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La Turquie en marche vers la dictature - avec la bénédiction américaine

Le processus de paix entre la Turquie et le PKK (Kurdistan Workers' Party) avait été signé début 2013 après 4 décennies de conflits ayant provoqué la mort de 40.000 personnes. Le président Recep Tayyip Erdogan vient de le déclarer mort.
De plus et autrement plus grave, il a déclaré son intention de poursuivre en justice, après avoir levé leur immunité parlementaire (!!) le pro-kurde Peoples Democracy Party (HDP) et son chef, Selahattin Demirel (photo), moins de 2 mois après des élections ayant permis au HDO d'obtenir 80 sièges au Parlement, privant l'AKP et Erdogan de la majorité absolu. Peu importe à celui-ci que le HDP ait obtenu 6 millions de voix dans des conditions tout à fait légales. Dans n'importe quelle autre démocratie parlementaire, la politique d'Erdogan serait qualifiée de marche vers la dictature.

Erdogan en fait persiste avec obstination dans le refus de conclure un modus vivendi avec ce qui pourrait être un grand Kurdistan allié d'Ankara. On sait que c'était là le voeu avoué du leader kurde Abdullah Ocalan, toujours détenu en Turquie dans des conditions indignes.

Le prétexte présenté par Erdogan est que des activistes du PKK avaient tué 5 gendarmes turcs, en représailles de l'assassinat de 32 étudiants affiliés au PKK, dans un attentat à la bombe qui fut non sans raisons sérieuses imputé au régime. La semaine dernière, l'aviation turque, en représailles, a commencé à bombarder des bases du PKK en Turquie du sud-est et en Iraq du nord. Des conflits frontaliers avec les Kurdistans irakien et syrien sont inévitables dorénavant. Nul ne s'illusionne. La politique d'Erdogan consisté à généraliser des affrontements lui permettant, dans de prochaines élections, de bénéficier de l'appui des mouvements turcs les plus extrémistes.

Nous nous sommes nous mêmes étonnés ici, comme de très nombreux observateurs, de la passivité des Etats-Unis à l'égard de leur allié turc. Certes, Erdogan avait concédé à Washington l'usage d'une base permettant à l'aviation américano-saoudienne de mieux frapper les positions de l'IS (daesh). Mais cela suffirait-il pour faire de la Turquie une alliée inconditionnelle de Washington? Certainement pas. La prétendue lutte contre l'EI ne paraît pas être une vraie priorité. La priorité est de conforter les positions américaines au Proche-Orient (y compris face à l'influence iranienne), de lutter contre Bashar al Assad considéré comme un allié de la Russie et en arrière plan contre la Russie elle-même.

En dehors du Moyen-Orient, autrement dit dans la vaste zone géographique s'étendant des frontières de la Russie et incluant l'Europe elle-même, l'autre priorité de Washington est de restaurer son image et son influence auprès d' « alliés » de moins en moins convaincus de la pertinence des choix d'Obama et du Département d'Etat. Pour cela, la Turquie constitue une intermédiaire idéale, par sa position géographique, sa croissance économique récente et sa posture affichée d' « islamiste modérée ».

Une raison supplémentaire qu'auront les Etats-Unis d'afficher des liens forts avec un régime turc fut-il devenu dictatorial est l'espoir qu'avec un tel régime, la Russie pourrait moins facilement poursuivre sa politique de collaboration. Une première étape importante de celle-ci sera de faire déboucher en Turquie le gazoduc dit Turkishstream dont nous avons souvent entretenu nos lecteurs. Certes Vladimir Poutine ne s'embarrasse pas systématiquement de précautions quand il s'agit de négocier avec des régimes autoritaires. Cependant, pousser une Turquie dictatoriale et soutenue par l'Amérique à devenir un nouveau membre du Brics, pourrait n'être pas facile à faire admettre, tant en Russie même qu'en Chine et ailleurs.

03/08/2015
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