Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

La nouvelle Pologne, grenade ou pétard mouillé?

Il s'agit de la Pologne issue des dernières élections ayant conduit le parti nationaliste Droit et Justice (PiS) au pouvoir. Se comportera-t-elle ou non en grenade au coeur de l'alliance euro-atlantique?

Le PiS est sorti vainqueur des présidentielles en mai et surtout des législatives en octobre, avec une majorité absolue au Parlement. Ceci a conduit fin novembre à la formation d'un gouvernement dirigé par un ressuscité, Jaroslaw Kaczynski, frère survivant des jumeaux Kaczynski, ultranationalistes, catholiques-conservateurs, antirusses et eurosceptiques polonais. Les Kaczynski avaient été présentés comme les représentants d'une ancienne Pologne inassimilables, que l'Union européenne se devait de faire remplacer par des gouvernants plus présentables. Ce fut celui du libéral Donald Tusk, nommé depuis, à titre sans doute de récompense, président exécutif de l'Union européenne.

Quant à ce que nous désignons ici par l'alliance euro-atlantique, c'est évidemment ce qu'est devenue de plus en plus l'Union européenne telle qu'elle s'exprime aujourd'hui à Bruxelles, inféodée sur le plan économique aux intérêts de Wall Street et sur le plan militaire, via l'Otan, à ceux d'une persistante guerre larvée menée contre la Russie. Dans cette alliance, la Pologne a toujours paru jouer un rôle essentiel. Inutile d'évoquer son adhésion complète aux principes de l'euro-libéralisme, grâce auquel elle a pu approvisionner en main d'oeuvre à bas prix les industriels européens.  En contrepartie elle a pu accéder à des produits de consommation fabriqués ailleurs, notamment en Allemagne.

Concernant l'Otan, la Pologne y a joué volontairement et dès le début le rôle de bastion avancé de l'Us Army, lui ouvrant diverses bases militaires et jusqu'à aujourd'hui exerçant un partenariat actif au sein du BMDE (Ballistic Missile Defense in Europe) inventé par le Pentagone et le complexe militaro-industriel américain pour menacer la Russie.

Un possible modèle de retour à l'indépendance

Pourquoi dans ces conditions la Pologne deviendrait-elle, avec le PiS, un modèle possible pour tous les partis qui au sein des Etats européens veulent se dégager de l'emprise politico-économique de l'Union européenne, afin de retrouver un peu d'indépendance et de créativité ? Pourquoi deviendrait-elle parallèlement un modèle pour tous ceux qui veulent se dégager de l'Otan, afin de mieux apprécier les besoins de défense du pays dans un monde dont les menaces ne proviennent plus désormais de la seule Russie. Ces menaces proviennent tout autant des errements incontrôlables et dangereux de la politique américaine, notamment en Ukraine comme au Moyen-Orient.

Certes la Pologne reste viscéralement anti-russe. Mais si Vladimir Poutine a la sagesse de lui montrer que les nouveaux moyens militaires dont s'est dotée la Russie ne seront jamais dirigées contre elle, les prometteuses perspectives de collaboration économique avec la Russie pourraient contribuer à diminuer son hostilité.

En ce qui concerne l'Otan, la Pologne se montre désormais décidée à échapper à la domination qu'exerce sur elle la puissance américaine, notamment par le biais de l'espionnage électronique. C'est ainsi que le 17 décembre, la gendarmerie polonaise a effectué un raid contre un centre de contre-espionnage et espionnage impliquant des fonctionnaires polonais et slovaques, établi en septembre sur la directive de l'Otan avec le statut de service de l'Otan. Les nouvelles autorités polonaises y ont installé des hommes dépendant d'elles. Le geste paraitra modeste, mais aucun des autres pays de l'Otan ne s'est jamais résolu à une décision de ce genre, quelles que soient les plaintes qu'ils exprimaient verbalement contre les intrusions de la NSA et de la CIA dans leurs propres systèmes gouvernementaux.

Nul ne peut prévoir à ce jour comment les institutions du parti Droit et Justice continueront à se comporter vis-a-vis de l'Union européenne et de l'Otan. Rentreront-elles dans le bercail sous l'effet conjugué des pressions de Bruxelles et de Washington ? Au contraire, se rapprocheront-elles des divers partis et gouvernements européens tentés par une sortie de l'euro et de l'Union, voire de l'Otan, afin de constituer des alliances économiques et militaires permettant des appuis réciproques.

Il est évident que si un pays de l'importance de la Pologne choisissait de reprendre son autonomie, fut-ce en s'appuyant sur ses traditions ultranationalistes et religieuses, tous les mouvements politiques qui en France, en Grande Bretagne et dans les pays méditerranées sont tentés de faire de même y trouveraient, sans partager pour autant ces traditions conservatrices, un stimulant considérable.


Image. Lanciers polonais Le 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais ( Pułk Szwoleżerów-Lansjerów Gwardii Cesarskiej) fut une unité de cavalerie de la Garde Impériale, crée par Napoléon Ier et en service dans la Grande Armée de 1807 à 1815. Pourquoi les évoquer ici? Parce qu'ils sont devenus l'image d'une Pologne indépendante, autant anti-allemande qu'anti-russe, et alliée d'une France elle-même jalouse de son indépendance, une Pologne pour qui la France est entrée en guerre en 1939.

04/01/2016
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire