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Les banques et le naufrage de la Grèce

Le statut du Fonds monétaire international (FMI) lui interdit de consentir des prêts aux pays qui ne peuvent pas rembourser ces prêts. Il vient de conclure qu'au vu des données disponibles, la Grèce ne peut pas rembourser sa dette.
Il est donc réticent à faire à la Grèce un prêt lui permettant, ne fut-ce que partiellement, de différer le remboursement de sa dette. Il demande au contraire, ce qui n'est pas habituel de sa part, que les créanciers de la Grèce acceptent l'annulation d'une partie de la dette grecque.

Or on ne dit pas assez que cette dette de la Grèce, précédemment constituée depuis plusieurs années, n'a pas résulté d'emprunts irraisonnés du gouvernement grec, mais d'acquisitions précédentes, à bas prix, de bons du trésor grecs par des banques principalement allemandes. Tous les pays du monde recourent aux bons du Trésor, notamment les Etats-Unis.

Ces banques ne veulent pas que la Grèce puisse rembourser sa dette, surtout si celle-ci est annulée en partie par l'intermédiaire du FMI. Elles veulent que le gouvernement grec continue et amplifie la politique qui lui avait été imposée ces derniers mois, consistant à vendre ses actifs. Ceux-ci ne sont pas négligeable, services publics notamment, en matière de distribution d'eau, ports, éléments du patrimoine touristique intéressant les entreprises de tourisme.

Les banques veulent que le gouvernement grec aille encore plus loin: privatise les activités de protection sociale, de santé et d'enseignement. Des entreprises étrangères rachèteront et exploiteront les plus rentables d'entre elles, obligeant le reste de la société grecque à s'enfoncer dans la misère. Avec les sommes résultant de ces rachats, disent les banques, le gouvernement grec pourra rembourser les prêts du FMI.

Pendant ce temps, une partie de la jeunesse grecque se sera expatriée tandis que la Grèce continuera d'être accablée de migrants provenant du Moyen-Orient et de l'Afrique, incapables d'exercer d'activités productives, mais pesant lourdement sur ce qui reste du système de protection sociale et de santé.

L'Union européenne est parfaitement au courant de ce processus, qu'avec la Banque centrale européenne et à l'époque le FMI elle avait imposé à la Grèce. Elle ne peut pas ignorer non plus qu'un sort semblable à celui de la Grèce peut frapper à tous moments l'Italie, l'Espagne voire d'autres Etats européens affaiblis par les crises à venir.

Paul Jorion, dans le livre que nous avons précédemment présenté, avance l'hypothèse que ce sont les banques qui mènent le monde, le rachètent petit à petit et se refusent pour autant à décider les mesures de sauvetage qui seraient nécessaires, par exemple en matière d'énergie. Ce sont donc elles, les yeux rivés sur les profits à court terme des actionnaires, qui conduiront  le monde à sa perte.

Nous n'en sommes pas encore là pour le moment. Mais rien ne montre que les gouvernements prendront enfin les mesures de salut public qui seraient nécessaires pour reconvertir les économies au profit d'activités « non profitables » mais néanmoins essentielles.

Le gouvernement grec semble avoir renoncé à toutes tentations de s'opposer à l'UE et à la BCE pour sauver l'avenir de la Grèce. Il est grave que les gouvernements français et allemands, qui sont pourtant en premier lieu intéressés à empêcher le naufrage de la Grèce, ne fassent rien pour s'opposer aux exigences de leurs banquiers – exigences durcies, ne l'oublions pas, par celle des banques de Wall Street et de la Cité de Londres.

Rappelons que si le gouvernement Tsipras avait eu le courage de braver l'interdit de Washington et avait décidé de sortir de l'UE (en répudiant la moitié d'une  dette dont ce gouvernement n'avait pas été responsable), la Grèce se porterait beaucoup mieux aujourd'hui.

Référence

FMI. Conférence sur la Grèce 25 mai 2016 http://www.imf.org/external/np/tr/2016/tr052516.htm






27/05/2016
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