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Regards sur le mois de novembre 2008

Devrons nous commencer ce rapide commentaire des évènements politiques survenus durant ce mois de novembre en renouvelant la constatation faite en octobre et septembre, selon laquelle l'histoire semblait en train de s'accélérer? Oui et non.

Septembre avait été marqué par le retour « historique » de la Russie sur la scène internationale, octobre par l'effondrement, au moins temporaire, du capitalisme libéral et par un début de retour, lui aussi historique, de diverses formes de  néo-keynésianisme ou néocolbertisme en matière de finance et d'économie. Ce dernier retour avait donné à la France, servie par sa présidence du conseil de l'Union, l'occasion de faire acte de volontarisme. Le président Sarkozy, dont on pouvait craindre à son arrivée au pouvoir qu'il ne s'illustre comme  le premier des atlantistes, a su saisir cette occasion pour se présenter comme le premier des interventionnistes. L'homme, s'il n'a pas de convictions bien affichées, est du moins opportuniste. Il l'est, il faut le reconnaître, autrement brillamment que ne l'est son collègue Berlusconi, auquel certains le comparent. Il est vrai qu'il est conseillé par une solide administration, diplomatique et économique, ayant conservé quelques unes des traditions de la grande époque. La plupart des Etats européens, excepté  sous des formes différentes,  l'Allemagne et le « British Umpire »,  ne disposent pas de cet atout.  

Ceci dit, en quoi le mois de novembre qui s'achève nous permettrait-il de penser que l'histoire continue de s'accélérer ?  Ceux pour qui les Etats-Unis représentent l'orient et l'occident de la civilisation humaine s'indigneront d'entendre poser cette question. Le 4 novembre, jour de l'élection de Barack Obama à la présidence, n'a-t-il pas marqué le début d'un bouleversement complet de la vie politique, tant aux Etats-Unis que concernant « The rest of the world ».  Comme Barack Obama prétendait tout pouvoir faire (yes, we can...), n'allait-il pas  réorienter la politique extérieure et de défense des Etats-Unis, relancer une politique sociale et des infrastructures internes en déshérence, calmer la panique des marchés financiers, donner aux Noirs et autres minorités un plus grand espoir d'intégration et, finalement, restaurer le leadership américain sur le monde et sur  une Europe qui en ont  bien besoin.

Le miracle Obama n'aura sans doute pas lieu

Ne nous prononçons pas sur la question de l'intégration des Noirs, qui est purement américaine et qui, contrairement à ce qu'avaient  espéré les « jeunes des banlieues »  européennes, ne sera pas un article d'exportation. N'allons pas non plus jusqu'à prétendre que Barack Obama et G.W. Bush se comporteront exactement de la même façon. L'arrivée prochaine d'Obama au pouvoir devrait rajeunir  l'image de l'Amérique et provoquer un certain nombre d'évolutions politiques favorables, notamment en l'engageant davantage dans la protection de l'environnement.  

Mais sur le reste ? Il serait bien osé de dire aujourd'hui que l'effet Obama a bien eu lieu. Rien d'étonnant dira-t-on, puisque le président-élu  n'exercera de pouvoir effectif qu'au printemps prochain. Tout se passe cependant comme si les dés étaient déjà joués, et que nous n'ayons plus aucune surprise intéressante à attendre de la nouvelle administration.

C'est que la marge de manœuvre est étroite.  L 'Amérique est plombée, comme vient de le rappeler le professeur russe Igor Panarin 1) par un immense déficit extérieur. Ce déficit continuera inexorablement à se creuser, principalement sous l'effet des dépenses militaires. Barack Obama, malgré ses affirmations, ne pourra pas se désengager rapidement en Irak. Dans le même temps, il affiche l'intention de s'impliquer davantage en Afghanistan, voire au Pakistan. Par ailleurs le complexe  militaro-politico-industriel (MICC), Pentagone en tête,  n'acceptera aucune réduction des  programmes d'armements. Or, la crise internationale s'approfondissant, on peut craindre que ceux qui dans le monde achètent des dollars pour soutenir le Trésor américain ne consacrent dorénavant leurs économies à satisfaire leurs propres besoins.  Barack Obama ne pourra donc pas compter sur eux pour lui prêter  le trillion annuel  dont il aurait besoin pour tenir ses promesses en matière sociale et pour la relance de grands équipements. On voit mal cependant qu'il puisse faire appel à l'impôt pour ce faire. Les grandes fortunes américaines ne le laisseraient pas agir.

