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Michel Chossudovsky

Le professeur d'économie politique à l'Université d'Ottawa, Michel Chossudovsky, est l'auteur du best-seller « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial ». Il est un des animateurs du site très actif et il faut le dire souvent peu objectif www. mondialisation.ca . On pourra par exemple reprocher à ce site de reprendre certaines hypothèses encore non prouvées relatives aux liens entre le soutien américain à Ben Laden et les attentats du 11 septembre. Ceci n'empèche pas que beaucoup d'articles méritent d'être connus. C'est le cas de la mise en garde prononcée lors de diverses interventions publiques récentes par le Pr. Chossudovsky et résumée ici, concernant la future politique économique et financière de Barack Obama et de ses soutiens à Wall Street.

" Barack Obama ne changera rien à la domination du monde par les intérêts financiers américains, soutenus par le gouvernement et les institutions fédérales. Les principaux architectes de la loi dite Financial Services Modernization Act (FSMA ou loi de modernisation des services financiers) se retrouvent aujourd'hui dans la future équipe de Barack Obama. Cet Acte a supprimé une législation de 1933 (Glass-Steagall Act) décidée du temps de F.D. Roosevelt  et visant à empêcher la spéculation. Il fallait à l'époque séparer les banques commerciales des maisons de courtage et des banques d'affaire, afin de maintenir une certaine cohérence dans l'octroi de crédits. Le FSMA  au contraire permet  le  regroupement des services financiers pour former des conglomérats disposant de tous les instruments spéculatifs destinés à faire du profit dans le cadre d'une économie globalisée dérégulée. Du fait de la baisse des taux d'intérêt des banques centrales, conçues en partie pour les favoriser, ces organismes peuvent facilement emprunter de l'argent pour spéculer.

Tout ceci s'est fait dans le cadre de ce qu'on a appelé le Consensus de Washington (qu'il vaudrait mieux nommer  le consensus de Wall Street),  lequel correspond surtout à l'intervention des créanciers, de la privatisation, de la réduction des coûts de l'État,  etc. appliquées aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés. Ce Consensus de Washington est le produit d'une ingénierie financière s'abritant derrière le FMI et qui avait prétendument la mission de réduire le déficit. Les « ajustements structurels » ainsi imposés  avaient  en fait un objectif plus fondamental : désarmer et et ruiner les États,  privatiser l'infrastructure et les programmes sociaux....C'est d'ailleurs toujours le rôle que s'assigne le FMI dans le cas des économies en difficulté.

Or l'équipe qui va prendre le pouvoir en janvier 2009 à Washington  est composée en grande partie des architectes du désastre unanimement dénoncé aujourd'hui par les chefs de gouvernement du G20. Ceux qui ont conçus cette déréglementation et ceux qui ont préconisés les produits dérivés sont maintenant appelé par Obama pour proposer des solutions de rechange à la  crise.   En font notamment partie : Lawrence Summers(1), Paul Volker(2), Timothy Geithner(3), Jon Corzine(4)....

Dans ce concert, le discours économique de Lawrence Summers se distingue. Il est connu chez les écologistes pour avoir proposé de déverser les déchets toxiques dans les pays du tiers monde, puisque là-bas  les populations  ont la vie plus courte et le coût de main-d'œuvre y est extrêmement bas, ce qui rend l'exportation des matières dangereuses vers les pays pauvres beaucoup plus « rentable »....

Il faut rappeler aussi que la Banque centrale américaine, le  Federal Reserve Board of New York n'est pas une banque centrale publique mais privée. Il s'agit seulement d'un bureau avec un chairman. Mais l'émission monétaire et le contrôle de la création monétaire sont du ressort des douze banques de la réserve fédérale qui sont toutes des banques privées, dont les actionnaires comportent  notamment la famille Rockefeller.

On ne doit donc pas attendre de changements du futur président Obama. Il poursuivra une politique directement profitable aux intérêts financiers américains.  Il en résultera plusieurs conséquences inévitables, à l'opposé des affirmations du candidat et des espoirs qu'il avait fait naître: la poursuite de l' effondrement des finances publiques américaines et la  privatisation accélérée de l'État, des services de sécurité défense, services sociaux, systèmes de santé et d''éducation. En découlera aussi une emprise accrue des créanciers sur l'appareil politique....Les banques vont utiliser les crédits consentis par les plans de relance de l'Etat non pour venir au secours des débiteurs privés ou des entreprises en difficulté, mais pour procéder à des acquisitions massives aussi bien dans le secteur financier que dans l'économie réelle.

Tout ceci ne sera que le développememt d'un mouvement de grande ampleur commencé dans les années 1980, visant à donner aux banques les leviers de contrôle sur les économies réelles, en se substituant aux responsabilités jusqu'ici assumées aussi bien par les administrations publiques que par les industries classiques. La compression des salaires, la délocalisation, la promotion des produits de consommation importés visaient à maximiser les profits spéculatifs. La crise actuelle ne changera rien à ces objectifs, contrairement à ce que certains ont cru. Sous des formes nouvelles, avec quelques mesures médiatiques destinées à calmer les opinions, la tiers- mondisation des pays développés se poursuivra, ainsi que l'aggravation de celle des pays pauvres.

Pour réagir, il aurait fallu geler tout l'appareil spéculatif du système bancaire, en le nationalisant ou quasi-nationalisant. Mais Obama ne le fera pas, non plus d'ailleurs que les Etats européens (Grande-Bretagne, France, Allemagne) dont les propres plans de relance se bornent aujourd'hui à donner de nouveaux moyens aux banques sans contrepartie.  Les sociétés civiles sont loin de pouvoir s'organiser pour résister à cette évolution mondiale en cours de renforcement.

(1) Lawrence Summers a joué un rôle clef dans le lobbying du Congrès pour l'abrogation de la Glass Steagall Act. Sa nomination opportune au poste de secrétaire au Trésor par le président Clinton en 1999 a permis de forcer l'adoption de la Financial Services Modernization Act en novembre 1999. Au terme de son mandat à la tête des Finances, il est devenu président de l'université de Harvard (2001-2006).
(2) Paul Volker était président de la Réserve fédérale dans les années 1980 de l'ère Reagan. Il a joué un rôle central dans la mise en œuvre de la première phase de déréglementation financière, qui a favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions menant à la crise financière de 1987.
(3) Timothy Geithner est directeur général de la Banque de la Réserve fédérale de New York (FRBNY), la plus puissante institution financière privée d'Amérique. Il est aussi ancien fonctionnaire des Finances du gouvernement Clinton. Il a travaillé pour Kissinger Associates et fut aussi en poste au FMI. La FRBNY joue un rôle en coulisses dans la mise au point de la politique financière. Geithner agit pour le compte de puissants financiers derrière la FRBNY. Il est en plus membre du Council on Foreign Relations (CFR).
(4) Jon Corzine, aujourd'hui gouverneur du New Jersey, est un ancien directeur général de Goldman Sachs.


NB:  Sur Michel_Chossudovsky, voir http://en.wikipedia.org/wiki/Michel_Chossudovsky
07/01/2009
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