Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Eloge du contrôle des changes au Maroc

Souvent considéré comme un père Fouettard par les investisseurs ou par les entrepreneurs, l'Office des Changes marocain se révèle en fait, du point de vue économique, d'une redoutable efficacité par ces temps de crise.

Qu'on en juge :  en 2008, le dirham a progressé de 1.30% contre l'euro, tout en perdant juste 4.50% face au dollar ; et la Bourse de Casablanca (indice MASI) a cédé moins de 15% l'an dernier, contre 45% pour le CAC 40.

Quelle conclusion tirer de ce constat chiffré ? D'abord, que dans une période troublée mieux vaut avoir une économie protégée de la bourrasque que de la laisser ouverte à tous les vents ; ensuite, qu'en matière de marchés financiers, il n'y a pas de dogme, il faut juste être pragmatique. A cet égard, le credo du  FMI en faveur de la libre circulation des capitaux et de la libre fluctuation des monnaies reflète bien l'incompétence confirmée des dirigeants de cette vénérable institution en matière de finance et de marchés. Enfin, troisièmement, qu'il faut saluer l'intelligence des autorités marocaines. Celles-ci,  dès la création du dirham, l'ont enfermé dans un cocon protecteur – le contrôle des changes- qui lui a toujours permis de garder sa valeur face aux grandes devises internationales.

De ce point de vue, il peut être utile de comparer la politique de la Chine et celle de la Russie ; ainsi, par tradition et par sagesse, l'Empire du Milieu a résolument conservé le contrôle de sa monnaie, le yuan, dont elle vient dernièrement de stopper la remontée progressive face au dollar, pour soutenir autant que faire se peut son économie affectée par la crise. Par contre, à la mi-2006, Vladimir Poutine – sans doute par péché d'orgueil - a rendu le rouble librement convertible : après une première période glorieuse de progression contre le dollar et l'euro, la devise russe se fait depuis quelques mois littéralement massacrer sur le marché des changes . La Banque centrale a dépensé en pure perte le tiers de ses réserves de change ( soit 200 milliards de dollars) pour soutenir sans résultat aucun un rouble en capilotade ( alors que la Chine conserve elle intact son trésor de guerre de 2000 milliards de dollars de réserve).
Morale: ne croyez pas ce que disent les « experts » donneurs de leçons. Quand un système a fait ses preuves, surtout ne le changez pas !

NDLR. Question à l'auteur : que pensez vous de l'intérêt de fixer au niveau international des taux de change fixes ou variant à l'intérieur de fourchettes étroites, entre les trois grandes monnaies, dollar, yuan et euro ?

Réponse de Joseph Leddet : je reste extrêmement prudent sur les idées de régulation monétaire internationale ; c'est comme dévier le cours d'un fleuve ou contrôler l'impact de l'érosion ou de l'ensablement maritime : on n'est jamais sûr du résultat, tant le phénomène censé être canalisé s'avère complexe.

Pour ma part, je conseillerais aux décideurs mondiaux de viser à la mise en place de grandes zones- devises : dollar en Amérique et en Asie, euro en Europe et en Afrique, avec suppression systématique des monnaies locales ; quant aux Etats qui voudraient conserver leur monnaie nationale, il n'y aura pour eux rien d'autre à faire que de maintenir ou de rétablir le contrôle des changes et d'interdire parallèlement  la libre entrée/sortie des capitaux ; faute de quoi ils seront morts en l'espace de quelques années....


12/01/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire