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Obama tête première dans le piège de l'Afghanistan

Alors que dans d'autres domaines, Barack Obama annonce vouloir rompre plus ou moins complètement avec les politiques suivies par son prédécesseur (ce soir encore 26 janvier à propos de la lutte contre le réchauffement), en Afghanistan, il reprend en les accentuant les errements de la précédente administration.

Certes il avait annoncé qu'en échange d'un désengagement progressif en Irak, il renforcerait le contingent américain d'au moins 30.000 combattants. Cependant, il n'était pas obligé de se précipiter pour s'acquitter de cette promesse. Il pouvait se donner des délais suffisants afin de repenser la politique non seulement absurde mais dangereuse pour le monde entier que mènent les Etats-Unis dans cette partie du monde.

Il n'en prend pas le chemin. Le 23 janvier a été  annoncée la nomination de Richard Holbrooke (notre photo) comme “envoyé spécial” du président pour l'Afghanistan et le Pakistan. Holbrooke  sera une sorte  de  pro-consul comme les Etats-Unis les affectionnent, adepte de la manière forte dans la “diplomatie”. Sa nomination va marginaliser les autres directions, notamment internationales, ainsi que  l'Otan dans la mesure où celle-ci pouvait prétendre continuer à exercer un certain contrôle sur le conflit. Elle  entraînera  des affrontements sévères avec le gouvernement afghan, pouvant provoquer le départ de Karzaï, ainsi qu'avec le Pakistan  qui se plaint de plus en plus des interventions  de drones et de forces spéciales à l'intérieur de ses frontières.

L'Afghanistan devient donc  un piège redoutable pour Obama. Il est évident que la méthode adoptée, qui sera l'accentuation de la guerre selon les méthodes américaines et sous un contrôle américain de plus en plus exclusif, devrait accroître les incidents, les tensions et les querelles avec les alliés locaux, sans garantie aucune de résultats décisifs et avec la possibilité sérieuse d'une aggravation. Ce fut la voie suivie au Viet-Nam puis en Irak avec les résultats que l'on sait.

Comme le note Philippe Grasset,  par rapport aux autres lignes diplomatiques envisagées (exploration d'un processus de paix au Moyen-Orient, volonté  de retrait d'Irak, tentative d'établissement d'un dialogue avec l'Iran), «  la voie choisie pour l'Afghanistan constitue une contradiction flagrante qui va peser sur la perception qu'on a de l'administration Obama et considérablement peser sur l'équilibre des affaires traitées par cette administration. Plus encore, cette ligne se met en contradiction avec la politique intérieure de lutte contre la crise économique que prétend  suivre Obama. Pour résumer, elle constitue une continuation et une accentuation de la politique suivie depuis le 11 septembre alors que tout le reste du programme présidentiel tente de prendre une orientation inverse; elle renvoie à la référence idéologique de la “guerre contre la terreur” tandis que les autres orientations se réfèrent plutôt à l'épisode ouvert par la crise systémique du 15 septembre 2008 ».

Le piège est là grand ouvert et Obama semble bien décidé à s'y jeter.  Les enjeux du renforcement de la présence américaine dans ce pays doivent être bien grands pour justifier un tel aveuglement. Il faut certainement faire pression sur un certain nombre de puissances pour obtenir un certain nombre de gains. Mais quoi exactement ? Rien ne nous interdit de faire des suppositions à cet égard, mais rien selon nous ne justifierait, pour obtenir ces gains, de courir les risques de ces pressions.  On pourrait tout aussi bien suspecter la simple bêtise, la bêtise au front de taureau, selon le mot de Baudelaire.

C'est dans cette conjoncture que Nicolas Sarkozy se prépare à confirmer le retour de la France dans l'Otan et à endosser avec l'Amérique l'opprobre que va susciter l'extension des interventions en Afghanistan et au Pakistan.
26/01/2009
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Qu'en dit Hillary Clinton?
26/01/2009 22:28:18 | Par : Walter Reid
Tout ceci semble se faire largement par dessus la tête de la Secrétaire d'Etat. A moins qu'elle ne soit l'instigatrice de cette brillante politique

La guerre ingagnable
04/02/2009 20:47:59 | Par : Claude F
De plus en plus d'Américains pensent, comme le rapporte Jim Lobe, que la guerre en Afghanistan est ingagnable et que la seule chose à faire serait de se retirer alors qu'il est encore temps 04/02/09
http://www.antiwar.com/lobe/?articleid=14190
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