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Une alliance de « Fronts de libération » européens

Le parlementaire italien Stefano Fassina du parti démocrate, ancien vice-ministre des finances du gouvernement Letta qui a précédé l'actuel gouvernement Renzi, a lancé sur le site de Yanis Varoufakis un appel qui a retenu l'attention. Il envisage une rébellion des Etats européens, ou de certains d'entre eux, pour sortir de l'euro, et même de l'Union européenne, présentés comme un carcan pour les démocraties.

 Mais cela ne pourrait se faire, explique-t-il, sans un changement politique majeur. Il faudrait que se constitue dans les pays concernés, une alliance de fronts de libération européenne, rassemblant des coalition de souverainistes de droite et de mouvements sociaux de gauche et d'extrême gauche. 27 juillet 2015

Stefano Fassina est généralement classé au centre gauche. Mais avec le Parti Démocrate italien, il a connu des rassemblements de la droite chrétienne et de militants communistes. Sans doute s'inspire-t-il de cette expérience dans sa déclaration. Mais pourquoi envisage-t-il une formule aussi contraire aux moeurs politiques régnant généralement en Europe. Les souverainistes, souvent associés avec des militants d'extrême droite, y sont jugés radicalement incompatible avec les socialistes et, à plus forte raison, avec les partis d'extrème-gauche. Imaginerait-on en France un Front associant Marine Le Pen du Front National et Jean-Luc Mélenchon de Front de Gauche ?

Il faut bien se rendre compte en effet qu'aucun gouvernement, qu'il soit social-démocrate, centriste ou de la droite traditionnelle, comme la CDU en Allemagne, n'envisagera de rompre le consensus régnant dans les classes dirigeantes concernant l'incontournabilité de l'euro et de l'Union. Les sacrifices imposés pour respecter les critères dits de Maastricht, la « rigueur » dont chacun en son for intérieur déplore cependant les excès, sont considérés comme le prix à payer pour assurer la survie de la construction européenne. L'exemple de la Grèce, dont le gouvernement de gauche Syrisa a du finalement se résoudre à accepter les exigences de la Troïka, a convaincu chacun qu'aucun autre choix n'était possible.

Restent cependant des minorités de plus en plus fortes qui refusent dorénavant l'Union sous sa forme actuelle. C'est généralement le cas non seulement au Royaume uni mais dans divers « petits  pays ». Dans certains d'entre eux, les gouvernements envisagent dorénavant des référendums appelant à se prononcer sur le fait de rester ou non dans l'euro ou dans l'Union. Il est évident cependant que si ce n'était qu'une conjonction hétéroclite d'oppositions qui l'emportait, on ne voit pas très bien quelles politiques pourraient appliquer les gouvernements issus de ces élections.

Un très grand projet



Il faudrait en fait, pense à juste titre Stefano Massima, qu'un très grand projet quasi révolutionnaire permette à ces oppositions d'extrême droite et d'extrême gauche de dépasser leurs différences. Il emploie le terme de « Fronts de libération » qui rappellent inévitablement les fronts rassemblant des combattants de toutes provenance – ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas – s'étant constitués pour libérer l'Europe de l'occupation allemande sous la seconde guerre mondiale.

Mais retourner simplement à une Europe des nations en compétition sinon en guerre les uns entre les autres, multipliant les dévaluations compétitives, fuyant leurs monnaies et n'échappant pas pour autant à la domination allemande, ne pourrait en aucun cas constituer une libération. Il faudrait donc définir impérativement, et en commun, de quelle libération il devrait s'agir, libération suffisamment motivante pour rassembler partout, en reprenant l'exemple français, des sympathisants du Front national et de la gauche de la gauche, suffisamment nombreux pour constituer une majorité de gouvernement qui se substituerait à celle aujourd'hui au pouvoir.

Il se trouvera sans doute un certain nombre de points sur lesquels l'accord pourrait se faire: promouvoir des investissements dans de grands programmes industriels et scientifiques, engager sérieusement la lutte contre le changement climatique, refuser pour ce faire la tyrannie des équilibres budgétaires à tous prix. Certains ajouteront, comme sans doute le pense Yanis Varoufakis, échapper à l'Europe allemand que selon lui préparerait Berlin à l'initiative de son actuel gouvernement, particulièrement décidé à « détruire » la France.

Mais de tels projets, notamment ceux concernant les investissements d'avenir, supposeraient inévitablement, peut-être pas le retour à une Union européenne sur le modèle de l'actuelle, mais à un regroupement d'Etats et aussi de citoyens décidés à se rassembler en une force dépassant leurs oppositions d'intérêts. Que pourraient être les structures politiques correspondantes ? Les méthodes de travail en commun par l'intermédiaire des réseaux numériques, offriraient-elles des solutions originales?

Et quelles alliances internationales les Fronts de libération se proposeraient-ils d'encourager? Certainement pas un retour sous la domination américaine qui ne serait en rien une libération. Pensons plus tôt à des alliances renouvelées avec la Russie, la Chine et d'autres pays du Brics. Là encore, l'exemple français pourrait donner des pistes. Nul n'ignore en effet que seuls actuellement proposent de reprendre des relations amicales avec la Russie une conjonction de personnalités du FN, de la droite du parti Les Républicains et du Front de Gauche.

Ceci dit, les esprits constructifs ne manqueront pas de proposer d'autres objectifs encore plus ambitieux, aux Fronts de libération auxquels pensait Stefano Massima. Il faudrait laisser parler les imaginations, afin de réfléchir à ce que pourrait être l'Europe du 21e siècle, à une époque qui conjuguera les révolutions scientifiques les plus inattendues et les grandes catastrophes environnementales et civilisationelles. Nous y reviendrons peut-être pour notre part dans un prochain article.





07/08/2015
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