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Quel jeu joue la France à propos du renforcement des moyens russes en Syrie?

Selon Reuters (24 septembre) "Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a jugé jeudi préoccupante le renforcement de la présence militaire russe en Syrie. S'exprimant en marge d'une conférence sur la cyberdéfense, il a fait état d'"un renforcement très significatif de la présence militaire russe dans le port de Tartous mais surtout dans la fondation d'un aéroport militaire au sud de Lattaquié avec la présence de plusieurs avions de chasse, d'hélicoptères de combat et de capacités de drone".

Interrogé sur la signification de cette présence accrue, Jean-Yves Le Drian a répondu : "C'est à la Russie de le dire. Nous ne faisons que constater mais les constatations sont préoccupantes". Il a été confirmé dans cette opinion par le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon. Celui-ci a estimé de son côté que le renforcement des moyens militaires russes en Syrie "ne fait que compliquer une situation déjà compliquée et difficile".

Ces deux déclarations, françaises et britanniques, semblent n'avoir rien compris à l'évolution de la situation en Syrie. La Russie semble s'engager dans une lutte sans merci contre Daesh, dont l'expansion dans ses propres territoires constitue un menace majeure. Pour cela, une présence renforcée en Syrie, ainsi qu'un soutien à Bashar al Assad et une coopération accrue avec l'Iran, constituent un volet indispensable. Israël a d'ailleurs bien compris qu'une offensive russe contre Daesh, impliquant une présence stratégique de longue durée, était dans son intérêt.

Lors de la dernière rencontre à Moscou entre les deux chefs d'Etat, israélien et russe, ce sujet a constitué le point principal des entretiens, non pour formuler une quelconque inquiétude israélienne , mais pour prévenir des rencontres accidentelles entre avions russes et israéliens opérant dans la zone. Il est bien évident que pour Tel Aviv, ni Bashar ni Poutine ne représentent dorénavant une menace. La menace, c'est désormais l'extension grandissante du terrorisme et des opérations militaires islamistes à ses frontières.

Les Américains se résignent également à voir la Russie s'engager dans une guerre contre Daesh qu'ils sont incapables de mener à bien eux-mêmes. Ainsi leurs intérêts économiques et diplomatiques considérablement menacés par la peste Daesh, pourraient ils être préservés. Accepter le renforcement militaire de la présence russe ne leur plait sans doute pas, mais ce faisant ils espèrent faire oublier qu'ils sont à la source de tout l'embrasement actuel au Moyen-Orient, y compris récemment en finançant et armant directement ledit Daesh.

Le Drian et Fallon ne peuvent pas ignorer tout cela. L'engagement russe ne peut que leur tirer une sérieuse épine du pied, puisque la France et la Grande Bretagne ont renoncé, non sans raisons, à envoyer des troupes au sol combattre les islamistes. La Russie, si son offensive réussit, en réduisant la puissance de nuisance de Daesh, contribuera peut-être ainsi à tarir la source dont proviennent les terroristes menaçant l'Europe dans son ensemble.

Alors, pourquoi se dire « préoccupés »? Pour continuer à poursuivre l'objectif insensé de contribuer à la chute d'Assad? Pour satisfaire une opinion intérieure qu'ils estiment, à tort d'ailleurs, être restée anti-russe? Pour se faire inviter dans de futurs négociations menées à l'instigation des Russes et des Etats de la région en vue de coordonner les actions anti-Daesh? Sont-ils si mal informés, par leurs services de renseignement, qu'ils ignorent le rôle essentiel que pourrait jouer une présence russe renforcée en Méditerranée pour contribuer à ramener le calme? Ces mêmes services ne les ont ils pas prévenus que, selon certaines sources, des agents de la DIA et de la CIA américaines collaboreraient désormais avec le FSB et le SVR russes en leur passant des données sur le terrorisme et sur Daesh.

Une explication plus simple serait que la France, au ministère de la Défense et à l'Elysée (laissons la Grande Bretagne de côté dont les desseins sont impénétrables) persévère dans sa vieille maladie, être toujours en retard d'une guerre. Mais nous n'osons pas envisager cette explication, qui serait consternante.

24/09/2015
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