Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Il faut porter le budget européen à 3% des PIB

Reconnaître la nécessité de respecter les compétences nationales dans un certain nombre de domaines ne devrait pas se traduire par la poursuite de l'indifférence actuelle à l'égard du budget européen et de son possible rôle restructurant. Atteignant à peine 1% des PIB des Etats, et principalement dédié à des activités jugées aujourd'hui non prioritaires, ou bénéficiant à certains Etats seulement, ce budget considéré par beaucoup comme dérisoire contribue à la désaffection croissante des opinions à l'égard de la construction européenne.

Avant de présenter à la fin de l'année  notre désormais habituel  « Regard sur le mois de... », nous pouvons dès maintenant proposer la principale conclusion qui se dégage selon nous des négociations sur le climat qui viennent, pour cette année tout au moins, de s'achever (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=191&r_id= ). La même conclusion s'impose, avec une évidence encore plus forte, à propos des plans européens de relance et de lutte contre la crise. Ces plans, comme il a été dit partout, sont encore insuffisants, car la crise ne va pas s'arrêter dans la bonne voie qu'elle emprunte aujourd'hui. Il en faudra d'autres dès 2009.

Cependant, compte tenu du fait que l'Europe ne sera pas avant longtemps un véritable Etat fédéral sur le modèle des Etats-Unis, il serait illusoire d'espérer que les Etats renoncent à adopter des politiques nationales, sur quelque sujet que ce soit : environnement, activité économique, défense...ou autres urgences  qui ne manqueront pas d'apparaître. Quel que soit le dynamisme fédérateur des chefs qu'elle se donnera, dans le cadre des textes actuels ou dans celui du futur traité, il serait non seulement illusoire mais improductif de vouloir décourager les gouvernements de prendre pour leur part  les mesures qu'ils jugeront utiles, ainsi qu'engager les sacrifices correspondants.

Certes, il y aura toujours intérêt à ce que ces divers plans nationaux soient décidés et conduits dans le cadre d'une politique d'ensemble aussi harmonisée que possible. Mais prétendre imposer à tous les vues de quelques uns serait générateur d'oppositions et frustrations qui nuiraient à ce qui fait dans une large mesure l'originalité de l'Europe, c'est-à-dire rassembler une mosaïque d'intérêts et de cultures différents.  Ceci n'empêcherait pas cependant les initiatives fortes que pourraient prendre quelques pays plus ambitieux que les autres. Elles  seraient vite suivies spontanément par d'autres Etats, si elles marquaient une ambition suffisante.

Ceci serait particulièrement vrai des grands programmes de reconversion industrielle  que pourraient lancer tel ou tel Etat, dont les autres ne voudraient pas rester absents. Nous avons mentionné dans l'éditorial précédant,  à titre d'exemple, ce qu'aurait pu faire un gouvernement français plus ambitieux que l'actuel en matière d'automobile : lancer un Plan   Voiture verte sur 5 à 10 ans. Ce programme serait financé  par des avances remboursables de l'Etat, et soutenu par des mesures réglementaires adéquates. Il pourrait être piloté dans le cadre d'une Agence associant industriels et Pouvoirs publics et ayant vocation à recruter d'autres partenaires européens (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=187&r_id=

Un budget communautaire dérisoire


Nous pensons par contre que reconnaître la nécessité de respecter les  compétences nationales dans un certain nombre de domaines ne devrait pas se traduire par la poursuite de l'indifférence actuelle à l'égard du budget européen et de son possible rôle restructurant. Atteignant à peine 1% des PIB des Etats, et principalement dédié à des activités considérées aujourd'hui comme non prioritaires, ou bénéficiant à certains d'Etats seulement (nous pensons en particulier à la politique agricole commune), ce budget considéré par beaucoup comme dérisoire contribue à la désaffection croissante des opinions à l'égard de la construction européenne.

Ceux qui militent en faveur de la puissance et de l'indépendance européenne, comme de la nécessaire solidarité entre Etats membres, devraient sans attendre faire campagne pour une augmentation progressive de ce budget, sur les 10 ans à venir, afin d'attendre à au moins 3% des PIB. Bien évidemment, cette augmentation ne suffirait pas. Il faudrait aussi proposer, dans ces 10 années qui seront critiques pour l'Europe, les grands programmes européens d'infrastructure, de recherche, de défense dont nous avons plusieurs fois présenté la liste. Voyez  à ce sujet l'article que nous a confié le sénateur René Trégouêt et plaidant pour un grand plan européen de fibres optiques visant la généralisation du très haut débit ( http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=190&r_id= ). Alcatel pourrait, entre autres, trouver là un peu d'emploi pour ses compétences actuellement menacées de chômage.

Il faudrait aussi évidemment,  et parallèlement,  mettre en place au cas par cas les structures politiques et administratives capables de gérer dans l'intérêt commun et non dans celui de quelques Etats seulement, l'utilisation des crédits et la répartition des investissements. Le Parlement européen comme la Commission devraient partager les décisions, de même que les chefs d'Etat européens réunis dans des Conseils ad hoc.

Par quoi financer  un tel budget renforcé? Par des impôts européens, bien sûr, dont l'assiette et la proportionnalité seraient adaptées aux priorités communes. L'affectation au budget communautaire d'une Taxe carbone modulée pourrait ainsi fournir un modèle pour de telles recettes. (voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=189&r_id= ).

Outre les retombées concrètes de telles politiques, en termes économiques et sociaux, la démarche présenterait l'avantage de présenter aux opinions publiques  des ratios positifs à atteindre, plutôt que des ratios négatifs à ne pas dépasser (ceux des déficits budgétaires notamment).  

Signalons que ni les Chinois ni les Russes n'attendent l'Europe pour procéder de cette façon. A preuve, concernant la Fédération de Russie, le programme Rusnano en matière de nanotechnologies auquel nous invitons nos lecteurs à se référer. 3000 chercheurs et investisseurs ont participé à la conférence internationale tenue sur ce sujet à Moscou début décembre.

Qu'attendent les associations et autres Think tanks européens pour proposer rapidement des programmes en ce sens ?

***
Nous ajouterons un point important, que nous avons déjà évoqué ailleurs: renforcer le budget européen ne devrait pas signifier se priver des ressources des emprunts européens. La Banque centrale et la Banque européenne d'investissements devraient au contraire encourager ou lancer de grands emprunts européens à long terme, consacrés notamment aux infrastructures et grands travaux. Ces emprunts seraient garantis par les budgets européens, dont ils seraient le complément.

NB: cet éditorial a été rédigé en partenariat avec Jean-Claude Empereur, que nous remercions.
14/12/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
Européanisation des budgets
14/12/2008 22:07:48 | Par : Joseph Leddet
Pour aller plus loin tout en étant réalistes, pourquoi ne pas « européaniser » une partie des budgets des différents Ministères des pays de l'UE (Défense, Economie, Transports, Recherche, Education, ….) , en faisant passer les fonds et les personnels concernés sur des projets communs, et ce à dépense totale inchangée ?

Bien cordialement




Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire