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Peut-on sortir du Système ?

Cette question est de plus en plus posée, face aux dégâts civilisationnels que provoque le Système, et peut-être aux risques de guerres de grande ampleur qu'il fait de plus en plus courir. Ceux qui posent la question sont souvent découragés d'aller plus loin, faute de pouvoir décrire avec précision ce qu'ils proposeraient de mettre à la place du Système
Or les humains sont ainsi faits, semble-t-il, qu'ils préfèrent supporter une aliénation qu'ils connaissent à un saut dans l'inconnu. Celui-ci, pensent-ils non sans raison, pourrait entrainer des situations bien pires que celles dont ils souffrent aujourd'hui.

Mais avant de préciser ce qu'ils proposent de mettre à la place du Système, ils doivent décrire avec autant de précision que possible ce en quoi selon eux consiste ce Système. On ne combat bien que ce que l'on connaît bien. Cette description n'est pas facile. D'abord parce qu'elle suppose une analyse aussi précise que possible de l'état du monde et des menaces pesant sur lui. Ensuite parce que chacun, compte tenu de son appartenance sociale, son âge et de nombreux autres facteurs spécifiques, aura du Système une conception qui ne sera pas nécessairement cohérente avec celles des autres.

Une définition du Système

En se limitant à la France, et plus précisément aux discours politiques et aux écrits divers émanant de ceux qui affichent une volonté claire de réformer le Système, voire d'en sortir, il est possible cependant de donner une définition de celui-ci. Il s'agit d'abord de la différence radicale qui oppose, selon une image désormais admise, le 1% des plus favorisés au 99% des autres. Cette opposition se retrouve dans toutes les parties du monde et dans tous les régimes politiques. Ceci aussi bien aux Etats-Unis que dans la Chine communiste ou dans les pays en développement. Elle se retrouve évidemment aussi en Europe, malgré les objectifs visant à la réduire affichés par diverses majorités politiques socio-démocrates.

Les 1% des plus puissants et des plus riches font en sorte, par tous les moyens nombreux et efficaces dont ils disposent, de conserver cet avantage, voire de l'étendre. Ils ne reculent pas dans ce but devant le fait d'imposer à la planète des risques auxquels nul n'échappera, même pas eux. C'est le cas aujourd'hui en matière de destruction des écosystèmes et de réchauffement climatique. A l'inverse, ils se réservent, de fait sinon de droit, les protections diverses pouvant résulter du développement des sciences et des technologies.

Si un jour, comme il est probable, un « post-humain » quelconque pouvait résulter des progrès scientifiques, ils seront les seuls à en bénéficier. Non seulement parce que ce passage au post-humain demandera des investissements considérables qu'ils seront les seuls capables de financer, mais parce qu'ils voudront même en ce cas, se réserver les privilèges de domination dont ils jouissent actuellement.

En approfondissant l'analyse, il apparaitra que la propriété privée spéculative des facteurs de production caractérise aussi le Système, même dans des pays comme la Chine où certains de ces facteurs sont restés sous un contrôle d'Etat. On emploie aussi le terme de capitalisme néo-libéral, l'expression désignant le fait qu'au contraire du capitalisme ancien portant sur les facteurs matériels de production, le seul en principe capable d'entrainer des retombées positives pour toutes les classes sociales, les facteurs de production sont désormais accaparés par des intérêts financiers. Ce capitalisme ancien pouvait être privé, mais aussi public, les Etats investissant eux-mêmes dans des domaines jugés d'intérêt général, à une époque où les Etats n'étaient pas encore totalement pris en mains par le 1%.

Les intérêts composant ce 1% ne recherchent que des profits de court terme, obtenus généralement par des spéculations en Bourse, et se faisant au détriment des activités industrielles, économiques et financières pouvant apporter des gains de productivité sinon à tous, du moins à des classes de citoyens plus étendues que celle correspondant au 1% précité. Ces activité supposeraient des investissements de long terme, aux résultats incertains. Le capitalisme financier s'y refuse. Il en résulte que les immenses progrès potentiels pouvant résulter d'un développement systématique raisonné des sciences et des technologies sont aujourd'hui devenus hors de portée. Seuls en bénéficient, et encore sous couvert d'un secret-défense empêchant leur diffusion au profit de tous, les forces armées et les services de sécurité-espionnage dont le 1% se dote pour réprimer les révoltes pouvant apparaître contre lui au sein des 99% autres.

Sortir du Système

Compte tenu de références historiques, les 99% des classes dominées pourraient espérer que précisément, des révoltes se produisant en leur sein ébranleraient la domination des super-riches et des super-puissants. C'est ainsi qu'en France, la révolte du Tiers-Etat a produit la Révolution française. Certes de nouveaux dominants sont très vite apparus, mais le pouvoir des anciennes élites de l'Ancien Régime ne s'est pas retrouvé aux mêmes mains. Il a par ailleurs été davantage partagé.

De telles révoltes sont-elles aujourd'hui envisageables? La plupart des observateurs politiques pensent que, même si elles se produisaient ici et là, elles seraient vite neutralisées par le 1% des dominants, y compris comme ce fut toujours le cas dans l'histoire des révoltes, par des moyens militaires. Ce fut récemment le sort du mouvement « Occupy Wall Street » qui a sombré rapidement dans l'impuissance.

Cependant, dans des situations nécessairement complexes et chaotiques, au sens scientifique, il est impossible d'exclure que de nouvelles révoltes, cette fois-ci plus efficaces, se produisent, en Europe et même en France, parmi des populations cependant très largement lobotomisées. A supposer que ces révoltes apparaissent, leur objectif principal devrait être de récupérer la propriété et donc l'usage des moyens de production et de recherche, ainsi que des ressources financières. On pourra parler de re-nationalisations.

Le mot de re-nationalisation fera peur à beaucoup. Le 1% dominant expliquera que les abus et les erreurs des nationalisations s'étant produites en URSS et en France après la 2 guerre mondiale se renouvelleraient inévitablement, avec l'apparition de nouveaux profiteurs, sinon de nouveaux tyrans. Mais de telles nationalisation des moyens de production devraient s'accompagner d'une vaste mobilisation au sein des 99%, visant à partager le pouvoir et surtout à orienter les développements de la science et des technologies au profit de tous, notamment au profit des intérêts de survie de la planète.

Les réseaux numériques, en leur état actuel et futur, faisant appel à des outils évoluées d'intelligence artifielle coopérative, joueraient à cet égard un rôle essentiel au profit des 99%. Ils pourraient permettre, non seulement de partager la direction des entreprises productives, mais de faire apparaître des objectifs bénéficiant à tous. Pour ce faire, les plus actifs et motivés des 99% devraient relancer au sein des réseaux la coopération des chercheurs, des citoyens et des épargnants, en vue de créer les nouveaux produits et services écologico-compatibles qui devraient en être la priorité. Si un jour un post-humain devait apparaitre, seule cette version du post-humanisme serait acceptable.

Références

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot La violence des riches. Chronique d'une, immense casse sociale, Paris, La Découverte, coll. « La Découverte/Poche », 2014, 272 p., 1re édition 2013

On lira une critique très pertinente de ce livre dans https://lectures.revues.org/15952

La critique débute de cette façon:

Les travaux de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot se concentrent essentiellement sur les élites, par le biais d'enquêtes ethnographiques. Leurs recherches s'inscrivent dans la tradition sociologique qui produit une analyse du système social par le prisme des rapports de domination entre groupes sociaux, renvoyant aux travaux de Karl Marx et de Pierre Bourdieu. Ici, c'est à travers le conflit entre classes sociales que sont analysés les mouvements socio-économiques. Leur approche remet au goût du jour les théories marxistes : la guerre des classes est déclarée car les rapports sociaux de classes sont violents dans le capitalisme mondialisé. Cette violence est exercée par les classes dominantes (la bourgeoisie qui se confond avec les élites financières) sur le peuple (les classes moyennes et populaires). Les auteurs tentent de déterminer comment se produit cette violence, et comment elle est acceptée par le plus grand nombre.

Pour aller plus loin dans l'analyse, on lira de Agnès Rousseaux, un Interview de Monique Pinçon-Charlot novembre 2013
Source : laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr 

Repris récemment par Les Crises http://www.les-crises.fr/la-violence-des-riches-par-michel-pincon-et-monique-pincon-charlot/

Comme l'indique Olivier Berruyer, responsable d'édition de Les Crises: « Un article un peu ancien, mais qui ne vieillit pas..."

28/09/2015
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