Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Regards sur le mois de décembre 2008

La retombée certaine de l'intérêt suscité par la présidence française de l'Union européenne montre les limites de la méthode Sarkozy. Elle met en évidence par comparaison les immenses progrès qui restent à faire pour que l'Europe sorte grandie et non de plus en plus affaiblie de la crise économique et de la crise environnementale.

Selon les experts sérieux, cette double crise, que certains préfèrent nommer crise planétaire, se développera et s'aggravera,  en 2009 et les années suivantes. Or manifestement, les mesures énergiques, nous dirons même « révolutionnaires » qui seraient nécessaire pour faciliter l'adaptation de nos pays, pris individuellement ou considérés au niveau de l'Union, n'ont pas été encore abordées.

Cependant, la présidence française a heureusement surpris les parlementaires et fonctionnaires européens, habitués à la lenteur exténuante des prises de conscience et des prises de décision. Le tempérament de Nicolas Sarkozy y a montré ses bons côtés : capacité de décider vite et seul  pour faire face à des situations de crise. Il est certain que sans cette méthode, quelque peu paranoïaque, l'Union européenne en serait encore aujourd'hui à s'interroger sur la suite à donner aux trois situations qui ont marqué  ce dernier trimestre et bouleversé le paysage politique : retour de la Russie au Caucase et plus généralement dans les équilibres euro-atlantiques, crise et peut-être fin du capitalisme financier et du non-interventionnisme érigé sous la pression américaine en dogme mondial, prise de conscience enfin de la nécessité d'adopter des politiques convergentes dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans ces 3 domaines, l'Union européenne, sous l'influence de la France, mais aussi de la Grande Bretagne et dans une moindre mesure de l'Allemagne, a pris des positions qui sans être terriblement audacieuses, ont quand même rompu avec la traditionnelle dépendance à l'égard des Etats-Unis. Il est vrai qu'elle a été aidée en cela par l'exceptionnel effacement de la puissance américaine, due en partie à une non moins exceptionnelle imbécillité (imbecilitas) de la Maison Blanche. Cette imbécillité, avec l'arrivée au pouvoir de Barack Obama en 2009, ne durera sans doute pas. Tout laisse penser que les forces qui soutiennent Obama, comme Obama lui-même, ont l'intention de redonner à l'Amérique sa puissance antérieure. Mais les faiblesses structurelles nouvelles des Etats-Unis, récemment révélées, continueront à peser sur ces ambitions. Si l'Amérique reconquiert de la puissance, elle la mettra d'abord au service de ses intérêts les plus immédiats. Les Européens désireux de s'affranchir de la domination américaine ne devront donc pas baisser les bras. Plus que jamais, l'atlantisme servile devrait être proscrit. 

Si la présidence française, sous l'influence de Nicolas Sarkozy, a pu être considérée globalement comme un succès, elle a comporté cependant une faute grave, dont l'ensemble des Etats européens supporteront les conséquences. Ce fut la rencontre entre le Dalaï Lama et le président français. Décidée par ce dernier ex abrupto, pour des raisons purement idéologiques, sans précautions diplomatiques à l'égard de la Chine, elle  a entraîné un durcissement des relations avec cette dernière qui survient dans un mauvais moment, celui où la crise économique s'aggravant justifierait plus que jamais que l'Europe précise ce qu'elle attend de la Chine dans les prochaines années et ce qu'elle peut lui apporter. Le concept de « partenariat stratégique «  répond à ces objectifs. Mais il ne peut être négocié à partir de provocations gratuites.

Points d'interrogation

Le mois de décembre 2008 se termine, concernant l'Europe, sur deux points d'interrogation : un petit et un grand. Le petit point d'interrogation concerne les institutions.  Il est probable que le traité constitutionnel sera finalement approuvé par les derniers Etats récalcitrants et qu'il entrera en vigueur fin 2009. Nous continuons à penser que, malgré ses insuffisances, pour ce qui concerne la capacité à doter l'Europe d'une personnalité politique plus forte, il représentera un progrès sur la situation actuelle. L'aggravation de la crise planétaire qui se sera produite d'ici là obligera l'Europe à s'affirmer. Les futures institutions, malgré leurs insuffisances, donneront quelques bases pour ce faire. Mais en attendant, c'est-à-dire durant le 1er semestre 2009, à un moment où précisément l'aggravation de la crise obligera à prendre des mesures de sauvegarde radicales, l'Union européenne, sous la présidence tchèque, en sera-t-elle capable ? 

Il serait contreproductif de faire aux Tchèques, comme aux Suédois qui prendront leur suite, des procès d'intention. Il faut cependant reconnaître que, sans mentionner leur europhobie, des déclarations précédemment faites sur l'intérêt de sauvegarder le libre-échange, la nécessité de se protéger de la Russie en faisant aboutir le BMD américain, l'urgence à soutenir dans tous ses excès l'actuel gouvernement israélien, peuvent faire craindre le pire. On pourrait se rassurer en pensant que d'une façon ou d'une autre, l'irresponsabilité de petits passagers ne suffirait pas à faire chavirer le vaisseau européen, car les autres réagiraient...Mais l'Europe n'étant pas encore une puissance, et moins encore une puissance stable, la relative embellie de son statut obtenue pendant la présidence française pourrait s'évanouir en quelques semaines, si l'on n'y prenait garde. Ceux qui de par le monde ne veulent pas de bien à l'Europe ne manqueront pas d'en rajouter.

