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Quelle priorité pour Erdogan, combattre Daesh ou les Kurdes?

Il est évident, au vu des évènements de ces derniers jours, que sous couvert de frappes aériennes minimales contre Daesh en Syrie et en Irak, ce sont les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, qui sont dorénavant l'objet des principales attaques.
.Les chasseurs-bombardiers F-16 turcs ont décollé le dimanche 26 au soir de leur base de Diyarbakir (sud-est) pour une nouvelle vague de frappes contre les bases arrière du PKK sur les monts Kandil dans le nord de l'Irak.

Une première série de raids, dans la nuit de vendredi à samedi, avait rompu le cessez-le-feu unilatéralement proclamé par le PKK. Ainsi est mis un terme au processus de paix engagé il y a près de trois ans pour mettre un terme à un conflit qui a fait près de 40.000 morts depuis 1984.

Dès samedi, le PKK avait proclamé la fin de la trêve. « Les conditions du maintien du cessez-le-feu ont été rompues (...) face à ces agressions, nous avons le droit de nous défendre », a indiqué le PKK sur son site internet.

Par ailleurs, dimanche, des tirs d'artillerie turcs ont atteint la ville kurde de Kobané, qui s'était il y a quelques semaines illustrée dans une défense héroïque contre les brigades islamistes. Ceci en dit long sur la volonté turque de contrer toute intention kurde de construire un grand Kurdistan, incluant la province kurde de la Turquie. Ce Kurdistan serait pourtant un élément de stabilité dans un Moyen-Orient ravagé par les guerres. Il pourrait parfaitement semble-t-il s'intégrer pacifiquement dans les projets turcs de développement et de croissance.

Dans l'immédiat, l'interruption du cessez-le-feu provoquera nécessairement une reprise des attentats des deux bords menés au prétexte de représailles. Il n'échappe à personne qu'en reprenant une politique déterminée d'hostilité aux Kurdes, comme en arrière-plan à la Syrie de Bashar al Assad, Erdogan vise à reprendre du poids politique deux mois après que son Parti de la justice et du développement (AKP) ait perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans au Parlement. A Istanbul même se déroulent actuellement des affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants qui dénonçaient la mort vendredi d'une militante d'extrême gauche pendant une opération de police.

Dimanche, la police turque a poursuivi ses arrestations de militants présumés du PKK, du groupe EI et de l'extrême gauche. Selon un bilan fourni par le gouvernement, plus de 800 personnes ont été arrêtées depuis vendredi. Il y a fort à parier que les militants de l'EI ne constituent pas la majorité de ces arrestations. Tout ceci ne suscite aucune intervention sérieuse des Etats-Unis ou des autres membres de l'Otan, dont la Turquie fait partie. La lutte contre le PKK est manifestement considérée comme destinée à affaiblir Bashar al Assad, et derrière lui l'influence de la Russie dans la région. La diplomatie française, à son habitude, fait autant que l'on sache profil bas.

PS. Rappelons cependant, pour offrir un autre point de vue sur la Turquie, que le pays s'est engagé dans ce qui semble devoir être une coopération de longue durée avec la Russie et la Chine. Elle représente, comme nous l'avons précédemment indiqué, une porte ouverte vers l'Europe et la Méditerranée, qui lui permettra de jouer un rôle de « terminal intelligent » pour le projet de gazoduc Turkishstream. Il en sera de même lorsque les grands projets chinois de Nouvelle route de la soie se concrétiseront. Plus immédiatement, la Turquie est en négociation avec la Chine pour la livraison d'un système anti-missile chinois qui avait emporté un récent appel d'offres. Mais les pressions américaines feront sans doute avorter ce contrat. Sur l'état à ce jour des relations Ankara-Pékin, voir SputnikNews http://fr.sputniknews.com/international/20150727/1017249980.html



27/07/2015
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