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Libye. Le pavé de l'ours américain.

Dans un article précédent, nous indiquions que face aux menaces croissantes de transformation de la Libye en champ d'affrontements entre groupes tribaux et les forces de l'Etat islamique (EI) de plus en plus nombreuses à s'installer dans ce vaste pays, un espoir de normalisation avait pu apparaître. Il s'agissait de la mise en place d'un General National Congress (GNC) basé à Tripoli, dirigé par une personnalité indépendante des factions, un certain Awad Mohammed Abdul-Sadiq.

Voir  http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2001&r_id= , 

Ce GNC s'est réuni début décembre en Tunisie en rassemblant des députés provenant de la Chambre libyenne des Représentants. Il s'agissait d'une Conférence de paix, soutenue par le premier ministre italien Matteo Renzi. Celui-ci avait décliné l'assistance de l'Otan pour lutter contre les factions armées de l'EI. La Libye, avait-t-il dit, n'a pas besoin de nouveaux bombardements.

Aujourd'hui cependant, les Etats-Unis et l'OTAN s'apprêtent à mener de nouvelles opérations militaires sur le territoire libyen. Ils  font pression sur la coalition libyenne de « gouvernement d'union » nouvellement formée pour qu'elle approuve des frappes contre l'EI. La première tâche du gouvernement d'union doit être de lancer « un appel à l'aide direct à l'Occident », a dit l'ambassadeur de l'Union Européenne en Libye. Les régimes du Golfe enverraient aussi des forces à l'appui du « gouvernement d'union » a promis de son côté le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond.

Quant au porte-parole du Département d'Etat américain John Kirby, il a promis que Washington soutiendrait la nouvelle coalition avec « un plein appui et de l'aide technique, économique et sécuritaire contre le terrorisme ». Enfin, dans sa conférence de presse de fin d'année, le 18 décembre, Barack Obama a fait allusion à des plans pour une nouvelle intervention militaire US-OTAN en Libye, affirmant que le pays faisait face à « une très mauvaise situation » suite à l'échec de l'OTAN à y « reconstruire un gouvernement » après la guerre de 2011.

Le gouvernement d'union, en ce qui le concerne, ne comprend toujours pas de représentants des deux régimes prétendant actuellement exercer la souveraineté sur la Libye. Il ne comprend pas non plus les nombreuses autres milices tribales se disputant le contrôle des secteurs stratégiques de la côte. Parmi elles l'Armée nationale libyenne, Ansar al-Sharia, la Milice cyrénaïque anti-islamiste, le Conseil révolutionnaire de la Choura et la coalition Aube libyenne comprenant de soi-disant islamistes modérés et des milices berbères.

Retour de l' « Occident »

Comme il était prévisible, les Etats-Unis et l'Otan, y compris l'Italie, cherchent à exploiter le chaos politique produit par la guerre de 2011 pour réinstaller leurs intérêts en Libye, La Libye possède les plus grandes réserves de pétrole de l'Afrique.

Il est vrai que les milices libyennes de l'EI seraient sur ​​le point de saisir la ville clé d'Ajdabiya. Une telle victoire leur donnerait le contrôle d'​​une bonne partie de la richesse pétrolière du pays. L'ensemble de l'EI au Moyen Orient et dans le monde se trouverait renforcé par ce nouvel apport de ressources, complétant celles provenant de l'Iraq et la Syrie. L'EI aurait établi de nouvelles zones sécurisées et de transit en Afrique du Nord en réponse à l'escalade des opérations par les puissances occidentales en Syrie et en Irak.

Mais peut-on compter sur l'intervention militaire américano-européenne sur place pour ramener la paix dans un pays qu'elle avait dévasté en renversant le colonel Khadafi. D'ores et déjà, selon la chaine NBC News, des commandos américains seraient secrètement déployés en Libye,  entrant et sortant librement du pays. En fait, il semble que les forces américaines aient continué à mener des opérations secrètes en Libye depuis la fin officielle de la guerre. Elles s'appuient sur des milices que les agences de renseignement américaines et européennes et leurs alliés régionaux comme l'Arabie saoudite avaient financés et armés durant la guerre contre Mouammar Kadhafi, et qui furent ensuite utilisées contre Bachar al-Assad.

Quant à la Grande-Bretagne, elle se prépare en accord avec l'ex-puissance coloniale l'Italie, à déployer au moins 1000 soldats dans le cadre de plans de formation de nouvelles milices soutenues par l'Europe. Manuel Valls enfin a précisé que la France allait renouveler ses propres opérations contre la Libye, y compris sur la ville de Syrte, détruite par les bombardements de 2011.

On peut craindre que toutes ces manoeuvres visant à réinstaller les intérêts américano-européens en Libye n'aient aucun effet dans la prétendue guerre contre l'EI. Au contraire. Limitées à des opérations aériennes et réactivant les oppositions locales, leur premier résultat, faute de pouvoir déployer des troupes au sol considérables, sera de faire de la Libye une magnifique plate-forme d'opérations pour l'EI, à destination de l'Afrique sub-saharienne, du Magreb et de l'Europe. On peut penser que la Russie, pour sa part, n'interviendra pas, faute d'intérêts directs.

Mais que faire d'autre, dira-t-on? La première chose à faire aurait été de laisser agir la diplomatie européenne (à supposer qu'elle existât hors Otan) et la diplomatie africaine, sans faire aux Etats-Unis et à l'Otan. C'est ce qu'avait recommandé de faire Matteo Renzi, sans aucun succès évidemment.

29/12/2015
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