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Venezuela. Sombres perspectives

Les récentes élections parlementaires au Venezuela ont créé la surprise chez ceux qui voyaient dans ce pays le représentant le plus solide d'un socialisme à la latino-américaine tel que l'avait présenté le feu-président Hugo Chavez.

Ce fut la première fois en effet depuis 17 ans que le parti de celui-ci, le PSUV, Partido Socialista Unido de Venezuela, perdait les élections au profit de l'opposition aujourd'hui représentée par le MUD, Mesa de la Unidad Democrática. Le succès du MUD a été si large qu'il lui a donné la majorité des deux tiers, suffisante pour modifier la constitution et remplacer l'actuel président Nicolas Maduro.

Celui-ci a déclaré vouloir en tenir compte. « J'ai demandé au Conseil des ministres de présenter sa démission pour effectuer un processus de restructuration, de rénovation et de profonde relance de tout le gouvernement national », a-t-il déclaré

Si un nouveau gouvernement, comprenant une majorité de représentants du MUD, succédait à l'actuel, ses premières décisions seraient consensuelles. Elles ont d'ailleurs été annoncées. Ce serait une loi sur l'économie, pour unifier le taux de change et casser l'inflation, une amnistie pour les prisonniers politiques, un dispositif pour combattre l'insécurité. Restera d'ailleurs à voir avec quels moyens, hors l'amnistie, ces objectifs seraient poursuivis. Quant à l'objectif de l'opposition de relancer les activités et d'élargir les ambitions de la seule entreprise à portée nationale du Venezuela, la Petroleos de Venezuela S.A. on ignore d'où viendraient les ressources, compte tenu d'une dépression probablement durable des prix du pétrole et de l'absence d'investissements dans des domaines alternatifs.

Cependant, il faut regarder au delà des 12 prochains mois. Il serait naïf de penser que le retour du Venezuela dans l'orbite américaine s'accompagnera, comme le MUD le laisse espérer, d'un retour massif à des investissements autres que dans le domaine pétrolier et d'une croissance mieux répartie. Il serait encore plus naïf de penser que la redistribution incontestable de revenus au profit des classes pauvres ayant été réalisée par le PSUV de Hugo Chavez et, dans une moindre mesure, de Nicolas Maduro, ne serait pas remise en question.

Il est certain au contraire que la puissante oligarchie vénézuélienne avec laquelle l'ancien président avait été obligé de négocier, afin qu'elle ne fasse pas excessivement obstacle à son programme socialiste, reprendra tous les pouvoirs. Elle sera aidée en cela par les investissements spéculatifs américains qui s'appuieront sur cette oligarchie pour contrôler l'ensemble des institutions, comme ils l'ont toujours fait en Amérique Latine.

Washington

Il n'échappera donc à personne que si Nicolas Maduro était remplacé par un président issu du MUD et ce quelles que soient les divisions internes affectant ce parti, s'ouvrirait une période et une zone d'instabilité affectant non seulement le Vénézuela mais d'autres Etats d'Amérique Latine tels que le Brésil et l'Argentine. Ceux-ci hésitent eux-aussi aujourd'hui entre le socialisme (ou ce qui en tient tel) et le retour à une démocratie autoritaire mettant en oeuvre le «consensus de Washington». Le « consensus » qui prétend que le développement d'un pays impose libéralisation économique et libre circulation des capitaux, le tout avec des politiques monétaires strictes, est popularisé par des campagnes d'opinions financées par des millions de dollars provenant de la CIA et autres sources nord-américaines.

Adieu au Brics

Bien plus, avec le retour au pouvoir de forces au service du capitalisme financier dominant aux Etats-Unis, ce serait l'influence des pays du Brics, notamment la Russie et la Chine, pour qui le Venezuela était devenu un allié stratégique, qui serait atteinte. Certains s'en réjouiront. L'Amérique latine diront-ils n'ont rien à gagner à remplacer l'influence américaine par une influence russo-chinoise.

Mais ce serait ne pas voir que le Brics est dorénavant irrévocablement engagé dans une stratégie mondiale visant à construire une union monétaire échappant à la tyrannie du dollar, rechercher des investissements de diversification ne provenant pas exclusivement de la zone dollar, et surtout lancer de grands projets d'infrastructures. Ceux-ci n'intéresseront pas la seule Eurasie, mais pourront bénéficier, comme d'ailleurs la chose est en cours dans le cadre du futur canal inter-océanique au Nicaragua, à de nombreux pays latino-américain.

Or comme nous l'avons plusieurs fois rappelé ici, le Brics est considéré à Washington comme un danger mortel. D'où les efforts que fera ce dernier, au Venezuela comme ailleurs, pour provoquer un « regime change » par des méthodes tenant plus de la corruption et de l'intimidation que par une aimable campagne visant à favoriser un prétendu retour à la démocratie.





11/12/2015
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