Le grand point d'interrogation concernant l'avenir de l'Europe est d'une toute autre envergure que celui relatif à la présidence tchèque. Il concerne ce que les Etats européens, un à un  ou regroupés au sein de l'Union, feront pour concrétiser dès le début 2009 les engagements verbaux pris à grand renfort de gestes sous la présidence française. Trois rendez-vous attendent les Etats du monde – et l'Europe - à brève échéance, dans un climat qui sera moins que serein compte tenu, répétons-le, de l'aggravation de la crise. Il s'agit d'abord du G20 élargi où des mesures décisives devraient être décidées concernant la transparence financière, la lutte contre les paradis fiscaux et autres fraudes illustrées par l'extraordinaire et récente affaire Madoff.  En sera-t-il fini de ce monde de mensonges et de crimes, toléré sinon parrainé par les Etats, dont les activités économiques les plus honnêtes font les frais. L'Europe sera-t-elle, en ce qui la concerne, à la hauteur de ses prétentions à la moralisation. On peut en douter. 

Le deuxième rendez-vous concerne les suites à donner au protocole de Kyoto. L'Europe  là aussi a pris des engagements, certes insuffisants mais donnant un bon signal aux autres puissances. Saura-t-elle et comment tenir ces engagements, les renforcer dans des domaines essentiels comme ceux de l'énergie et de l'industrie automobile, contraindre ses partenaires économiques à faire de même ? Compte tenu du relatif consensus européen sur ces questions et du soutien populaire, on peut espérer que l'Europe restera à la tête de la classe, sans se faire ravir la vedette par un Barack Obama qui promet aujourd'hui de laver plus vert que vert ?  On peut l'espérer... mais ne soyons pas trop optimiste.

Relance. Quelle relance ?


Le troisième rendez vous est celui dit de la relance. Nous détestons pour notre part ce terme de relance qui semble vouloir impliquer un retour à une consommation irresponsable et à une destruction plus effrénée que jamais des ressources mondiales, notamment en ce qui concerne les forêts et les océans. Concernant l'Europe, on ne voit pas d'ailleurs très bien ce que la  relance pourrait signifier, si le refus des investissements publics et du protectionnisme ne permet pas protéger notre continent  de la guerre économique que lui livrent l'Amérique et les grand pays émergents. 

On peut admettre cependant que par relance, les Etats européens devraient entendre la protection  des couches de population qui supportent déjà et vont de plus en plus supporter la crise économique. S'ils ne le font pas, des situations de pré-guerre civile sont à craindre, dont profiteront les tendances politiques autoritaires (bonapartistes, pour prendre un mot français) qui sont prêtes à passer à l'action dans nos démocraties. Certains Etats dont la France montrent qu'ils n'en sont pas loin. Mais pour protéger ces populations fragilisées, faute, répétons le, d'investissements permettant de relancer à terme l'emploi, il faudrait prendre aux 5 à 10% des plus riches de quoi nourrir  les 30 à 40% des plus pauvres. Aucun Etat ne le fera.  Il n'y aura donc pas de relance en Europe.

En fait, cette fin d'année 2008 nous montre, notamment à propos des questions suscitées par la crise économique, que l'Europe ne survivra pas sans un programme d'investissements productifs massifs dans les secteurs où elle possède encore des compétences, investissements gagés par des épargnes forcés importantes – le tout évidemment au sein d'un espace économique et réglementaire strictement protégé de la concurrence internationale sauvage.

C'est ce que nous avions pour notre part proposé dans notre livre écrit fin 2007 : « L'Europe et le vide de puissance » et que vient de reprendre en d'autres termes Emmanuel Todd dans « Après la démocratie », ouvrage dont nous allons rendre compte par ailleurs.  Nous avons sur ce site publié plusieurs articles précisant certains points des politiques d'interventionnisme européen qui seraient nécessaires. Nous allons y revenir dans de prochains articles – sans trop d'illusion sur l'effet qu'ils pourront avoir. Mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, selon la formule célèbre.
24/12/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Le dalaï-lama n'est pas une erreur !
07/01/2009 21:44:45 | Par : Capu
Rencontrer le Dalaï-Lama ne fut en aucun cas une erreur. Ce qui en fut une, c'est d'avoir tergiverser avant cette rencontre. Un chef d'état qui rencontre un leader religieux est dans son rôle légitime, ce qui ne l'est pas, c'est l'intolérable ingérence de la Chine dans les affaires de la France. L'erreur fut de laisser croire à la Chine qu'elle avait une chance d'obtenir gain de cause : c'est cela qu'il faudra payer.
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire