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Climat. Un bon point pour l'Europe, mais devra faire mieux.

Le plan d'action climatique adopté par les gouvernements européens à Gdansk va dans le bon sens. Il a donné également un bon exemple aux membres de l'ONU réunis à Poznan pour préparer l'après-Kyoto. Mais les Européens seraient bien imprudents de se satisfaire des engagements ainsi pris.

Il est incontestable que le plan d'action adopté par l'Union Européenne à Gdansk  le 19 décembre 2008 représente une avancée importante dans la perspective des négociations internationales sur le climat prévues à Copenhague en décembre 2009. Le plan d'action doit permettre à l'Union d'atteindre d'ici 2020 le triple objectif qu'elle s'était fixé en 2007: réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d'économies d'énergie. Encore faudra-t-il que les opinions publiques veillent à ce que ces promesses soient tenues. Nous aurons certainement l'occasion d'en reparler.

L'Allemagne, l'Italie et la Pologne, les trois grands pays qui avaient brandi des menaces de veto au plan européen avant le sommet, ont finalement accepté le compromis. Il est vrai qu'ils  ont obtenu de substantiels délais avant que leurs industriels aient à payer à taux plein les « permis à polluer » obtenus jusqu'ici gratuitement. Globalement,  avec toutes les exemptions obtenues par les uns et les autres, la proportion de permis à polluer que devront acheter les industriels européens restera encore très faible en 2013, même si elle augmentera graduellement d'ici 2020. Les centrales électriques au charbon de Pologne et des autres pays de l'est n'auront elles à payer que 30% de leurs quotas d'émissions en 2013, pour arriver progressivement à 100% en 2019.

En théorie, les associations de défense de l'environnement (Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth Europe) ont eu raison de dire que ce compromis « constitue un échec ».  Mais en pratique, il faut admettre que la timidité de la démarche européenne traduit  l'indifférence absolue avec lesquels les gouvernements et les Institutions (y compris le Parlement européen appelé aujourd'hui à l'aide par les Verts pour s'opposer au compromis) ont jusqu'ici refusé d'aborder la question de l'environnement d'une façon ambitieuse. On a laissé les pays dotés de centrales à charbon et les industriels gros consommateurs continuer à investir dans les combustibles fossiles sans leur proposer des solutions alternatives. Le plan adopté à Gdansk ne suffira pas.

Nous avons nous-mêmes indiqué dans un article précédent que seule une Agence européenne de l'Energie, elle-même alimentée par un budget communautaire important, pourrait  engager les investissements considérables nécessaires pour sortir de la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz. Aujourd'hui l'Union ne peut les imposer aux seuls pays et industriels ayant pris du retard. Ajoutons que le système des « permis à polluer » dit « Cap and Trade » n'est pas le plus efficace pour répartir les coûts de ces retards. Entres autres mesures, un système de taxe carbone dit « Carbon Tax and 100% dividend »  le serait bien davantage (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=189&r_id= ) . Cette taxe devrait frapper, entre autres, les importations provenant de pays n'appliquant pas les normes anti-pollutions. Ceci devrait décourager les risques de délocalisations dont Mme Merkel  a fait un argument fort pour refuser de participer aux sacrifices.

Pendant ce temps, à Poznan, se tenait la réunion de l'ONU qui rassemblait plus de 12.000 délégués  et préparait l'après Kyoto. Elle n'attendait pas de miracle, compte tenu de l'incertitude sur l'adoption du plan européen et du  fait que le futur  président américain Barack Obama n'avait pas encore précisé des intentions espérées plus favorables à un accord multilatéral contraignant que celle de l'administration Bush.

L'annonce de la résolution européenne, faite en fin de réunion, a suscité des réactions contrastées. Yvo de Boer, le plus haut responsable des Nations unies pour le climat, a salué un signe de détermination et de courage: « Cela contribuera à propulser le monde vers un accord fort, ambitieux et qui pourra être ratifié à Copenhague en 2009 » . Cet avis a été partagé par John Kerry, le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat américain délégué à Poznan par le futur président Barack Obama, ainsi que par Al Gore, Prix Nobel de la Paix. Le chef de la délégation chinoise a également salué un pas positif de l'Europe, même « si sa position s'est un peu affaiblie depuis 2007 ». Auparavant cependant Yu Qingtai, ambassadeur de la Chine pour le climat, s'était dit désappointé.

 Le gouvernement chinois avait en effet précédemment fait valoir l'importance des mesures adoptées depuis 2005 pour lutter contre le changement climatique et les pollutions. Un vice-ministère ad hoc, dirigé par le premier ministre lui-même,  Wen Jiabao, a lancé de nombreuses mesures : reforestation, amélioration de l'efficacité énergétique, fermetures de centrales thermiques et d'industries polluantes, parc éolien, etc. . Des programmes ambitieux dans l'automobile électrique sont également lancés.

Les pays pauvres du sud, pour leur part, les plus vulnérables aux dérèglements climatiques, sont repartis frustrés par le manque d'engagement financier des pays industrialisés en leur faveur, alors que rien qu'en mesure d'adaptation, leurs besoins sont estimés en dizaines de milliards de dollars par l'ONU. « On trouve des centaines de milliards pour recapitaliser les banques et rien pour nous aider à supporter les conséquences des pollutions et gaspillages générés par les pays riches ». Il faudrait effectivement transférer vers eux une grande partie du futur budget carbone. Mais, rétorquent certains observateurs, l'ONU sera-t-elle capable de veiller à ce que cet argent ne soit pas gaspillé par des gouvernements souvent manipulés par divers intérêts économiques.  

Néanmoins, les Etats repartent avec un calendrier et un programme de travail pour les douze prochains mois. Les chances de réussir à Copenhague ne sont donc pas compromises. Les efforts de l'Europe pour jouer un  rôle de leader ne devront donc pas être relâché. De nouveaux programmes devraient donc dès maintenant être lancés. Nous y revenons  dans notre éditorial de ce jour.

14/12/2008
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