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L'Etat ubérisé

On peut appeler aujourd'hui Etat ubérisé un Etat qui abandonne à des entrepreneurs privés numérisés la définition et de la gestion des responsabilités que lui confèrent en France la constitution et les lois. Or faut-il rappeler que ces responsabilités étatiques consistent, en simplifiant, à donner le plus vite possible à chacun, quels que soit ses moyens, d'accéder au statut et aux responsabilités qui devraient appartenir à tous (les 100% de la population) alors qu'ils sont aujourd'hui monopolisés par les 5% de dominants.
Certes, au long de l'histoire de la France, aucun Etat n'a jamais tenté vraiment d'atteindre un tel objectif. Ceci aussi bien sous la 3e République que dans le cas de l'Etat républicain actuel. Mais l'Etat, assisté de son administration et contrôlé par les représentants politiques, constitue cependant la seule solution démocratique possible, face à celle consistant à confier à des intérêts financiers et économiques privées, ne visant que la recherche de leurs profits personnels, la responsabilité des missions de service public.

Beaucoup de citoyens ont encore mal compris l'évolution de l'ensemble des sociétés mondiales, y compris françaises, du fait de la prise en main du pouvoir par de puissantes entreprises s'appuyant sur un phénomène qui n'a rien de négatif en soi, la numérisation globale. La numérisation, y compris celle de l'Etat et de ses administrations, est présentée comme une solution nouvelle et puissante de donner à tous la possibilité de participer aux missions de service public et plus généralement de tenir sa place dans la mise en place d'un Etat vraiment démocratique – ceci au plan national ou européen.

Or ce n'est pas le cas. Il suffit d'ouvrir les yeux. Nous avons reçu deux études visant à montrer le rôle éminemment démocratique des entreprises et d'une minorité de citoyens se saisissant des moyens rendus disponibles par la société numérique. Nous conseillons à tous une  lecture attentive et critique de ces documents.

Il n'est pas possible dans le cadre de cet éditorial de les résumer. Disons seulement en simplifiant que la première étude (version 1 référencée ci-dessous) recommande de donner aux GAFA (les géants américains de l'internet) la responsabilité d'assurer les services publics à la place des Etats. Ceux-ci perdront ainsi toute utilité. Or cette étude ne mentionne pas le fait essentiel que les GAFA (qu'elles soient purement américaines ou à composante européenne) sont totalement dans la main du système de pouvoirs américain. Nous avons souvent sur ce site montré que Google et ses homologues sont au service de la mise en place d'un cerveau global et d'un pouvoir mondial partagé avec l'Etat américain. Celui-ci met au service des GAFA tous les moyens officiels ou secrets dont il dispose. Les auteurs de cette étude, volontairement on non, passent totalement sous silence qu'une telle ubérisation devrait être inacceptable par un Etat comme le nôtre, prétendant garder face au pouvoir américain une certaine marge d'indépendance.

Quant à la seconde étude (version 2 référencée ci-dessous), elle paraîtra plus acceptable dans nos démocraties, puisqu'elle recommande que chaque citoyen devienne un facteur de production des services publics ubérisés. Ainsi pourra-t-il partager avec tous les autres ces pouvoirs de l'Etat et des administrations. Mais l'étude ne mentionne pas un fait essentiel. Pour qu'une personne puisse jouer ce rôle, elle doit disposer d'un rang social et d'une culture non seulement technologique mais politique qui sont monopolisés, y compris malheureusement en France, par les 5% de dominants. Or ceux-ci n'accepteront jamais, sans y être contraints par la force, de laisser les 95% restant leur disputer les moyens du pouvoir, qu'il soit ou non ubérisé.

Que doivent faire dira-t-on les 95% ou leurs représentants pour renverser cet état de fait. Il s'agira d'abord de se rendre compte du mieux possible de la problématique de domination qui se poursuit à leur encontre au sein des sociétés numériques. Il s'agira aussi de proposer des solutions tenant compte de la numérisation pour rendre enfin viables des objectifs d'activités de service public non-profit et collectives inaccessibles autrement. Mais la tâche ne sera pas facile.

Références

Pour la version 1 https://www.fichier-pdf.fr/2016/04/24/note-ube-risons-l-etat-c-bertholet-et-l-le-tourneau/note-ube-risons-l-etat-c-bertholet-et-l-le-tourneau.pdf

Pour la version 2 http://www.nexedi.com/fr/blog/NXD-Blog.Uberisation.Etat

Note  au 04/05

Les auteurs de l'étude référencée ci-dessus version 1 nous ont demandé de préciser les points suivants, ce que nous faisons bien volontiers:


"Qu'ils aient une logique purement financière, qu'ils soient aux mains du gouvernement américain, ou simplement qu'ils s'imaginent en sauveurs de l'humanité, il est incontestable que les GAFA marchent de plus en plus sur les plates-bandes des services publics, parfois en étant plus efficaces. C'est ainsi par exemple que le Safety Check de Facebook a permis de rassurer des millions de Français lors des attentats de Paris (bien plus qu'un numéro vert) ou que Google sait dire qu'il y a une épidémie de grippe cinq jours avant le réseau Sentinelles.
En somme, il y a un risque d'ubérisation des services publics (et en allant plus loin, de l'Etat), par les GAFA.

C'est là que nous nous demandons si c'est vraiment ce que nous voulons. Notre réponse est non. On ne peut laisser les GAFA seuls dicter normes et usages de la société de demain, et ce pour plusieurs raisons fondamentales que nous détaillons dans la note.

Au contraire, nous pensons que l'Etat doit être incontournable afin de rester souverain et de servir l'intérêt général. Mais s'il veut retrouver son lustre et ne pas se laisser ubériser d'une façon qui ne nous conviendrait pas, il doit s'ubériser lui-même, et nous, l'aider à le faire. En premier lieu, s'ubériser, c'est retrouver son lien avec la multitude, se tourner vers le citoyen. C'est ce que permettra un Etat plateforme, un Etat ouvert. L'administration devra moins contrôler a priori que laisser les initiatives d'où qu'elles viennent (public, privé, France, étranger) se mettre en place, puis réguler a posteriori avec pour jugement l'intérêt général.

Oui mais voilà : qu'est-ce que l'intérêt général aujourd'hui ? C'est ce qu'il faut qu'on arrive à définir dans la suite de nos travaux pour définir encore plus concrètement l'Etat ubérisé et garant de notre souveraineté. Cette note est en effet un travail intermédiaire dont le but est de recueillir des retours afin d'enrichir la thèse qui sera exposée dans notre mémoire final."



 

 

01/05/2016
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