Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Emeutes à Athènes, modèle pour l'Europe ?

Faut-il penser que les émeutes récentes de type grec ne s'étendront pas un jour aux autres pays européens, fussent-ils plus « riches » et dotés de gouvernements moins corrompus que la Grèce?

Les observateurs des deux jours d'émeutes qui viennent de se dérouler à Athènes ont rapidement conclu que celles-ci n'étaient pas la reproduction de celles qui s'étaient produites en France il y a quelques mois. Certes, l'élément voisin apparemment déclanchant fut la mort d'un jeune manifestant tué par les forces de l'ordre, mais en Grèce, les principaux acteurs se sont recrutés dans les milieux étudiants, même s'ils ont reçu le renfort d'un certain nombre de ceux  que l'on nomme en France des « jeunes des banlieues ».  De plus, les manifestants s'en sont pris plus nettement qu'en France au pouvoir politique et administratif, généralement considéré par la population comme réactionnaire, corrompu, incapable d'ouvrir des perspectives constructives à des étudiants se jugeant de plus en plus sans avenir.

La crise économique que subit la Grèce est également spécifique à ce pays, qui présente toutes les faiblesses d'une petite économie de type méditerranéen,  sans industries, ne vivant que du tourisme, de la construction et de services liées au transport maritime, toutes activités frappées en premier par la récession.  Ajoutons que du fait de l'incapacité de l'Union européenne à mettre en place des politiques d'investissement et de recherche intégrées, la Grèce est laissée à elle-même face à la crise et ne peux pas proposer à ses jeunes de s'investir dans de grands programmes européens – lesquels de toutes façons n'existent pas.

Faut-il en conclure que les émeutes de type grec ne s'étendront pas un jour aux autres pays, fussent-ils plus « riches » et dotés de gouvernements moins corrompus, telles l'Allemagne et la France ?  Certainement pas. D'une part, le pouvoir des images est grand. Par mimétisme, des manifestations du même ordre pourront se produire, non seulement dans les banlieues européennes, mais dans des bassins d'emplois, industriels ou agricoles, frappés par des licenciement ou des pertes de revenus. Si des manifestants se laissent gagner par la violence et si les forces de l'ordre surréagissent, l'escalade sera immédiate.

Par ailleurs, même dans les pays européens dont les économies sont moins fragiles que celles de la Grèce, les étudiants et les cadres, jusqu'ici non directement sensibles aux fermetures d'usines, ne pourront pas ne pas s'opposer  à celles qui se préparent. Chacun comprend bien qu'inexorablement il sera un jour touché. En effet, ni les Etats ni l'Union européenne ne proposent d'affecter les moyens suffisants à la relance de l'investissement. Nous visons notamment  ici les  grands programmes souvent évoqués sur ce site,  susceptibles de développer des activités et des emplois qualifiés compatibles avec la lutte contre le changement climatique et la protection de l'environnement.

Face à cette atonie des gouvernements, que les gesticulations actuelles sur la relance ne peuvent dissimuler, les citoyens ne pourront pas ne pas se sentir révoltés par l'exhibition du luxe et du gaspillage, la hausse continue des revenus des actionnaires au sein même des entreprises qui licencient, les mesures conservatrices en faveur des revenus spéculatifs que continuent à prendre les Etats européens – dont on attendra longtemps par exemple qu'ils ferment les  paradis fiscaux. L'Union européenne persistant  imperturbablement à refuser l'harmonisation des procédures sociales, fiscales et douanières, les délocalisations ne pourront que s'étendre, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Europe. Or chacune d'elle constituera potentiellement un foyer d'insurrection. Les gouvernements semble-t-il s'y préparent en renforçant leurs forces anti-émeutes...Cela promet des jours tranquilles.

Un de nos correspondant, pourtant cadre supérieur très pondéré, nous écrit ceci qui semble prémonitoire du nouvel esprit eschatologique que va s'installer :
« Est-il encore utile ou réaliste d'espérer le changement dans la continuité (qui se révèle en pratique un non-changement jusqu'à présent) ? Ne vaudrait-il pas mieux que tout le système (banque, industrie, régime politique....) explose, de manière à le reconstruire sur des bases saines, après une période de quelques années inévitablement troublée, voire chaotique ?
Je commence à me dire sérieusement que la seconde solution serait sans doute la meilleure... » .
08/12/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire