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Mondialisation. La science en quête d'un nouveau paradigme

L'année 2008 a confirmé l'incapacité des systèmes de gestion dits scientifiques à maîtriser l'évolution des «mondes» globaux dans lesquels ils opèrent. Cette incapacité avait été signalée depuis longtemps par les théoriciens du chaos. Mais l'imprédicabilité d'un système chaotique et la façon inouïe qu'il a de réagir à des interventions qui se veulent correctrices n'avaient pas encore été perçues par chaque citoyen. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : les soubresauts de la finance internationale et des marchés de matières premières survenus ces dernières semaines mettent en évidence les limites des modèles mathématiques et informatiques qui se prétendaient capables de gérer les systèmes complexes sous-jacents. Beaucoup d'observateurs mobil porno s'interrogent désormais sur l'aptitude de la science actuelle à traiter des phénomènes relevant de ce que l'on nomme globalement la mondialisation.

La faillite des organisations économico-politiques à gérer la complexité n'est malheureusement pas une nouveauté. Le déclenchement des deux dernières guerres mondiales a illustré l'incapacité des gouvernants à prévoir les affrontements entre économies et impérialismes. Mais personne à ces époques n'aurait pensé que ces affrontements auraient pu être prévenus grâce à la science. On les considérait comme aussi inévitables que des tremblements de terre ou des épidémies.

Aujourd'hui cependant, la science se prétend mieux armée pour prévenir les conflits. Face aux risques qu'ils détectent, certains experts scientifiques conseillant les responsables politiques assurent pouvoir proposer des solutions. C'est le cas concernant les trois grandes crises qui se préparent: crise climatique et environnementale, crise démographique et économique, conflits politico-militaires. Les experts pensent avoir élaboré des modèles mathématico-informatiques capables de simuler (représenter) les situations en cause. Par ailleurs, ils multiplient les réseaux d'observatoires destinés mobil porno à alimenter ces modèles en données. Ceci les conduit à des préconisations voulant éviter les risques les plus graves. Il ne reste plus aux décideurs politiques qu'à s'entendre pour organiser ce que l'on pourrait appeler une gouvernance mondiale, à partir d'îlots régionaux capables d'appliquer ces préconisations, aussi efficacement que possible, chacun dans sa sphère d'influence. C'est ainsi, dans le domaine de la lutte contre le réchauffement climatique, que se sont mises en place les négociations internationales ayant abouti aux accords de Kyoto et à leurs suites actuelles.

Bien entendu, nul ne se dissimule l'ampleur de la tâche ni les difficultés à résoudre. On admet l'existence de nombreuses zones obscures voire inconnaissables avant longtemps. Exemple : quelle est l'influence exacte des réseaux de télévision sur les comportements individuels, consommateurs ou belliqueux ? Autre exemple : comment se déterminent les évolutions démographiques ? Troisième exemple : comment expliquer l'extraordinaire attrait des comportements à risque ? Et, pour en ajouter au tableau, nous pourrions aussi évoquer un quatrième exemple, illustrant les questions apparemment insolubles. Il concerne les " tricheurs ": comment faire pour que, dans un monde où le maximum de règles sont édictées pour assurer le bien commun, certains individus ne s'en affranchissent pas en profitant des sacrifices des autres ? Face à ces non-réponses, on se rassure cependant  en pensant que la multiplication des études et expérimentations de terrain pourra éclaircir les points obscurs et permettre d'envisager les remèdes adéquats.

Cette confiance intuitive tient à ce que, dans nos sociétés technologiques, l'opinion fait dans l'ensemble confiance à la pratique régulatrice permettant aux décideurs comme aux populations de prendre ou d'accepter les bonnes mesures. Cette pratique est d'inspiration scientifique. Elle repose sur une méthodologie depuis longtemps admise. Il faut d'abord faire l'hypothèse que les phénomènes obéissent à des lois. Il faut ensuite vérifier ces lois hypothétiques en multipliant les expérimentations. Si les lois résistent aux expériences, elles seront utilisées pour construire un modèle global du monde à partir duquel l'on pourra édicter des règles de comportement optimales, aussi bien concernant les individus que les groupes şişman porno (1).

