Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

L'OCS, l'Egypte et ...la France

Lors du conseil des chefs d'Etat de l'Organisation de coopération de Shanghai qui s'était réuni le 10 juillet à Oufa dans le cadre des sommets de l'OCS et des Brics, un processus d'élargissement avait été lancé. L'organisation qui a compté jusqu'à présent six membres (la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et la Kirghizie) va désormais compter l'Inde et le Pakistan. La Biélorussie, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Cambodge, la Syrie, l'Egypte, la République des Maldives et plusieurs autres pays demandent le statut d'observateur ou de partenaire.

On notera particulièrement la demande de l'Egypte. Si celle-ci se concrétisait rapidement, ce serait une bonne nouvelle. L'Egypte est très engagée – sauf un retour au pouvoir très peu probable des Frères Musulmans, dans la lutte contre l'Etat-islamique (Daesh). Celui procède régulièrement à des attaques contre des troupes égyptiennes dans le plateau du Golan, sans mentionner des intrusions permanentes de groupes terroristes sur le sol égyptien proprement dit. Depuis la formation de la coalition anti-Daesh initialisée par Barak Obama, l'Egypte y participe, sans manifestement faire beaucoup confiance à la politique ondoyante des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Or ces jours-ci,une autre coalition contre Daesh est en train de se former. Elle réunit, à l'initiative de Vladimir Poutine, l'Iran, l'Irak (ou du moins une partie de l'Irak) et désormais la Chine. La Syrie de Bashar al Assad en fait inévitablement partie, même si la Russie et la Chine n'évoquent ce point qu'avec prudence. Nous avons noté précédemment que, outre la Russie qui combat de plus en plus les groupes djihadistes à ses frontières méridionales, la Chine a récemment décidé de lutter contre les formations militaires provenant des indépendantistes musulmans ouïghours. Ceux-ci bien que ne pesant que marginalement en termes démographiques, pourraient très bien déstabiliser une partie des équilibres intérieurs chinois. Or ces Ouïgours sont actuellement entrainés et formés par la Turquie, avec l'assentiment très probable de l'Otan et des Etats-Unis.

Tout laisse penser aujourd'hui que cette lutte anti-Daesh, que commencent à soutenir militaire la Russie et sans doute aussi la Chine, à partir des bases syriennes de Tartous et Lattaquié, se verra relayée prochainement par un soutien massif de l'OCS. L'Organisation s'est toujours refusée à jouer le rôle d'Otan asiatique animée par la Russie, comme le prétendent les Etats-Unis. Cependant, par la force des choses, certains de ses membres décideront de coordonner leurs actions défensives et défensives contre Daesh, non seulement au Moyen-Orient proprement dit, mais dans toutes les parties du monde menacées par un islamisme de combat.

Les Mistrals

Ce serait une excellente chose. Mais dans cette perspective, si l'Egypte, pour en revenir à elle, décidait de participer activement à l'OCS, se serait une chose encore meilleure. Elle dispose d'un potentiel militaire important. Celui-ci vient d'être renforcé par l'acquisition de matériels français, Rafales, Frégate FREMM et dorénavant les deux Mistrals. Ces contrats se sont faits nécessairement avec l'appui politique et diplomatique de la France. Or, en rêvant un peu, nous pourrions nous demander si, par Egypte interposée, la France n'est pas en train d'envisager un timide début de coopérations stratégiques avec l'OCS, notamment avec la Russie et la Chine.

Peut-être serait-ce prêter à la diplomatie française une largeur de vue et un sens de l'anticipation qui lui a cruellement manqué ces dernières années, notamment dans son suivisme aveugle de la politique américaine. Mais supposons que le réalisme soit en train de s'imposer, comme semble le montre l'intervention à l'ONU de François Hollande le 28/09, renonçant à exiger en priorité le départ de Bashar al Assad. Dans ce cas, la France pourrait favoriser une reprise de relations normales avec la Russie, qui lui avaient jusqu'à présent interdites par Washington.

Certains esprits imaginatifs vont, en ce sens jusqu'à se demander si la vente des Mistrals à l'Egypte aurait pu être encouragée par ceux qui en France, voulaient que ces Mistrals soit comme il était contractuellement prévu, remis à la Russie. Les voir désormais entre les mains de l'Égypte, elle-même en cours de rapprochement avec la Russie, permettrait d'envisager que les deux navires participent à des opérations communes avec la France en Méditerranée. Cela apporterait un net renfort aux quelques Rafales désormais engagés contre les implantation de l'Etat islamique dans la partie de la Syrie dont celui-ci s'est assuré le contrôle.

Ajoutons que dans la perspective d'un engagement de l'OCS contre Daesh, il serait temps que les membres de l'Organisation, notamment la Russie, rappellent au dangereux Premier ministre turc Erdogan qu'il devrait interrompre immédiatement ses soutiens multiples à Daesh. C'est une chose que les Etats-Unis et même la France, au nom de l'Otan, aurait du imposer depuis longtemps à la Turquie, elle-même membre de l'Otan. Mais manifestement jusqu'à ce jour il n'en a rien été. Devine qui voudra.

Post scriptum au 28/09.

Lors d'une intervention ce jour à l'ONU, François Hollande a réaffirmé "avec force" la détermination de la France à obtenir le départ de Bashar al Assad. Il a rejoint en cela les affirmations faites précédemment, plus mollement, par Barack Obama. Faut-il en conclure que les considérations de l'article ci-dessus concernant un assouplissement de la position française n'auraient plus lieu d'être. Attendons. En diplomatie, il ne faut jamais dire jamais.





28/09/2015
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire