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Offensive russe. Obama obligé de se rallier à Poutine ?

L'hypothèse d'un ralliement d'Obama à Poutine paraissait jusqu'ici relever d'un délire géopolitique. Comment Obama, qui apparaissait comme une marionnette manipulée par le complexe militaro-industriel, sortirait-il de son indécision permanente pour essayer d'entraîner les Etats-Unis vers un revirement stratégique aussi important? Disons cependant que l'hypothèse était désormais envisagée par un certain nombre de chroniqueurs sérieux et bien informés 1)


Certes, le ralliement d'Obama à Poutine et plus généralement aux objectifs de la politique internationale russe, ne se produirait sans doute pas à l'échelle du monde tout entier. Les relations de plus en plus tendues américano-chinoise, alors que la Chine semble désormais une alliée sûre de la Russie, resteraient en dehors du schéma. Le ralliement d'Obama se limiterait à une zone plus réduite géographiquement mais essentielle, le Proche et le Moyen-orient.

Depuis plusieurs mois déjà, il semblait qu'Obama avait compris, contrairement aux extrémistes néocons, que les manœuvres entreprises depuis plusieurs années déjà par les Etats-Unis pour créer une force islamique capable de menacer la Russie, les alliés de celle-ci au Moyen-Orient, et accessoirement l'Europe, se retournaient contre l'Amérique. Le serpent mordait la main qui l'avait nourri, pourrait-on dire en usant d'une vieille image. L'histoire se renouvelait, qui avait vu les moudjahidines financés par Washington contre l'URSS en Afghanistan devenir Al Qaida. De la même façon jusqu'à à ces derniers jours l'Etat islamique (EI) , initialement constitués de « rebelles modérés » recrutés par la CIA était en passe de ruiner les intérêts américains en Méditerranée orientale et dans le Golfe persique. Les alliés traditionnels des Etats-Unis, Egypte, pétro-monarchies et surtout Israël commençaient à s'en effrayer.

Ils avaient sommé l'Amérique d'agir. Mais comme Obama s'était engagé au Congrès à ne plus envoyer de troupes au sol, comme la coalition aérienne qu'il avait monté affichait un bilan totalement négatif, il était piégé. Il étudiait sérieusement, avec quelques conseillers, la possibilité de laisser Poutine faire à sa place le travail sur le terrain contre l'EI, dut-il payer le prix de cette « faveur » en admettant que Bashar al Assad pourrait rester en place. Moscou n'aimait pas particulièrement Bashar, mais comme c'était lui qui à la suite de son père Haffez avait concédé à la Russie la base maritime de Tartous, et comme plus généralement une Syrie libérée de l'EI assurerait à Poutine une position clef dans toute la région, Bashar devait être défendu. Obama l'avait compris, car il n'avait pas d'autres solutions sauf à attaquer directement les forces russes – ce qui aurait déclenché une troisième guerre mondiale.

Ce fut évidemment le nouveau positionnement militaire et diplomatique russe en Syrie qui a été le facteur déclenchant du ralliement forcée d'Obama à Poutine. Depuis quelques semaines, il était acquis que les forces russes s'implanteraient définitivement sur la côte syrienne. Obama, aidé de quelques militaires clairvoyants, avait compris que ces forces pourraient être considérablement renforcées si le besoin s'en faisait sentir. A partir de là, elles pourraient en principe être projetées beaucoup plus largement (forces conventionnelles, le recours à l'arme atomique même tactique étant exclu, sauf en riposte à une agression américaine). Il ne s'agissait aucunement, autant que l'on puisse juger, d'une démarche dirigée contre les intérêts européens ou contre Israël. Non plus que contre les Etats arabes et l'Egypte. Au contraire. L'objectif annoncé clairement était d'éradiquer l'EI, y compris les rebelles soi-disant modérés (« terroristes modérés ») à la solde de l'Amérique.

L'offensive russe du 07/10/2015

La question se posait cependant de savoir quand exactement Poutine engagerait ses forces contre l'EI? L'EI pourrait-il continuer longtemps encore à s'infiltrer au Moyen et Proche-Orient, dans le Caucase russe, en Afrique et bien entendu aussi en Europe.? Or ce soir du 7 octobre, nous avons un début de réponse rassurante. Les forces russes ont engagé des moyens considérables, aériens, navals et sans doute bientôt terrestres, pour chasser l'EI de la Syrie puis de l'Irak. Elles appuient ce faisant une reprise d'offensive des troupes de Bashar al Assad, considérablement revigorées. Il ne fait aucun doute que l'opération de Poutine, qui ne s'engage jamais à lma légère, réussira. Bashar al Assad sera maintenu, il cessera de combattre ses opposants, ceux-ci ayant disparu. Le recrutement des djihadistes devrait par ailleurs se tarir. Les millions de réfugiés syriens ayant fui la guerre pourront être incités à revenir dans leur pays.

Les Européens quant à eux devront cesser d'agiter leurs petits bras musclés en réclamant le départ de Bashar al Assad. Mais surtout, Obama sera obligé d'accepter le fait que la nouvelle implantation russe se traduira par l'effacement de l'influence américaine dans l'ensemble de la région. Même ses opposants internes les plus acharnés, tel l'ineffable Zbigniew Brzeziński 2), devront se convaincre que les forces américaines maritimes et aériennes déployées en Méditerranée et dans le Golfe Persique ne pourraient rien contre un engagement militaire russe massif.

Obama devra donc faire contre mauvaise fortune bon coeur, et signaler à son « vieil ami »Vladimir Poutine que celui-ci pourra grâce à lui trouver avec l'Amérique, de nouvelles et fructueuses bases d'entente.


Notes

1) Lire par exemple

*Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org/article188913.html

*M K Bhadrakumar http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/author/bhadrakumaranrediffmailcom/

2) Zbigniew Brzeziński a refait parler de lui récemment en rappelant que la suprématie américaine au Moyen Orient et dans le reste du monde devait être plus que jamais réaffirmée

07/10/2015
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Nombre de réaction(s) : 1
Illusions sur Obama
08/10/2015 08:53:33 | Par : Jean-Paul Baquiast
Des correspondants me font valoir que cet article s'illusionne sur les capacités d'ouverture d'Obama. Peut-être. Le point important reste l'intervention russe, selon moi un "game changer"
On notera que les chaines d'info françaises n'en ont pratiquement pas parlé ce matin du 08/10, sauf à citer abondamment les mises en garde et menaces de l'Otan. Ce n'est pas le cas en Pologne, traditionnellement anti-russe, où ce matin les médias applaudissent Poutine. Ils voient en lui quelqu'un résolu à lutter contre daesh et par conséquent en cas de succès à tarir lk source des migrations dont la Pologne gue est également menacée.
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