Cependant, sachant que les lois scientifiques évoluent en permanence, sous la pression de nouveaux faits d'observations, il faudra donc les modifier, ce qui transformera les certitudes d'hier en problèmes pour demain. Par ailleurs, les lois ne se modifient généralement pas l'une après l'autre, en douceur. Elles évoluent d'un bloc. Les philosophes des sciences savent depuis longtemps que les lois permettant d'élaborer des modèles du monde s'organisent en grands paradigmes qui se succèdent dans le temps. Si, à l'intérieur d'un modèle donné du monde, les erreurs de prévision ou les phénomènes inexplicables s'accumulent, il faut en conclure non seulement que certaines lois sont fausses mais aussi que c'est l'ensemble des lois, autrement dit le paradigme auquel elles se rattachent qui doit être changé. Cependant, changer de paradigme ne se décide pas a priori. Cela se constate a posteriori. Un soir le monde scientifique se couche angoissé par un paradigme qui fait eau de toute part et le lendemain il s'éveille avec un nouveau paradigme dans lequel les difficultés de la veille paraissent au contraire susceptibles d'être résolues.

Dompter le monstre...ou les monstres ?

Mais pour que se produisent les changements de paradigmes grâce auxquels ont toujours progressé les connaissances scientifiques, il faut que s'accumulent les difficultés et les échecs découlant de l'application des anciennes connaissances. C'est bien à notre avis ce qui se produit actuellement dans les domaines où se préparent les grandes crises que nous venons d'évoquer au début de cet éditorial. Prenons pour le montrer un exemple que nous avions développé dans des textes précédents : celui du complexe militaro-industriel (MIC) américain bien représenté par le Pentagone. L'un et l'autre sont-ils analysables et par conséquent maîtrisables dans le cadre du paradigme rassemblant les théories économico-socio-politiques actuelles ? La question est d'importance si l'on considère que c'est le MIC qui a tiré l'Amérique de la Grande Dépression dans les années trente et qui lui a permis depuis d'assurer sa domination sur le monde pendant plus de soixante ans, y compris jusqu'à ces dernières années où les erreurs accumulées de jugement et de décision inspirées par lui mettent désormais l'Amérique au bord de la catastrophe.

La question de savoir si les théories économico-socio-politiques actuelles permettent ou non de comprendre et maîtriser le Pentagone intéresse  directement aujourd'hui les «réformateurs» américains. Ceux-ci comptent semble-t-il sur Barack Obama pour dompter le monstre et affecter les centaines de milliards de dollars qu'il consomme chaque année à des besoins autrement urgents que la réparation de ses propres dramatiques erreurs. Mais elle concerne également le reste du monde.  Comment une puissance qui demeure encore la première pourra-t-elle s'acquitter de sa part de responsabilité dans la lutte contre les diverses crises énumérées plus haut, notamment la crise climatique et environnementale, si elle reste dirigée par une structure qui est en grande partie à la source de ces crises ?

Dans le cadre du paradigme actuel, celui des théories économico-socio-politiques reconnues par l'établissement scientifique, les chercheurs et les décideurs croient disposer des lois permettant de comprendre le phénomène du Pentagone. Ils espèrent donc malgré sa complexité pouvoir le maîtriser. Les obstacles qu'ils rencontreront, selon eux, ne seront pas liés à des lacunes du paradigme théorique mais à des difficultés pratiques d'application. C'est ainsi que le système, entre autres résistances, refuse obstinément de se laisser observer en détail. Mais les réformateurs ne désespèrent pas. Avec le temps, avec un peu plus de continuité dans la volonté de changement, on pourra mieux analyser le monstre, mieux le gouverner et si besoin était, le remplacer par un autre plus adapté aux exigences de notre temps.

