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Dévaluation du yuan, mesure défensive ou offensive?

La Chine avait, bien involontairement sans doute, surpris le monde économique par une chute sans précédents des cours à la Bourse de Shanghai. On pouvait fort légitimement imputer cette chute à des difficultés en profondeur rencontrées dorénavant par l'économie encore largement administrée de la Chine Voir notre article Le crash boursier chinois et la relance du projet américain de Trans-Pacific Partnership (TPP) Difficultés chinoises 08/07/2015 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1825&r_id=
Faut-il considérer les dévaluations successives du yuan comme une réaction des autorités face à ces difficultés?  En effet, pour le troisième jour consécutif, le 13 août, la Chine a abaissé de plus de 1 % le taux de référence du yuan face au dollar, accentuant de facto la dévaluation de sa monnaie. Il s'agit au total de la plus importante dépréciation de la monnaie chinoise depuis 2005 et la mise en place par Pékin du système de changes actuel. Dans les années précédant l'instauration de la monnaie unique en Europe, on aurait parlé d'une dévaluation compétitive, autre terme pour désigner ce que l'on peut moins pudiquement nommer une guerre des monnaies.

La dévaluation décourage les importations et favorise les exportations. Elle peut donc avoir un effet de relance sur une économie en ralentissement. Rappelons que cette démarche est désormais exclue en Europe, bien que certains pays en mal de croissance pourraient la souhaiter. C'est en effet la Banque centrale européenne et le conseil des ministres qui fixent le cours de l'euro, en obéissant très largement aux impératifs de la politique économique allemande.

Rappelons que, au contraire de la zone euro, qui laisse le niveau des changes s'établir librement, la Chine établit administrativement chaque matin un cours pivot autour duquel sa monnaie ne pourra pas varier de plus de 2 %, à la hausse ou à la baisse. Pour établir ce cours avant chaque séance, l'autorité des changes doit consulter les grands acteurs du marché et suivre l'évolution des principales devises.

La dévaluation du yuan a surpris les places boursières mondiales et les marchés des matières premières, qui ont enregistré des baisses significatives. On a pu y voir le ralentissement d'un pays, la Chine, considérée comme le principal moteur de l'économie mondiale. De plus, les pays exportateurs vers la Chine, comme la France dans le domaine de l'automobile et de certaines technologies, voient nécessairement leurs débouchés se réduire du fait de l'augmentation correspondante de leurs prix de vente pour les acheteurs chinois. A l'inverse, l' « invasion » des produits chinois, dont ils se plaignent chroniquement, se trouvera relancée. Par ailleurs, la baisse relative du coût des salaires chinois résultant de la dévaluation pourraient encourager des entreprises occidentales s'étant délocalisées dans des pays voisins (Inde, Asie du sud-est) à revenir en Chine. Mais ce dernier effet ne pourrait qu'être marginal, vu la nécessaire rigidité des processus d'investissement industriel.

Tout ceci pourrait être considéré par les autorités chinoises comme des conséquences positives de la dévaluation du yuan. Si le taux de croissance descend en dessous de 8%, le système est en danger car il ne peut plus absorber les nouveaux diplômés et les migrants. Des troubles sociaux et politiques sont alors à craindre. Mais il faut bien voir les contreparties que la dévaluation devrait avoir en Chine même; augmentation des prix des produits qu'avec la croissance et les exigences des consommateurs la Chine importe de plus en plus, gonflement du poids des dettes en dollars des entreprises chinoises, encouragement des fuites de capitaux hors de Chine, désireux notamment de profiter d'un dollar plus accessible.

Marche vers la dédollarisation

On peut se demander si, finalement la dévaluation du yuan n'obéit pas à des objectifs géostratégiques à plus long terme. Nous avons plusieurs fois ici rappelé que la Chine, au sein des Brics, et sans doute en accord avec la Russie, a entrepris de grandes manoeuvres visant à faire du yuan, ou d'un mix yuan-rouble, une nouvelle monnaie d'échange internationale visant à se substituer au dollar, au moins dans les échanges internes au Brics. Il s'agit de l'entreprise dite de dédollarisation ou aussi désaméricanisation du monde. Le processus par lequel un yuan plus compétitif que le dollar pourra être utilisé en dehors des frontières de la Chine continentale par les non résidents vise en effet à contrebalancer la domination du dollar dans le système monétaire international.

Certes, les arbitrages entre monnaies sur le marché mondial des changes ne se règlent pas par des décisions unilatérales des banques centrales. Mais des décisions judicieuses de celles-ci peuvent aider à des évolutions favorables politiquement aux pays qui les prennent. Il faudra suivre en conséquence les choix des investisseurs et des spéculateurs pour juger de l'opportunité de la dévaluation du yuan, éventuellement d'une dévaluation future plus importante. Un euro de plus en plus cher, en tous cas, ne pourra que défavoriser davantage l'Europe dans cette guerre des changes.

13/08/2015
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