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Plan de relance français, une occasion (européenne) manquée

On aurait pu penser que la France, dynamisée par le rôle d'entraînement qu'elle peut encore jouer pendant 3 semaines à la présidence du Conseil Européen, aurait par son propre plan de relance donné un exemple que les autres Etats auraient été pratiquement obligés de suivre. Ce ne fut pas le cas.

Nous n'avons hélas rien à retirer à notre éditorial pessimiste du 26/11 (voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=182&r_id= ), qui constatait la timidité et les vices de conceptions fondamentaux du plan de relance prétendument  européen annoncé à cette date. Celui-ci s'est révélé depuis être l'addition de quelques plans nationaux (certains Etats ne feront rien) visant des objectifs contradictoires : les uns préférant soutenir l'investissement, comme la France et les autres la consommation, comme le Royaume Uni.  

On aurait pu penser que la France, dynamisée par le rôle d'entraînement qu'elle peut encore jouer pendant 3 semaines à la présidence du Conseil Européen, aurait par son propre plan de relance donné un exemple que les autres Etats auraient été pratiquement obligés de suivre. Elle aurait du, autrement dit, jeter les bases des investissements industriels et de recherche qui seront indispensables à l'Europe dans les années suivantes, à un moment où la crise mondiale, loin de s'apaiser, continuera de s'étendre.

Le plan de relance français a cela de bon qu'il marque (au moins dans les mots) une nette préférence pour les investissements plutôt que pour l'aide à la consommation. Mais les mesures en ce sens sont à la fois très faibles et dispersées. En ce qui concerne les investissements d'infrastructure, par exemple, les quelques milliards promis viseront non le lancement d'opérations nouvelles mais l'accélération d'opérations en cours (y compris dans le domaine routier, qui n'a rien de prioritaire, sauf qu'il fait plaisir à quelques grands du BTP). Certes, le délai de réponse concernant l'emploi est en ce cas plus court, mais lorsqu'il faudra rembourser ces aides, dans 2 ou 3 ans, les chantiers ralentiront à nouveau. Ne revenons pas par ailleurs sur l'effet psychologique contradictoire qu'aura la fameuse prime à la casse (voir notre actualité  du 3/12, http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=185&r_id=  ) .

Pour préciser notre propos et pour rester dans le domaine de l'automobile,  un gouvernement  résolument volontariste, comme l'avaient été avec les succès (mais oui, mais oui...) que l'on sait ceux de la France dans les années soixante et soixante dix, aurait décidé de lancer un grand projet de véhicules électriques visant à développer moteurs, cellules et stations services sur le territoire. Il aurait été ouvert préférentiellement à tous les industriels européens – sans exclure évidemment à terme, sous réserve de réciprocité,  des coopérations avec les industriels non-européens. Il aurait été confié à une Agence susceptible de se transformer en une entreprise sur le modèle de Airbus, mais avec une participation publique plus importante.  Les fonds publics prêtés auraient été conçus pour être remboursés non en 3 ans mais en 15 ans.

Bien évidemment, dès le départ, les autres gouvernements européens intéressés par le projet auraient été invités à s'y joindre – non pour le stériliser mais pour accélérer son démarrage. En d'autres termes, on aurait fait (horresco referens) un plan Voiture électrique analogue au plan Calcul français de 1967-70. Rappelons que si celui-ci a échoué alors qu'il était en train de réussir, y compris au plan européen, c'est parce qu'il fut trahi par un président de la République dont les amitiés industrielles visaient à utiliser l'argent de l'Etat à d'autres choses jugées plus profitables.

Il n'aurait pas fallu se limiter à l'automobile dans le schéma industriel résumé ci-dessus. Nous avons ici indiqué plusieurs fois les autres objectifs à poursuivre, notamment en matière d'énergies et d'industries dites vertes, comme en matière de recherches fondamentales et de grands programmes, spatiaux et navals. Aussi  pour donner de la cohérence à tout cela, le gouvernement français aurait du décider de mettre en place un nouveau Commissariat au Plan sur le modèle – renforcé et rajeuni – de celui créé par la 4e République et repris par le Général de Gaulle. Là encore, les Etats européens auraient été invités à y participer.  La France aurait fait pendant quelques semaines l'unanimité contre elle, mais très vite elle aurait été suivie par tous les autres Etats et par les institutions européennes.

Nos lecteurs penseront  que tout ce qui précède relève de conceptions à la fois dépassées et irréalistes. Nous prétendons au contraire qu'elles sont les seules réalistes et les seules capables de faire de l'Europe un ensemble convergent et souverain  d'acteurs publics et privés capables non seulement de lutter contre la Grande Crise, la crise polysystémique qui se prépare, mais de proposer des formes de civilisations pour le 21e siècle tout entier. Cependant, pour que la France puisse jouer le rôle indiqué, elle aurait besoin de chefs, tant dans la majorité que dans l'opposition, qui soient d'un autre gabarit que les actuels.

NB: On ne confondra pas le plan de relance avec le fonds souverain dit "à la française" confié à la Caisse des Dépôts. Il s'agit malheureusement de quelque chose d'autre. Nous y reviendrons. Le bon sens aurait commandé de mixer les deux démarches, mais il aurait fallu pour ce faire des capacités de gestion à long terme qui manquent aujourd'hui dans l'administration française. Bonne chance en attendant à Patrick Devedjian, sacré par l'Elysée ce jour ministre de la Relance.



 
05/12/2008
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