L'avenir proche dira si cet espoir se réalisera ou si, au contraire, le Pentagone et avec lui le MIC continueront à conduire l'Amérique (et l'Europe...) au désastre 2). Mais il y a bien d'autres «monstres» dont les comportements apparemment incontrôlables mettent le monde en péril: les industries pétrolières, les industries automobiles, les exploitations forestières dans la ceinture équatoriale, les pêcheries, pour ne citer que les plus voyantes. Toutes ces industries ont été dénoncées par les experts de la lutte contre le réchauffement climatique et pour la défense de la biodiversité. Certaines ont promis de modérer leurs développements. Mais en fait, elles continuent à détruire la planète et nul gouvernement ne veut ni ne peut limiter leurs ambitions. Il y a dans cet échec quelque chose qui devrait alerter les scientifiques. Comment se fait-il que les avertissements reposant sur des analyses généralement acceptées par tous les spécialistes sérieux ne soient pas pris au sérieux ? Pourquoi les intérêts particuliers continent-ils à l'emporter sur ce que l'ensemble des scientifiques disent être l'intérêt général ? Pourquoi les peuples acceptent-ils cela ? Pourquoi finalement, cette défaite de la science face au monde qu'elle prétend décrire ?

Pour une hyper-science

Il ne nous parait pas suffisant d'expliquer que les intérêts trouvant profit à promouvoir une «croissance» aveugle et destructrice sont plus forts que les discours rationnels. Si la raison scientifique ne l'emporte pas sur les forces destructrices, c'est sans doute parce que cette raison n'a pas bien analysé les processus évolutionnaires qui sont à l'œuvre sur la planète. Elle n'a pas bien compris la façon dont les décisions sont prises par les organismes petits et grands qui influencent l'évolution. Là où elle croît voir à l'œuvre des volontés accessibles aux discours rationnels elle ignore la présence de processus décisionnaires s'inspirant de bien d'autres déterminismes. Ceux-ci demeurent invisibles pour le moment car les théories économico-socio-politiques en vigueur ne permettent pas le nouveau regard qui s'imposerait(3).

C'est pourquoi, dans ces domaines de la science, il nous semble nécessaire de changer de paradigme. Mais comme indiqué plus haut, on ne décide pas un changement de paradigme. Tout au plus peut-on encourager l'évolution des postulats scientifiques qui le sous-tendrait. Il existe heureusement une méthode très simple à cette fin. Elle est d'ailleurs déjà en œuvre marginalement, ce qui nous permet d'en parler. Elle résulte de l'introduction spontanée (nous pourrions évoquer une contamination) dans les sciences économiques, sociales et politiques des approches et contenus de toutes les autres sciences. Nous pensons notamment à celles dites de la complexité et à celles de l'artificiel – sans oublier évidemment la physique théorique et la cosmologie. D'ores et déjà en naissent de nouveaux regards sur le monde, sur l'homme, sur l'esprit. Nous ne prétendons pas qu'alors de nouveaux paradigmes se dessineraient qui permettraient de mieux affronter l'évolution de la planète et la marche à la catastrophe qui semble la caractériser sous l'influence des humains. Ce serait trop optimiste. Néanmoins les blocages tenant aux anciens paradigmes pourraient commencer à disparaître.

Dans cette perspective, ce que nous avons appelé ailleurs une hyper-science pourrait commencer à se construire spontanément. Elle conduirait à renoncer à des postulats bien ancrés, comme celui de l'indépendance et du libre-arbitre de l'observateur. Mais en contrepartie, à partir de l'explosion des technologies de la communication, elle pourrait faire apparaître un cerveau global au sein duquel interagiraient les cerveaux individuels, qu'ils soient biologiques et artificiels. Une nouvelle insertion des organismes terrestres au sein du cosmos pourrait peut-être alors en émerger.

