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Un bouleversement possible dans le concept de force de dissuasion.

Depuis des décennies, toutes les puissances nucléaires dotées de SNLE, sous-marins nucléaires lanceurs d'engins aussi connus comme SSBN (Sub-Surface Ballistic Nuclear) comptaient sur eux pour exercer une force de dissuasion à l'égard de puissances atomiques procédant à une première frappe.
Ces SNLE étaient supposés indétectables par les moyens classiques. Ils pouvaient donc patrouiller en profondeur au plus près des côtes de l'agresseur. Même si le pays dont ils portaient le pavillon était détruit par une première frappe, ils avaient reçu l'instruction de répondre par une ou plusieurs frappes en retour, susceptibles de créer de grandes destructions sur le pays agresseur. Celui-ci serait donc en principe découragé d'exercer une première frappe

C'est sur ce principe que dès les origines de la force de frappe nucléaire mise en place par le Gal de Gaulle en France, le commandement comptait pour décourager toute attaque nucléaire, qu'elle provienne de Russie, des Etats-Unis ou d'ailleurs. Aujourd'hui, le développement et la construction d'une nouvelle génération de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE/NG) type Le Triomphant a été lancée en 1986 par le ministère de la Défense dans le cadre du programme d'ensemble « Coelacanthe ». L'objectif du programme SNLE NG est de remplacer les SNLE d'ancienne génération au fur et à mesure de leur retrait du service actif, de façon à assurer la posture d'au moins un SNLE à la mer en permanence.

Les experts militaires pensaient cependant que de nouvelles technologies offensives seraient un jour développées pour détruire préventivement les SNLE, ou tout au moins réduire considérablement leurs capacités de réaction. Il semble que ce soit chose faite aujourd'hui, au moins en théorie.

Le British American Security Information Council (BASIC) qui conseille les deux gouvernements en matière de défense vient de publier une étude (voir référence ci-dessous) montrant que des essaims de drones sous-marins ou de surface (Unmanned Underwater vehicles UUV et Unmanned surface vehicles USV) peu coûteux à produire et à déployer, notamment par des moyens aériens, pourraient supprimer la furtivité des SNLE. Ces derniers pourraient donc être détectés et détruits par un pays agresseur peu avant une première frappe, libérant celui-ci de tout risque de frappe en retour.

Les UUV et USV seraient équipés de capteurs (senseurs) électroniques de grande performance: sonars actifs et passifs, détecteurs d'anomalies magnétiques, détecteurs par laser ou LIDAR, détecteurs de chaleur, tous capables d'opérer à grande profondeur. Même si individuellement ils risqueraient, vu leur portée limitée, de ne pas détecter un SNLE, celui-ci ne pourrait pas échapper à un essaim de drones opérant de façon coordonnées. Les informations qu'ils transmettraient permettraient alors à un avion, un navire de surface ou un autre sous-marin de frapper le sous-marin ennemi avec beaucoup de probabilité de succès.

D'ores et déjà des planeurs sous-marins ou des drones sont largement utilisés par les Etats-Unis, la Russie et la Chine pour surveiller leurs eaux territoriales stratégiques. La perspective évoquée par le BASIC supposerait qu'un nombre bien plus considérable de tels drones soit déployé pour patrouiller en permanence dans des aires océaniques bien plus vastes. Les SNLE de leur côté pourraient détecter d'éventuelles essaims de drones et changer rapidement de localisation, échappant ainsi à la surveillance. Les débats entre stratèges de la dissuasion sous-marine se poursuivront donc un certain temps.

On notera que ces perspectives sont aujourd'hui discutées au Parlement britannique, où se pose la question du renouvellement prochain de la flotte de SNLE Trident, de conception américaine, considérée comme obsolète. On peut penser que le leader du parti travailliste Jeremy Corbin, actuellement opposé à ces projets, y fera allusion. Le choix final sera intéressant à étudier.

Référence

http://www.basicint.org/publications/david-hambling/2016/inescapable-net-unmanned-systems-anti-submarine-warfare

Note au 03/03

Un expert nous a écrit

Méfions nous de ce genre d'info surtout si cela vient des Britanniques... Chacun sait qu'ils ont d'énormes difficultés à assumer un effort de défense  significatif, plus encore que nous. C'est du reste l'une des raisons qui les ont conduit à nous proposer les accords de Lancaster house, ce que du reste nous avons eu tort d'accepter notamment pour la “prétendue “ mutualisation des moyens aéronavals.  S'ils sont contraints à abandonner leur force de dissuasion au profit du parapluie nucléaire américain, ils ne seraient pas mécontents de nous voir également y renoncer, comme le suggèrent certains irresponsables français dont Paul Quilès n'est pas le moindre des avocats. Alors laisser croire que les SNLE sont désormais aussi localisables que le PA Charles de Gaulle  au large de la Syrie, cela pourrait être de bonne guerre...mais personnellement je ne laisserai pas impunément remettre en cause notre politique de dissuasion et les efforts nécessaires pour en conserver la crédibilité...

J'ai répondu:

Merci de cette réaction. Dans mon article, j'avais commencé à exprimer in fine quelques doutes sur l'efficacité de drones. Connaissant la vastitude des océans, je vois mal comment les utiliser utilement, sauf dans des eaux restreintes telles qu'un estuaire...où les SNLE n'ont aucune raison d'aller.

02/03/2016
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