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France Télévision : exemple désastreux

Nicolas Sarkozy s'est félicité du bon exemple donné par la France (et par lui-même) aux autres pays européens lors de la présidence française du Conseil. Il refuse de voir que dans le même temps, la France (et lui-même) offrent un exemple désastreux concernant la place à donner à l'audiovisuel public dans nos sociétés. Beaucoup d'hommes politiques et d'observateurs européens du PAF font le même diagnostic. Pour eux la France, par la loi sur l'audiovisuel public qui sera prochainement adoptée, rejoint d'une certaine façon le lot des systèmes politiques où l'audiovisuel et plus généralement la presse sont aux ordres du gouvernement.

On dira qu'il ne faut pas exagérer. La France ne sera pas de sitôt la Chine ou la Colombie. Mais lorsque l'on prend un peu de recul, l'on doit constater qu'elle s'enferme par cette loi et par les pratiques qui vont suivre dans une conception véritablement réactionnaire (médiévale), dans tous les sens du mot, de l'audiovisuel et des médias.

Que constate-t-on en effet ?  La plupart des études sur la formation de l'opinion et le rôle de celle-ci dans le fonctionnement des institutions politiques montrent que la télévision a pris une importance considérable dans le fonctionnement des cerveaux, notamment des plus jeunes et des plus « culturellement défavorisés », lesquels sont la majorité. Elle l'a prise au détriment de l'école, du livre et des activités politiques, syndicales ou culturelles obligeant à réfléchir et à travailler personnellement. La facilité consistant à ouvrir passivement son esprit aux images et aux propos sommaires décourage évidemment la prise de distance, le travail critique et finalement la créativité individuelle. Tout s'en ressent, notamment le niveau scolaire et celui du débat démocratique.  Certains pensent que ce pouvoir d'assujettissement dont dispose  la télévision ne durera pas longtemps, car les individus prennent de plus en plus conscience des possibilités de libre expression qu'ils trouvent sur le Web. Mais en attendant, le pourcentage des heures passées devant la télévision est bien supérieur à celui passé sur les sites interactifs offerts par l'Internet.

C'est pourquoi il serait  de salubrité publique que les entreprises commerciales et les gouvernements qui veulent mettre entièrement la télévision à leur service ne soient pas encouragés par les institutions. La chose est  aussi nécessaire en Europe que dans le reste du monde, car nos pays ne sont pas exemplaires à cet égard. Ce que l'on a nommé la « berlusconisation » des médias est une menace latente, sous des formes différentes, dans beaucoup d'entre eux.

La population européenne est pourtant suffisamment majeure pour mériter une télévision de service public qui soit indépendante à la fois des contraintes commerciales et des consignes gouvernementales. Deux nécessités s'imposent à cette fin : l'autonomie  des responsables, un peu sur le modèle de celle des juges, et la liberté d'expression et de débat garantie à tous ceux, professionnels ou occasionnels, qui s'y expriment. La BBC, souvent citée bien qu'elle ne soit pas parfaite, offre un bon exemple à suivre.

Le terme de télévision de service public que nous employons ici ne vise pas à ostraciser les chaînes privées. En télévision et surtout en radio, certaines entreprises dites commerciales peuvent, au moins par moments, échapper aux consignes des annonceurs et des gouvernements. Mais l'indépendance reste mieux garantie dans le cadre d'un statut de droit public garantissant la liberté d'expression que dans des statuts flous soumis à toutes les influences.

Or la loi française sur l'audiovisuel public fera inévitablement régresser celui-ci à un statut de sous-berlusconisation. Nous ne referons pas ici l'analyse de cette loi, dont les aspects négatifs ont été soulignés à l'envie par les commentateurs indépendants du pouvoir. Dans le même temps, les chaînes privées, contraintes par la crise à rechercher de plus en plus de financements publicitaires, se mettront plus encore qu'aujourd'hui au service des annonceurs et des apporteurs de subsides gouvernementaux.

L'avenir est donc sombre. Si l'exemple désastreux que donnera la France, censée être le pays de la liberté et de l'égalité (sans parler des droits de l'homme), se répand en Europe, cette partie du monde pourra sans problèmes d'adaptation rejoindre le vaste lot des régimes où l'esprit n'est pas libre. Les blogs sur Internet qui s'efforceront au non conformisme ne pourront pas y changer grand-chose.   

Notre image: La règle des 4 D: démissionner ou durer, dur dilemne
17/12/2008
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