Notes
(1) La seule façon d'échapper aux difficultés de la démarche régulatrice consiste à postuler que le monde n'est pas compréhensible. Il serait donc selon ce point de vue inutile sinon dangereux d'intervenir dans son fonctionnement. La meilleure politique consisterait à laisser faire les différents acteurs. Leur libre activité produira un ordre optimum. Mais cette solution de facilité, aussi séduisante qu'elle soit, ne résiste pas lorsque les difficultés s'accumulent. Les esprits les plus libéraux en appellent tous alors à une reprise de la régulation.
2) ceux souhaitant s'informer de l'état actuel des inquiétudes relatives au Pentagone pourront se référer à un article de Thomas Schweich, cité par Dedefensa:
http://www.dedefensa.org/article-que_faire_de_moby_dick_le_monstre_bureaucratique_23_12_2008.html . On notera que certains chroniqueurs américains représentant la gauche libérale commencent à soupçonner Barack Obama, inspiré par le MIC, de vouloir non maîtriser le Pentagone mais préparer un gouvernement militaire capable de contenir les mouvements sociaux qui s'annoncent. Voir par exemple http://www.wsws.org/articles/2008/dec2008/pers-d23.shtml
3) Rappelons que dans d'autres articles nous avons suggéré que ce ne sont pas des humains individuels qui décident aujourd'hui de l'évolution de la biosphère, mais des entités associant de façon symbiotique des organismes biologiques et des technologies elles-mêmes de plus en plus autonomes. Nous avons proposé de les nommer des «complexes anthropotechniques».
25/12/2008
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Regard sur les certitudes d\'hier
18/06/2009 23:37:22 | Par : OBEMBE
En 1991, j'ai fait paraître aux Editions Héros dans l'ombre de Brazzaville, République du Congo, un ouvrage ayant comme titre,Nouveau Regard sur les certitudes d'hier. J'avais en effet constaté que Gorbatchev avait décidé de faire la refondation du systhème soviétique sur la base d'une grave erreur: enlever du communisme les défauts sans lesquels ce systhème ne peut exister. En d'autres termes, il retenait du communisisme ce qui était considéré comme bien et il supprimait ce qui était considéré comme mal. En fait, il lui avait manqué la connaissance de ce que l'on peut appeler l'ambivalence de la vie et qui peut se résumer par cette équation non arthmétique, à savoir 1=2. Selon l'ambivalence de la vie, il existe l'unité dialectique des contraires à ne pas confondre avec la notion marxiste de la dialectique. On ne peut séparer des contraires qui ne portent des valeurs ou des anti-valeurs qu'à cause de leur opposition. Le bien n'aurait aucun sens si le mal n'existait pas. La vie n'aurait pas sa valeur actuelle si la mort n'existait pas. Un communisme débarrassé de ces défauts est impossible. Un libéralisme débarrassé de ses défauts est aussi impossible. D'où l'existence de nombreux problèmes que les connaissances actuelles ne peuvent comprendre. D'où l'urgence de les identifier et de mettre au point de nouveaux savoirs. Je réfléchis actuellement sur la paix au sujet de laquelle je suis auteur de deux ouvrages: La Conquête de la paix et Sur le chemin de la paix globale parus en 1999 et en 2008 à Paris. Mes recherches actuelles portent sur la paix et mon rêve est de mettre au point la Paixologie, ou un nouveau regard sur la question de la paix. Votre article est d'une actualité remarquable. Je vous encourage à concevoir de nouveaux savoirs adaptés aux exigences de la mondialisation ou à pousser d'autres intellectuels à y penser. L'Ancien Président sénégalais, SEDAR SENGHOR avait crée une université chargée de réfléchir sur les mutations qui devaient intervenir dans le monde. J'en fus un auditeur. Avec sa mort, cette université n'existe peut être plus. Elle était à l'ile de Gorée. Du courage. Vous avez raison. Les nouveaux savoir s'imposent pour bâtir un monde harmonieux.
Merci
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