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Southern Insurgency The Coming of the Global Working Class

L'avenir comparé des classes ouvrières en Occident et en Asie


Southern Insurgency


Les partis et mouvements de gauche occidentaux considéraient généralement dans la première moitié du 20e siècle, que la « classe ouvrière » célébrée par les théoriciens marxistes, pourrait devenir l'agent actif des évolutions ou révolutions permettant de remplacer les régimes capitalistes par des régimes socialistes. Dans les régimes communistes staliniens, cet espoir a tourné court. Si la dictature du parti, imposée dès les origines par Joseph Staline a pu se mettre en place avec l'appui de la classe ouvrière russe de l'époque, si elle a pu apporter à celle-ci de substantiels avantages, elle n'a en rien permis le développement d'une classe ouvrière organisée, susceptible de définir ses propres objectifs et de faire le cas échéant contrepoids aux institutions soumises au pouvoir du parti.

Les classes ouvrières nationales ont par ailleurs été incapables d'imposer aux Etats ce dont avait initialement rêvé Trotsky, une Internationale ouvrière rassemblant des travailleurs de tous les pays et susceptible de jouer le rôle d'une force organisée dans les institutions internationales telles que l'ONU ou le BIT, sans même mentionner un passage mondial du capitalisme au socialisme. Les intransigeances nationalistes internes, dès le début de la première guerre mondiale, ont ruiné cet espoir.

Plus récemment, dans le système néolibéral s'étant imposé dans les pays développés du Nord, le concept de classe ouvrière, agent moteur de changements politiques profonds, a perdu toute consistance. Différentes raisons ont expliqué ce phénomène et continuent aujourd'hui à empêcher qu'il ne renaisse. Il y a eu d'abord la diminution des effectifs ce que l'on nommait jadis une classe ouvrière proprement dite, aux compétences professionnelles affirmées, du fait de l'automatisation et du recrutement de travailleurs immigrés dépourvus de droits sociaux et du travail. Les travailleurs en col blanc qui sont devenus de plus en plus nombreux auraient pu se rapprocher de la classe ouvrière, mais pour de multiples raisons, ils se sont efforcés de s'en distinguer et de refuser, sauf exception, de mêler leurs intérêts à ceux des ouvriers. Les entreprises et les Etats ont bien évidemment favorisé cette dispersion, en évitant l'apparition de revendications communes soutenues par des syndicats forts.

Il en résulte aujourd'hui, dans les pays dits occidentaux, que la classe ouvrière n'est pratiquement plus un facteur de lutte sociale et de changements structurels. Ceci non seulement au niveau d'une éventuelle Internationale des travailleurs, mais dans chaque pays pris individuellement ou, en Europe, au niveau des institutions de l'Union. Le recrutement des syndicats ouvriers s'en est fortement ressenti. Pourquoi cotiser à des organisations dont le pouvoir protecteur est devenu quasiment nul?

Une émergence en Asie

Dans le même temps, aujourd'hui, dans les pays asiatiques, les ouvriers massivement employés dans les industries faisant un large appel à des mains-d'œuvre salariées tendent à se regrouper pour mieux défendre leurs intérêts. Dans certains cas, ils vont jusqu'à organiser des actions collectives et tenter de mettre en place des syndicats. Le processus est différent selon les pays concernés et leurs cultures politiques et sociétales, mais le mouvement paraît devenir général.

Sur ce point très important, Immanuel Ness professeur de sciences politiques à l'Université de New York vient de publier un ouvrage très documenté: Southern Insurgency. The Coming of the Global Working Class. Il examine le cas de trois pays importants, la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud, où des travailleurs cherchent à s'organiser collectivement pour combattre la domination d'un capitalisme global, fut-il en partie public comme en Chine, pour les priver de droits du travail.

Un article de Counterpunch http://www.counterpunch.org/2016/01/15/a-global-working-class-in-formation/ résume l'ouvrage avec beaucoup de détails, ce que nous ne pouvons faire ici. Nous y renvoyons le lecteur. Il faut par contre se demander si ces nouvelles formes de défense de travailleurs souvent soumis à des conditions effroyables de travail pourront aboutir à leur faire reconnaître des droits effectifs, tant par les multinationales qui les emploient que par les gouvernements.

Une réponse négative parait dans un premier temps  s'imposer. Comment dans des pays jusqu'ici dépourvus de législation du travail, et disposant de populations sans emploi toujours prêtes à accepter ce que leur offrent les employeurs, les travailleurs en résistance contre ceux-ci pourront-ils jamais obtenir la satisfaction de leurs exigences légitimes? D'une part en effet les gouvernements ne souhaitent pas voir remises en causes leurs politiques de production ou d'exportation. En Chine notamment, ces gouvernements, au niveau national ou à celui des collectivités, sont restés très autoritaires, sous la pression d'un parti communiste ayant conservé beaucoup des comportements dictatoriaux datant de Mao Tse Toung. En Inde, malgré les apparences, le poids conservateur de la puissance publique continue à se faire sentir pleinement, dès qu'il s'agit des relations du travail. D'autre part dans tous ces pays, l'essentiel de la main d'œuvre est constitué de femmes, souvent d'adolescentes, ce qui ne facilite pas leur reconnaissance.

Enfin, il faut signaler que les entreprises les plus intransigeantes sont celles qui exportent, arguant de la concurrence sans pitié régnant sur les marchés internationaux. Les plus dures à cet égard sont les filiales asiatiques des grands groupes occidentaux. Elles prétendent que la moindre concession, en termes de sécurité au travail ou de salaires, faite à leur personnel, se traduirait par des hausses de prix des produits finaux dont souffriraient leurs clients occidentaux.

On doit évoquer un autre point: le fait que les mouvements revendicatifs de travailleurs restent confinés à certaines entreprises, voire à certains ateliers. Une culture syndicale collective, avec des droits reconnus sur un plan national, est encore loin de voir le jour. A plus forte raison le serait l'idée d'une internationale ouvrière intéressant plusieurs pays.

L'Internet

Tout ceci pourrait être évoqué pour contredire la thèse de Immanuel Ness, selon laquelle surgirait en Asie une classe ouvrière globale susceptible de se donner des positions équivalentes à celles perdues par la classe ouvrière occidentale. Cependant, rien n'est encore joué à ce jour.

Malgré les censures qui s'exercent, notamment en Chine, à l'encontre des médias locaux rapportant l'existence de conflits du travail, notamment lorsque ceux-ci ont rapporté des avantages à leurs auteurs, les informations circulent de mieux en mieux. C'est le cas d'abord au sein de chaque pays particulier, mais c'est aussi le cas d'un pays à l'autre. Les échos des luttes sociales continuant à se produire dans les pays occidentaux, comme par exemple les combats syndicaux qui perdurent dans l'industrie automobile américaine, abondamment rapportés par le World Socialist Web Site, finissent par alerter en profondeur les opinions des travailleurs asiatiques.

Le mérite en revient à la pénétration de l'Internet et dans un premier temps du téléphone portable. Malgré les censures de toutes sortes s'exerçant sur les reportages et les commentaires, un nombre croissant d'information, concernant les luttes sociales finissent par se répandre en Asie. La contagion par mimétisme joue un rôle très fort, encore que difficilement mesurable.

Il est trop tôt aujourd'hui pour prévoir avec exactitude comment évolueront les classes ouvrières asiatiques, et les pouvoirs qu'elles finiront pas se donner. Soyons certains cependant que des choses intéressantes se produiront. Elles pourront redonner des idées et du courage aux classes ouvrières américano-européennes.





19/01/2016
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