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Le cessez le feu en Syrie. Qui trompe qui?

Nul ne doute, à Washington et ailleurs, que Moscou n'acceptera jamais, sous couvert de cesser le feu, toute manoeuvre américaine pour renverser son allié Bashar al Assad. Mais les Américains affirment que ce n'est pas ce qu'ils recherchent en soutenant le projet de cessez le feu dont ont convenu les présidents Poutine et Obama. Que cherchent-ils alors exactement?
Très certainement à gagner du temps ce qui leur permettra de mettre en oeuvre un Plan B visant finalement, non seulement à remplacer Bashar par un régime d' « opposants modérés » qu'ils n'ont cessé d'armer depuis le début, mais à affaiblir considérablement la position russe et celle de son alliée l'Iran dans tout le Moyen Orient.

Différentes indications montrent en effet que Washington compte profiter de la trêve pour, sous couvert du prétexte de la « guerre contre Isis », renforcer les positions belliqueuses de l'Arabie saoudite, du Qatar et surtout de la Turquie. Ces pays n'ont en aucun cas renoncé à faire tomber Assad. De plus la Turquie, avec l'assentiment des Etats-Unis, continue à mener une guerre de plus en plus meurtrière contre les Kurdes de Syrie et contre ses propres Kurdes, pour empêcher la formation d'un grand Kurdistan qui porterait un coup très rude à l'unité du pays. Le cessez le feu ne les empêchera en rien de continuer.

Washington utilisera aussi et surtout la trêve pour continuer à armer les prétendus « rebelles  modérés » que les Américains prétendent avoir rallié à la lutte contre Isis, mais sur lesquels ils comptent pour prendre le pouvoir à Damas à l'occasion des négociations visant à organiser une « transition politique » laquelle serait finalement suivie du départ de Bashar. Or ces rebelles modérés ne participent en rien à la guerre contre Isis. Ils en représentent directement les intérêts. Il s'agit en fait de djihadistes sunnites, tel que Ahrar al-Sham, qui combattent aux côtés du Front Al Nusra. Ils sont armés et soutenus par les Etats-Unis via la CIA, l'Arabie, la Turquie et autres Qataris et Jordaniens.

Par contre, ils subissaient jusqu'à présent les bombardements russes, en appui de l'armée Syrienne, laquelle a réussi à reprendre des positions tenues par eux jusque dans les faubourgs d'Alep. Les Russes poursuivront leurs opérations de bombardements, mais le cessez-le feu les gênera certainement - d'autant plus que sous prétexte de bombardements russes, les Saoudiens et les Turcs s'en prennent de plus en plus directement aux civils syriens, hôpitaux et écoles.

Pour les jusqu'au boutistes de Washington, le cessez le feu permettra d'attendre les élections présidentielles en espérant qu'ils pourront plus ouvertement faire reprendre les opérations anti-Assad et anti-russes à la faveur de la désorganisation politique qui accompagnera momentanément la mise en place d'un nouveau président. Ils ne désespèrent pas d'ailleurs que ce président s'engage plus ouvertement qu'Obama pour l'envoi de troupes au sol. Donald Trump, en ce qui le concerne, ne semble pas décidé à prendre cette voie. Mais sait-on jamais. L'appareil politico-militaire américain sait comment faire pour changer un homme

En attendant, dans l'entourage du Secrétaire à la Défense Ashton Carter, l'on répète à l'envie que le cessez le feu ne tiendra pas, et qu'il s'agit d'une ruse de Moscou. D'ores et déjà, les chefs du Pentagone dont le Gen. Joseph Dunford, président du Joint Chiefs of Staff et le directeur de la CIA John Brennan, font pression sur la Maison Blanche pour que le cessez le feu fasse place à une offensive américaine majeure en Syrie, aussi peu populaire qu'en soit l'idée actuellement chez les électeurs. En attendant, les forces anti-Assad sont approvisionnées par des missiles Terre-Air américains pouvant être employés contre l'aviation russe.

Inutile de décrire les risques de guerre étendue qui résulteraient de telles agressions – ceci même si le Pentagone prétendait ne pas y être impliqué directement.

Photo: Arhar al Sham vient de changer de nom pour participer au cessez le feu en Syrie. Ici son chef le salafiste Hachem el-Cheikh Nos informateurs ne précisent pas s'il s'est coupé la barbe

24/02/2016
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