Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Avenir des luttes sociales actuelles en France

Nul ne sait au 05/06 ce que deviendra en France l'opposition des syndicats et des citoyens grévistes contre le projet El Khomri. Il n'est pas exclu que le nombre des opposants, non négligeable dans la quinzaine précédente, ne fonde rapidement.
Différents facteurs jouent en ce sens, mis évidemment bruyamment en exergue par le gouvernement: les crues, les conséquences sur la vie quotidienne des restrictions de carburant, les difficultés qu'éprouvent la CGT et la CGT-FO à mobiliser d'autres syndicats, la diminution rapide, semble-t-il, du nombre des manifestants de rue contre la loi.

Au delà, la menace d'une grève générale, qui aurait certainement pu si elle avait été appliquée, entrainer un changement profond des rapports de force entre salariés et représentants du grand capital, eux-mêmes soutenus par le gouvernement, fait manifestement peur à chacun, y compris aux plus mobilisés des militants. La crainte de voir par exemple les grandes surfaces alimentaires cesser d'être approvisionnées fait beaucoup hésiter, à commencer par ceux qui n'ont pas de réserves suffisantes pour faire face à une grève dont les conséquences pour les moins favorisés seraient certainement amplifiées par le patronat et le gouvernement.

D'une façon plus pessimiste, certains scientifiques considèrent que dans un monde où les humains atteindront prochainement les effectifs de 10 milliards au moins, les pays dits encore "favorisés" seront obligés de rejoindre le niveau de vie des pays les plus pauvres. Mais on peut faire valoir que les classes dominantes seront impactées les dernières.

C'est pourquoi, nous serions pour notre part tentés de tempérer l'optimisme de ceux qui voyaient la France toute entière, enfin sortie d'un demi-siècle de soumission à un néolibéralisme soutenu par la Commission européenne et Washington, prendre en Europe la tête de la révolte. Ce serait trop beau, pour parler en termes familiers.
Cependant, tout n'est pas encore dit.
Il reste qu'aujourd'hui encore, un refus des deux dispositions-phares de la Loi El Khomri reste très présent chez les travailleurs et les syndicats. Il s'agit d'abord, comme nul n'en ignore, de la primauté donnée aux accords d'entreprise sur les accords de branche, au mépris évidemment des dispositions du droit du travail. Il s'agit ensuite de la «simplification» des licenciements par la multiplication des cas où l'employeur serait fondé à faire valoir des motifs économiques. Sous des apparences anodines et légitimes, ces dispositions pourraient en quelques mois ramener le rapport de force entre patronat et travailleurs à ce qu'il fut jusqu'en 1936, comparé à juste titre au rapport de force entre le loup et les moutons dans la bergerie.

Dans le premier cas, l'expérience du monde du travail montre que, dès lors qu'on peut déroger au Code du travail, le rapport de force dans l'entreprise se révèle en défaveur des salariés, contraints d'accepter un «toujours moins» sur leurs conditions d'emploi. Dans le second, il est facile d'anticiper sur ce qui se dessine : les salariés deviendraient les variables d'ajustement de la conjoncture économique, avec pour conséquence un mélange explosif de précarité et de flexibilité.

Dans un contexte de reculs sociaux continus depuis des années sinon depuis des décennies, le projet El Khomri cristallise une exaspération montante contre une politique menée par des gouvernements qui alternent au pouvoir mais servent toujours les mêmes intérêts. Une politique qui n'est pas seulement injuste, mais qui enfonce toujours plus le pays dans la crise. L'exaspération ne se manifeste pas seulement à l'égard du gouvernement français mais à l'égard de l'Union européenne (UE) et de ses mentors transatlantiques. L'UE, comme le montre une étude même superficielle des dossiers, coordonne et même pilote directement les mesures de retour en arrière.

Aussi bien, d'autres syndicats, par exemple en Belgique, étaient attentifs à ce qui se passait en France. Beaucoup souhaitaient que le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, se montre capable, comme le Medef le lui reproche, de conduire avec des méthodes de gangsters, un combat en faveur de la lutte des classes. Il est clair que si les travailleurs français, étudiants, chômeurs se démobilisent, il en sera fini de cet espoir et la France rentrera rapidement dans le rang.

Mais tout n'est peut-être pas encore dit.

Note.

Pepe Escobar est un auteur anti-système bien connu, cependant peu lu en France. Il s'intéresse rarement à celle-ci. On trouvera ici un article dans lequel au contraire il salue (avec peut-être un peu trop d'optimisme) les mouvements sociaux dans notre pays.

https://www.rt.com/op-edge/344608-france-reform-hollande-protests/





05/06/2016
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Sur la CGT et la grève générale.
07/06/2016 08:14:57 | Par : jpb
Trois des membres de notre comité de rédaction ont exprimé explicitement leur désaccord avec cet article ou d'autres précédents qui selon eux portaient un jugement trop favorable sur la CGT, comme plus généralement le concept de grève générale. L'un d'eux m'a même demandé de le rayer de la liste de diffusion, ce que j'ai fait. Cinq autres m'ont fait connaitre leur accord. Nous pourrons ranger les autres dans la catégorie NSP-NSE (ne sait pas, ne se prononce pas).
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire