gouvernements européens. Ni au plan financier, ni au plan économique...et moins encore concernant la question de l'environnement. Quelques Etats ont pris quelques mesures dites de relance, dont on est bien en peine de dire en quoi elles consistent ni ce qu'elles produiront. D'autres n'ont rien décidé et se laissent couler tranquillement. Mais même ceux qui se sont efforcés d'agir sont en difficulté. Sans parler des pays de l'Est, la Royaume Uni et l'Espagne donnent des exemples inquiétants. L'un avait misé sur les services financiers, l'autre sur la construction et le tourisme, comme si les ressorts de la puissance économique  pouvaient se trouver là. Vont-ils rejoindre l'Islande dans la liste des Etats en faillite ? On pourrait penser que  la Grande Bretagne, pour sa part, a trop de ressources morales (d'orgueil) pour se laisser couler. Mais elle ne pourrait seule se réinventer une puissance industrielle et économique. Se raccrochera-t-elle à l'Amérique, qui a d'autres chats à fouetter que la sauver ? Se rapprochera-t-elle de l'Europe continentale et de l'euro ? Mais on peut craindre alors qu'elle y poursuive de l'intérieur un travail multiséculaire de démolition.

Inutile de dire que la dérisoire présidence tchèque n'arrange rien. Ayant joué les utilités dans la guerre du pétrole russo-ukrainienne, ce n'est certainement pas d'elle que viendront les propositions audacieuses qui permettraient à l'Europe de profiter de la crise pour renforcer sa puissance.

Les maîtres du monde

On appelle ainsi les banquiers, chefs d'entreprises, chefs d'Etat et autres personnages importants qui pendant des décennies ont imposé au monde entier, par la voix de leurs experts, la vulgate libérale Certains optimistes ont trop vite pensé que la crise rendrait les maîtres du monde plus modestes, plus  soucieux des tristes réalités du monde. Ces optimistes ont cru déceler de leur part un changement de ton qui se serait notamment manifesté au Forum Economique de Davos lequel se termine en cette fin janvier. . Mais en dehors du fait que quelques spéculateurs malheureux ont préféré s'abstenir d'y paraître, Davos est resté tel qu'en lui-même il a toujours été. Le davos-man n'a pas déçu. Les débats, autant que nous le sachions, ont illustré le fait que pour lui, il n'y a rien a changer à rien. Il faut seulement faire un peu le gros dos en préparant de nouvelles conquêtes dès que l'activité repartira – ce qui ne saurait tarder. Maître du monde l'on est, maître du monde l'on sera.

Ils ont raison de ne pas s'inquiéter. Le nombre des millionnaires ne diminuera pas, non plus que les dépenses faramineuses qui constituent leur ordinaire. Plus grave, les spéculations à terme, les paradis fiscaux et finalement les activités mafieuses (1 trillion de dollars de CA par an au minimum, sinon 2), ne seront pas inquiétés. Nous faisons le pari que le futur G20 ne changera rien à tout cela. Les rodomontades d'un Sarkozy qui avait promis que nous allions voir ce que nous allions voir seront sans doute alors oubliées

La France

Depuis la fin de sa présidence de l'Union, Nicolas Sarkozy, précisément,  semble avoir perdu tout ressort. Manifestement, il ne sait pas encore quel rôle valorisant il pourrait endosser.  Il aurait pu poursuivre la définition d'un système économique rompant radicalement  avec le capitalisme, mais ses soutiens politiques ne l'aurait pas suivi. De plus, il ne semble pas à titre personnel avoir les compétences nécessaires pour tel un nouveau Karl Marx jeter les bases d'un ordre mondial révolutionnaire. Pour le moment, en France, loin de valoriser les points forts du modèle français, dont d'autres pays semblent découvrir les vertus, il s'acharne à continuer à les détruire. De plus, il donne des signes d'autoritarisme qui n'ont rien de rassurant pour les démocrates et qui ne lui permettraient même pas de se poser en refondateur de l'économie sociale de marché.  

Nous pensons pour notre part que le modèle français, reposant sur les services publics, les industries de pointe, la protection sociale et bien d'autres vertus qui seront précieuses face à la grande crise, mériterait d'être défendu et proposé en Europe. Si la droite française, qui n'a pas beaucoup gagné en intelligence ces temps-ci, si Nicolas Sarkozy ne le font pas, peut-être les Français dans leur ensemble le feront-ils. Certains des propos fort sensés entendus lors de la grande manifestation du 29 janvier peuvent le laisser espérer. Nous avons développé les éléments d'un programme possible en ce sens dans notre article « Refonder le société globale » dans la rubrique « Evènements » de ce site. (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=219&r_id= ) Nous y renvoyons notre sympathique lecteur.  Les occasions d'en discuter ne manqueront certainement pas dans les prochains mois.

31/01/2009
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