Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Les économies capitalistes occidentales se dirigent-elles vers une crise générale existentielle?

Le terme d'existentielle signifie à la fois « une crise inhérente à leur existence » et aussi, ce qui n'est pas contradictoire, « une crise pouvant mettre en cause leur existence ». Retenons ici le second sens. Un grand nombre d'indices et de commentaires faits sur ce que révèlent ces indices, laissent penser que prochainement, peut-être à l'automne de cette année, se déclenchera une crise générale en comparaison de laquelle celle des années 2008 ne serait qu'une aimable mise en bouche.
Comment caractériser aujourd'hui ce que nous nommons ici les économies capitalistes occidentales, l'américaine, mais surtout la japonaise et les européennes, plus fragiles? Il s'agit d'économies soumises au capitalisme financier et non au capitalisme industriel qui avait fait leur force jusqu'à la seconde guerre mondiale. Le capitalisme industriel, qu'il soit privé ou public (comme il le fut dans une certaine mesure en France après la guerre) est pratiquement mort. Autrement dit, les investissements dans les domaines industriels, scientifiques et celui des infrastructures, ont disparu. Or ce sont de tels investissements qui seraient vitaux aujourd'hui, non pour relancer la croissance, terme dangereux, mais pour préparer les énergies de remplacement, la défense contre le réchauffement climatique et les désastres environnementaux qui se produiront quasi certainement dans les prochaines décennies, au niveau du monde entier.

Que fait au contraire le capitalisme financier? Il se met au service des « élites » qui possèdent les banques privées, les Bourses et finalement les banques centrales des Etats capitalistes concernés. Son objectif est de capter les épargnes encore disponibles dans ces Etats, épargnes privées ou résultant de l'activité des rares secteurs qui continent à produire, afin d'en faire des bénéfices financiers à court terme.

Le WSWS décrit fort bien le mécanisme mortel résultant du jeu imposé aux économies par le capitalisme financier. Dans un texte du 19 août, il commente la façon dont le Japon ne peut aujourd'hui relancer son activité productive, celle qui avait fait sa puissance ces dernières décennies, faute de mesures gouvernementales adéquates. Il s'agit d'un article de Barry Grey « L'économie japonaise se contracte, alors que l'économie mondiale est au bord de la dépression »

Il faut le lire in extenso, car il ne décrit pas seulement la crise de l'économie japonaise, il décrit les mécanismes qui conduisent en ce moment l'ensemble des économies capitalistes mondiales à ce que nous nommons une crise existentielle. Nous en reprenons ici les premiers paragraphes. Ils concernent la crise quasi existentielle au Japon, mais ils peuvent s'appliquer à celle de même nature menaçant les Etats européens. Les mêmes mécanismes, qu'aucun Etat de l'Union européenne ne veux combattre, auront les mêmes effets (voir annexe ci-jointe)

Mais que faire?

Ceci admis, que peuvent faire les peuples menacés directement par ces comportements prédateurs du capitalisme financier mondial? Attendre que la crise générale existentielle évoquée ici se produise? Ce sera alors la règle du chacun pour soi, chacun, riche ou pauvre, s'efforçant de sauver ce qu'il a et préserver ce qui restera de son mode de vie. Le résultat de cette absence de politique sera immédiat. Au Japon peut-être, et surement en Europe, les peuples ne pourront plus faire face à la compétition avec d'autres Etats, notamment ceux du Brics, qui eux, malgré de nombreuses difficultés, rapportées complaisamment par la presse occidentale, investissent continuellement, dans les domaines de l'industrie, de la recherche et des infrastructures. Ceci d'ailleurs aux plans militaires et civils.

Certes, ces pays souffrent également de classes parasites qui cherchent à récupérer à leur profit les plus values de ces investissement, mais ils disposent de pouvoirs d'Etat qui servent des objectifs plus généraux, que nous pourrions dire de puissance globale. Ceci leur permettra de faire face, bien mieux que les Etats capitalistes, aux grandes catastrophes qui menacent le monde dans les prochaines décennies, auxquelles nous avons fait ci-dessus allusion.

Concernant les peuples européens, au lieu de faire seulement le gros dos, ils devraient se souvenir que leur développement passé a été du en grande partie à un capitalisme d'Etat et à des économies administrées, capables d'encadrer et orienter le capitalisme industriel privé, maitriser les excès du capitalisme financier., assurer une certaine redistribution sociale. Certes, les deux dernières guerres mondiales ont été provoquées initialement par les affrontements entre ces capitalismes d'Etat. Mais aujourd'hui, une Europe réorientée, privilégiant l'investissement, telle que l'esquisse l'étude que nous avons précédemment évoquée, pourrait permettre de retrouver ces idéaux (voir A modest proposal pour resolving the european crisis , dans notre article « Consulter les Européens sur le type d'Europe qu'ils voudraient se donner ». http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1873&r_id=

Aujourd'hui il est illusoire de tenter de persuader tant les peuples européens que les élites de l'urgence d'un retour à une organisation politique permettant de réaliser ces objectifs. Mais si la crise existentielle évoquée ici se produisait, peut-être serait-ce possible. En tous cas, il faudrait s'y préparer.

Annexe. L'économie japonaise se contracte tandis que l'économie mondiale est au bord de la dépression (extraits) Par Barry Grey 19 août 2015

Le gouvernement japonais a annoncé lundi que la production économique du pays a diminué de 0,4 pour cent au deuxième trimestre, soit 1,6 pour cent sur une base annualisée. La consommation privée, l'investissement des entreprises et les exportations nettes ont tous chuté, principalement en raison de la décélération rapide de l'économie chinoise et la stagnation qui se poursuit en Europe et aux États-Unis.

La contraction de la troisième plus grande économie du monde a porté un coup au programme anti-déflationniste du premier ministre Shinzo Abe. Mais plus profondément, il a exposé l'échec des principaux gouvernements capitalistes à concevoir une véritable reprise en réponse à l'effondrement financier et la récession de 2008 et s'ajoute aux signes d'une crise plus profonde.

La consommation privée, qui représente environ 60 pour cent du produit intérieur brut du Japon, a diminué de 0,8 pour cent au cours du trimestre et les exportations ont chuté de 4,4 pour cent.

Ces données lamentables ont montré que l'économie japonaise stagne, au mieux, malgré un vaste programme d'achat d'actifs mené par la Banque du Japon pour les deux dernières années qui injecte des milliers de milliards de yens dans les marchés financiers. En octobre dernier, la banque centrale a accéléré le rythme d'achat d'actifs – ce qui équivaut à imprimer de l'argent – jusqu'à quatre-vingt mille milliards de yens par an.

Comme aux États-Unis et en Europe, où les banques centrales ont mené des programmes de relance financière similaires, l'injection par Abe de liquidités dans le système financier a eu l'effet de pousser à la hausse les prix des actions, a subventionné la spéculation financière et a augmenté la richesse des grandes sociétés, mais n'a pratiquement rien fait pour relancer l'économie réelle.

La croissance du parasitisme financier a été reflétée dans la réponse du marché boursier japonais aux nouvelles économiques négatives. Dans ce qui est devenu une tendance mondiale, où les grands investisseurs réagissent aux signes de ralentissement continu de l'économie réelle en poussant les actions à des valeurs encore plus hautes dans l'attente de recevoir plus d'argent de la part des banquiers centraux, l'indice Nikkei a augmenté de 0,5 pour cent lundi.

....

L'économie mondiale est plus étroitement interconnectée et complexe que jamais auparavant dans l'histoire. Mais sa division en États-nations rivaux, le cadre politique de base de la propriété privée capitaliste des moyens de production, rend toute résolution rationnelle et progressiste de la crise dans le cadre du capitalisme impossible.

Au lieu de cela, ce qui prédomine est une croissance ininterrompue du parasitisme et de la criminalité. Au cœur de la crise est une forte baisse de l'investissement productif. Avril dernier, le Fonds monétaire international a admis qu'il n'y avait pas de perspective pour un retour à des taux de croissance «normaux», tels que ceux qui sont antérieurs à l'effondrement financier de 2008. Il a attribué cela avant tout à une baisse marquée de l'investissement productif dans les économies avancées d'Europe et d'Amérique du Nord.

Les grandes sociétés américaines sont assises sur une montagne de liquidités de 1400 milliards de dollars. Mais les investissements d'infrastructure dans le premier trimestre aux États-Unis ont diminué de 2,8 pour cent. L'élite patronale et financière est en train d'affamer l'économie de l'investissement productif, et à la place est en train de se livrer à des manipulations financières et escroqueries qui augmentent sa richesse personnelle au détriment de la société. Le résultat est un chômage de masse, la baisse des salaires et la pauvreté croissante et la misère sociale pour la classe ouvrière.

Fusions et acquisitions, qui génèrent des milliards pour les banques et les grands investisseurs tout en détruisant des emplois, sont à des niveaux records, non seulement aux États-Unis, mais à l'échelle internationale. C'est la même chose pour les rachats d'actions, dans lesquels les bénéfices des entreprises ne sont pas utilisés pour accroître la production ou mener des recherches et du développement, mais pour acheter les propres actions de la société pour faire grimper leur prix et augmenter les primes des dirigeants et les revenus des investisseurs.

Depuis 2004, les entreprises américaines ont dépensé près de 7000 milliards de dollars pour acheter leurs propres actions. Selon le professeur William Lazonick de l'Université du Massachusetts, cela représente environ 54 pour cent de tous les bénéfices réalisés par les 500 sociétés de l'indice de Standard & Poor entre 2003 et 2012.

Pour lire l'article entier, faire http://www.wsws.org/fr/articles/2015/aou2015/japo-a19.shtml







20/08/2015
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire