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Tranquillité de ton à la Conférence de presse annuelle de Vladimir Poutine

Dans sa conférence de presse annuelle du 21 décembre, devant près de 1400 journalistes, et durant 3h, Vladimir Poutine a abordé un grand nombre de sujets d'actualité, avec une apparente franchise et une tranquillité de ton bien faite pour rassurer les auditeurs.

 Il avait visiblement quelques notes devant lui, mais il n'a pas paru les consulter. Il a montré ce faisant qu'il connaissait parfaitement l'ensemble des problèmes qui se posent aujourd'hui à la Russie. Beaucoup de chefs d'Etat occidentaux pourraient lui envier cette maîtrise, à commencer par Barack Obama, souvent confus et fluctuant.

Les journalistes ont posé comme prévisible de nombreuses questions concernant la politique étrangère, les relations avec la Turquie, avec Bashar al Assad et les Etats-Unis. Concernant la Turquie, tout en veillant à distinguer Erdogan et les citoyens plus ou moins pro-russes des régions occidentales, il s'est montré inflexible vis-à-vis de ce qu'il nomme le ralliement du régime à un islamisme de combat, de plus en plus lié au terrorisme de Daesh. Nous ne pouvons pour notre part que l'approuver. Il est inconcevable que, pour notamment complaire aux Etats-Unis, les institutions européennes , soutenues par de nombreux Etats, se soient à nouveau engagées dans une procédure d'adhésion de la Turquie à l'Union. Il est clair que cette démarche ne fera rien pour rapprocher la Russie de l'Union, à un moment où ce rapprochement serait devenu particulièrement nécessaire.

Au regard de ceux qu'il continue à nommer ses partenaires occidentaux, notamment les Etats-Unis, représentés par l'omni-présent John Kerry lors des négociations récentes concernant les perspectives de paix en Syrie, Poutine s'est montré d'une grande réserve. Il n'a pas caché qu'il connaissait beaucoup de points sur lesquels Washington a pu prendre des positions hostiles, souvent en accord avec l'Arabie Saoudite, mais il ne s'est pas étendu sur le sujet. Il ne voit pas cependant de perspectives précises permettant d'arrêter la spirale de conflit encouragée par les Etats-Unis. L'avenir à terme est loin d'être encourageant, a-t-il laissé entendre et la Russie devra compter sur ses propres forces pour rompre l'encerclement.

L'économie

Mais ce sont les questions économiques qui ont été abordées en priorité au début de la conférence de presse. Les journalistes n'ont pas apparemment hésité à s'inquiéter publiquement d'un certain nombre d'indicateurs défavorables. En 2015, l'activité économique s'est contractée de 3,7%, la production industrielle et les revenus liés à celle-ci ont diminué sensiblement, l'inflation atteint 12,3 %, les sorties de capitaux, bien qu'ayant diminué par rapport à 2014, atteignent encore $60 milliards. Quant au chômage, tel officiellement déclaré, s'il reste très bas, à 5,6%, il atteint dans certaines régions sensibles telles le Dagestan, des taux proches de 30%.

Comme il fallait s'y attendre, Poutine a signalé la responsabilité de la baisse continu du prix des hydrocarbures dans ces mauvais résultats. Mais, bien que cette baisse se poursuive encore ($38 dollars le baril aujourd'hui), il n'a pas cherché à identifier les grands acteurs stratégiques responsables du phénomène ni les moyens permettant de contrer leurs interventions. Il n'a pas non plus proposé de solutions à court ou moyen terme susceptibles de récréer de la croissance dans d'autres secteurs, en dehors de l'agriculture dont il a salué les performances.

Il a insisté sur le fait que la Russie avait dépassé le pic de la crise, sinon la crise elle-même. Ce faisant, il n'a pas évoqué la continuation en cours sinon l'aggravation des baisses de dépenses publiques, notamment en matière de santé et d'éducation. Par contre, il a salué l'augmentation des budgets militaires, indispensable à la rénovation d'un appareil de défense ayant beaucoup vieilli. Pour le reste, il a seulement indiqué qu'il faudrait se préparer à de nouveaux sacrifices.

On ne peut s'empêcher, en écoutant les propos du Président, de penser que celui-ci n'a guère de solution à proposer au plan international pour desserrer les pressions américaines ni au plan économique pour relancer l'activité. On note au contraire que, sans doute pour ne pas engager ses partenaires du Brics, il n'a pas évoqué les perspectives de développement incluses dans les grands programmes monétaires et d'investissement de celui-ci. Mais, il est vrai, elles ne se feront sentir qu'à moyen ou long terme.

Face à ce qu'il faut bien appeler la continuation dans les prochains mois de la crise russe, nous pouvons pour notre part faire valoir que les Etats-Unis se sont de leur côté engagés dans des crises multiples, guère surmontables elles non plus. Comme le désordre et l'incompétence à Washington ne pourront que s'accentuer et que Poutine le sait, la tranquillité de ton qu'il a montrée durant la conférence de presse n'était sans doute pas entièrement de façade.

Référence

Traduction en anglais de la conférence de presse
http://en.kremlin.ru/events/president/news/50971

21/12/2015
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