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Sortir de l'Union européenne. Catastrophe ou nouveau départ?

Dès les origines de l'Union européenne (UE) avec la la mise en place de la Communauté Charbon-acier, puis la signature du Traité de Rome (1957), les gouvernements ayant promus puis ratifiés ces Traités les ont toujours présentés comme destinés à renforcer les pays signataires et accroitre leur compétitivité au niveau mondial. Il s'agissait d'une nouvelle application du vieux principe selon lequel « l'union fait la force ».
Bien que l'on ne dispose pas d'observations précises concernant l'état de l'opinion à cette époque, on peut penser que globalement le corps électoral, ayant élu des majorités parlementaires ratifiant ces Traités, partageait dans l'ensemble le même point de vue optimiste.

En politique, tout n'est pas strictement noir et blanc. Chaque situation peut-être appréciée sous plusieurs angles. C'est ainsi qu'aujourd'hui, si l'on ne peut nier les retombées positives, dans un certain nombre de domaines économiques ou juridiques, découlant de la décision du pays de devenir membre de l'UE, les effets négatifs se font de plus en plus sentir.

Pour notre part, sans prétendre que l'unanimité se soit faite à ce sujet, nous sommes de ceux qui pensons que l'UE a été acceptée par des citoyens que beaucoup de facteurs séparaient, sur la base d'un malentendu fondamental, dont les conséquences sont plus que jamais sensibles. S'il s'est trouvé, dès l'origine, des majorités soutenant la participation à l'Union, c'est-à-dire refusant le réflexe spontané très puissant du « chacun pour soi », ce fut parce que les Etats-Unis, déployant à grande échelle ce que l'on nomme la « diplomatie du dollar et des services (secrets) », ont acheté, au sens propre du terme, des hommes politiques européens d'envergure pour qu'ils promeuvent la mise en place d'une Union entre pays européens. Ainsi Rome avait persuadé, non pas pour leur bien mais mou le sien, diverses tribus « barbares » de s'engager dans ses légions.

Concernant les Etats-Unis, il en fut de même. Ce n'était pas pour le bien des Etats européens qu'ils ont fortement encouragé leur regroupement au sein d'un marché unique, puis d'une union politique . Nul en diplomatie ne se préoccupe du bien des autres. Ce fut pour établir un glacis d'Etats européens dépendants à des titres divers de Washington, afin de faire barrière à l'URSS, voire à partir desquels lancer des offensives militaires contre celle-ci et les Etats dits satellites. Dans le même temps, puisque la guerre politique se complète toujours de guerre économique, les Etats-Unis ont mis en place par l'intermédiaire des traités européens, de grands marchés uniques qu'ils pouvaient inonder de leurs produits. Ce fut le cas dès la fin de la guerre avec le Plan Marshall qui a permis aux industriels agricoles (le célèbre tracteur Massey- Ferguson ...image) comme aux semenciers et d'autres non seulement de couper toutes perspectives à des industriels européens tels que Renault, mais plus gravement de ruiner les structures de l'agriculture traditionnelle en Europe, ruine dont les conséquences environnementales et humaines sont aujourd'hui de plus en plus visibles.

Dans les années précédentes, les conséquences négatives pour un pays de sa participation à l'UE étaient masquées par des effets positifs indéniables, et bien évidemment par la propagande officielle américano-bruxelloise, qui empêchait les citoyens de se rendre compte du poids croissant de ces conséquences négatives. Aujourd'hui, la situation se retourne. Pour un très grand nombre de raisons que nous n'énumérerons pas ici, les opinions publiques européennes commencent à mettre en doute l'intérêt de la participation tant à l'euro qu'à l'UE proprement dite. Si bien que dans de nombreux pays (Allemagne exceptée, qui est la seule a véritablement tirer avantage de l'UE, d'autant plus qu'elle a réussi à la mettre largement au service de ses intérêts) des minorités très actives, prêtes à se transformer en majorités, recommandent la sortie de leur pays de ces deux entités.

Beaucoup d'économistes et hommes politiques européens, formés à l'ancienne école, sinon travaillés par la toujours active diplomatie américaine du dollar et des « services », expliquent avec force arguments que sortir de l'euro et de l'UE n'est pratiquement pas possible. Non seulement du fait des obligations découlant des traités, mais parce que cette sortie serait une catastrophe au plan diplomatique et économique. Un Etat européen, selon eux, ne pourrait seul affronter la mondialisation, non plus que les difficultés découlant d'un futur réchauffement climatique. Nous venons de publier une note (voir www.admiroutes.asso.fr/larevue/2015/161/utopia.rtf ) expliquant au contraire que, selon nous, un Etat, fut-il de petite taille ou de taille moyenne comme l'Italie, l'Espagne et la France pourrait s'adapter à la concurrence internationale et aux futures crises prévisibles beaucoup mieux hors de l'UE que dedans. Inutile de reprendre ici les arguments présentés, nous y renvoyons les lecteurs.

