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S'appuyer sur les Kurdes

Manuel Valls a proposé à la suite des attentats en France que les pays occidentaux s'appuient davantage sur les Kurdes pour lutter contre l'extension croissante de Daesh en Irak et Syrie. Nous avons plusieurs fois indiqué que l'idée paraissait excellente.
Les combattants Kurdes, dits peshmergas en Irak, sont en effet pour le moment les seules troupes au sol capables de faire reculer Daesh en reprenant certaines des villes sous son contrôle. Par ailleurs, leur courage, le fait que les femmes y combattent au même titre que les hommes, ne peuvent qu'en faire des alliés indispensables.

Encore faudrait-il préciser de quels Kurdes l'on parle. Le Kurdistan historique (voir carte) est en effet divisé en trois grandes parties (sans compter de nombreuses tribus d'appartenance incertaine) Elles s'étendent dans le sud-est de la Turquie, dans le nord-est de l'Irak, dans le nord-ouest de l'Iran et sur deux petites régions au nord-est et au nord-ouest de la Syrie. Seuls deux de ces quatre Etats reconnaissent officiellement une région sous la dénomination de « Kurdistan » : l'Iran avec sa province du Kurdistan et l'Irak avec sa région autonome du Kurdistan. Pour la Turquie au contraire, entendre parler de Kurdistan turc est considéré comme une agression majeure contre l'unité du pays.

Dans l'immédiat, les seuls appuis connus contre Daesh proviennent de la coalition américano-saoudienne. Les Etats-Unis viennent de mettre en place quelques militaires pour entrainer l'YPG, un groupe qui a des liens avec le PKK (Kurdistan Workers' Party) considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, mais qui a récemment obtenu des succès significatifs contre Daesh. On peut se demander si la Russie verra d'un bon oeil ce retour de l'Armée américaine dans une région déjà profondément détabilisée par elle. Qu'en sera-t-il de l'Iran, plus directement intéressée?

En Irak, les forces loyales au président de la « région autonome du Kurdistan », Massud Barzani, ont reçu de bonnes paroles de Paris, mais aucun armement lourd significatif face à des adversaires disposant de nombreux chars récupérés en Syrie et en Libye. Les seuls appuis dont elles bénéficient sont aériens, provenant de la Russie, de la France et sans doute à l'avenir d'autres pays européens, et des Etats-Unis. Ces appuis sont significatifs mais insuffisants pour reprendre le contrôle de villes entières. Barzani vient d'annoncer la reprise de Sinjar, chef-lieu de la minorité Yazidi, mais on ne voit pas comment il pourrait reprendre Mossoul et autres villes du nord de la Syrie où Daesh continue à faire régner la terreur. Quant au clan Barzani lui-même, il est impliqué dans divers trafics, y compris avec Daesh.

Un futur Etat kurde

Pour que les deux coalitions, l'une menée par les Etats-Unis et l'autre par la Russie, puissent aller plus loin, il faudrait qu'elles négocient, si possible conjointement, un accord avec les différents partis kurdes précisant ce que pourrait être les frontières et les compétences d'un futur Etat kurde. Dans le cadre de cet accord, il serait alors possible d'apporter aux combattants kurdes les armes dont ils ont besoin.

Ceci, même sous une forme limitée, suscitera toujours une hostilité virulente du président turc Erdogan, qui fait tout ce qu'il peut pour éliminer en Turquie le PKK et les alliés qu'il trouve dans l'opposition turque interne. Or comme Erdogan fait désormais la loi au sein de l'Union européenne, il est prévisible que rien de significatif ne sera fait avec l'appui de l'Europe pour renforcer les troupes kurdes qui sur le terrain sont les seules, exception faite de quelques contingents iraniens, à pouvoir s'opposer à Daesh. Les « jasmins de Mossoul » continueront donc longtemps à émaner une odeur de mort. 1)

1) Leconte de Lisle
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! que ton souffle léger.
03/12/2015
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Nombre de réaction(s) : 2
Ambiguités d'Israël
03/12/2015 14:55:13 | Par : JPB
Un article de World Socialist Web Site , généralement bine informé sur ces questions, et plus libre dans ses propos que les médias européens, montre clairement le soutien donné par Israël aux divers fronts qui combattent Damas. L'on pouvait penser que Israël avait compris que Daesh et consorts étaient devenus un bien plus grand danger pour lui que l'Iran, le Hezbollah et Bashar al Assad. Manifestement, ce n'est pas encore le cas.
http://www.wsws.org/en/articles/2015/12/03/isra-d03.html

lLes milices chiites en Irak dénoncent le retour de forces américaines
03/12/2015 15:25:54 | Par : JPB
Ces milices combattent Daesh mais ne veulent pas voir revenir de forces américaines en Irak compte tenu des souvenirs désastreux qu'elles avaient laissé. Elles se disent prêtes à les combattre. http://sputniknews.com/middleeast/20151203/1031196490/shiite-militia-fight-us-troops.html
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