Le facteur essentiel des psychologies individuelles

Ajoutons que les arguments de cette note n'ont pas tenu compte d'un facteur difficile à justifier par des observations de type scientifique mais qui nous paraît devoir être déterminant à l'avenir. Nous sommes à une époque où les opinions individuelles, dès qu'elles sont assez marquées pour échapper au climat lénifiant répandu par les médias et les réseaux dits sociaux, comptent de plus en plus comme force politique. Elles devront donc de plus en plus être prises en compte par les appareils et par les Etats eux-mêmes.

Ce facteur peut être résumé en quelques mots. Un citoyen (homme ou femme) se montre d'autant plus volontaire pour prendre son destin en mains qu'il a compris que d'autres ne le feront pas à sa place.

Aujourd'hui, au sein de l'UE, confronté à une initiative à prendre, petite ou grande, pour protéger le pays ou pour le faire progresser, le citoyen se dit, ou bien « inutile, l'Europe (l'UE) le fera » ou bien « inutile, l'Europe ne le fera pas ». L'idée, formulé ainsi, paraît simpliste. Mais, que ce soit de façon consciente ou, plus généralement, de façon inconsciente, ce processus paralysant joue beaucoup plus souvent que l'on ne croit, au niveau des individus, des collectivités ou même des Etats.

Agir est toujours difficile ou simplement fatigant. Tout argument est bon pour servir de prétexte à l'inaction. Ce que le citoyen nomme l'Europe, en ce cas, sans même chercher à préciser ce qu'il entend par là, est ainsi vécue comme un alibi pour ne pas engager d'actions sortant un tant soit peu de la routine. Il ne lui vient même pas à l'idée que ce qui serait « inutile ou impossible dans le cadre de l'Europe », pourrait devenir faisable, Europe ou pas, si d'autres comme lui se regroupaient pour faire ce qui leur paraîtrait souhaitable.

C'est ainsi que si en France les promoteurs de l'aventure spatiale s'étaient à l'avance découragés de créer d'abord le Centre national d'Etudes Spatiales (le CNES) puis ensuite avec d'autres comme eux dans d'autres pays européens et non européens l'Agence Spatiale Européenne (l'ESA), au prétexte que ces initiatives seraient prises au niveau de l'UE (inutile, l'Europe le fera) ou, au contraire, impossible au niveau de l'UE (inutile, l'Europe s'y opposera) il n'y aurait toujours pas de Français dans cette aventure historique.

L'exemple paraitra un peu forcé. Mais le raisonnement joue, très certainement, en permanence dans des milliers d'esprits confrontés des milliers de fois par jour à l'idée de faire ou ne pas faire telle ou telle chose, grande ou minuscule mais néanmoins importante à terme pour le pays, ainsi éviter de polluer la mer en y jetant des ordures.

A l'inverse, bien qu'aucune observation reposant sur des enquêtes d'opinion à grande échelle ne semble pouvoir le démontrer scientifiquement, on peut être à peu près certain que les citoyens, individus ou groupe, appartenant à un pays qui ne pourra se défendre et se développer que par ses propres moyens, sans compter sur une aide ou un veto de « l'Europe », prendront sans trop se poser de question les initiatives qu'ils jugeront bonnes pour ce pays.

Ainsi on peut estimer que les citoyens grecs, confrontés à leurs propres responsabilités par suite d'une sortie de l' Europe décidée par Syrisa, auraient d'eux-même combattu les maux qui les paralysent aujourd'hui au sein de l'Europe: fraudes fiscales, refuge des épargnes à l'étranger, refus d'investir dans des industries pourtant accessibles... Au lieu de rester l'homme malade de l'Europe, la Grèce aurait pu en devenir le modèle.

A une autre échelle, c'est ce choix que devraient aujourd'hui faire la France, l'Italie ou l'Espagne: soit rester des hommes malades au sein de l'Union européenne, ou devenir en sortant de celle-ci des modèle pour l'Europe toute entière, de l'Atlantique à l'Oural.

Mais Washington veille, notamment aujourd'hui avec son projet de Traité transatlantique (TTIP). Cette perspective de sortie de l'UE, bien qu'heureuse pour les Européens dans leur ensemble, ne se produira pas.

11/09/2015
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