Ainsi, même si la crise mondiale n'empirait  pas – ce à quoi aujourd'hui  personne ne semble croire, car les causes d'aggravation systémiques sont nombreuses, notamment celles liées aux conséquences des dérèglements climatiques – on ne voit pas bien comment les Etats-Unis pourraient rapidement sortir de l'impasse dans laquelle les ont mis des  décennies de pilotage par le MICC. Les pronostics des experts les plus modérés sont sombres à cet égard. Ils prévoient au mieux un relatif effacement de l'Amérique devant la Chine, au pire un éclatement des Etats-Unis en plusieurs grandes régions en rébellion contre Washington  sinon en guerre civile les unes avec les autres 2)  

Jour après jour, les espoirs mis par les libéraux en un changement des équipes gouvernementales impulsé par Barack Obama s'effacent, au fur et à mesure que sont connues les membres pressentis des futures équipes gouvernementales. Le prétendu « Dream Team » dont le Président s'entourera, qui sont en réalité deux, l'équipe diplomatico militaire et l'équipe économique, ne laisse pas  prévoir le recrutement de personnalités aux idées vraiment neuves. Il s'agit pour beaucoup de vieux briscards du clintonnisme et des milieux  néoconservateurs. Ils sont certes expérimentés, mais on ne les voit pas désireux  d'impulser des changements radicaux. Ceux qui croient encore en la capacité d'Obama de renouveler le système et donc d'imposer ses vues (lesquelles ? ) à ses équipes laissent de plus en plus place à ceux qui voient en elles les mentors du futur Obama.

Prenons l'exemple du domaine diplomatico-militaire. Certains avaient pensé que chez ceux dont on évoque aujourd'hui les noms pour faire partie de cette équipe essentielle, Robert Gates, futur et ex-secrétaire à la défense, ainsi que James Joyce au National Security Council, pourraient contrebalancer l'action présumée très conservatrice de Hillary Clinton en recherchant l'apaisement avec l'Iran, en ralentissant l'engagement en Afghanistan et en imposant un règlement rapide de la question palestinienne. Mais rien aujourd'hui ne permet de penser qu'il se sera bien ainsi. Le MICC continue à pousser dans le sens contraire et le duo Gates/Joyce se révélera peut-être au contraire partisan de positions dures, telles qu'une attaque préventive contre l'Iran.

De son côté, l'équipe économique, dite de crise, présentée par Obama lors de sa dernière conférence de presse parait constituée des mêmes responsables qui avaient orchestré précédemment la marche à la crise et les remèdes sans grands effets censés y porter remède. Il s'agit de Timothy Geithner, encore vice président de la Fed, comme secrétaire au Trésor et de Lawrence Summers, ancien président de Harvard, comme chef du National Economic Council. Geithner vient  d'orchestrer un nouveau et coûteux sauvetage, celui de City Group. Quant aux projets d'Obama, ils se résument pour le moment au lancement d'un plan de création de 2,5 millions d'emplois sur 2 ans, financés ...par le déficit budgétaire, c'est-à-dire par des prêteurs extérieurs.

On ne perçoit donc pas de voies pour sortir de la crise dans tout cela. Mais quoi que fasse en tous cas la future administration américaine,  les Européens peuvent être certains d'une chose, elle ne fera aucun cadeau à l'Europe. Si dans la meilleure des hypothèses, l'Amérique surmontait  la crise au bout de quelques années de reconversion, elle le ferait selon la vieille recette dont elle a le secret. Elle investira ses dernières économies dans les sciences et les technologies émergentes, en faveur  notamment des énergies renouvelables, du spatial et des produits de l'intelligence artificielle avancée. L'Europe qui n'aura rien fait pour prendre sa part de ces nouveaux développements, verra les trains partir, trains américains, trains chinois, trains indiens voire russes. Mais elle, elle restera sur le quai.

Le réveil européen se produira-t-il

Qu'en sera-t-il, dans les prochains jours, du réveil européen que nous avions cru pouvoir pressentir le mois dernier et au début de novembre. Il est incontestable qu'un succès important, sinon spectaculaire, avait été obtenu par l'action conjuguée de Gordon Brown et de Nicolas Sarkozy.  Ils ont obtenu une première réunion d'un G20+, associant les grands du G8 et les principaux pays émergents dont la Chine, l'Inde et le Brésil.  Sans la pression des Européens, G.W. Bush n'aurait jamais accepté de voir se tenir une telle réunion. Nous renvoyons nos lecteurs aux chroniques consacrées à ces divers évènements. Disons ici que la réalité de la crise financière y a été officiellement reconnue, comme la nécessité de lutter contre l'opacité des processus générant des spéculations aggravant les tensions économiques existant par ailleurs.

De bonnes résolutions ont été prises, notamment concernant un début de transparence demandé aux banques et aux gouvernements qui tolèrent voire encouragent les paradis fiscaux et réglementaires. Des décisions suivront-elles? Nous restons sceptiques. Il faudra que la crise empire  vraiment pour que le prochain G2O qui devrait se tenir au printemps entérine des mesures effectives. Le mal est vraiment dans le fruit, y compris au cœur de l'Europe, Suisse comprise.  Ironiquement en effet, dans le même  temps que ces bonnes résolutions étaient approuvées, la si respectable banque suisse USB était poursuivie devant une Cour américaine pour avoir abrité les comptes de centaines d'affairistes américains cherchant à échapper aux impôts fédéraux.  

Au delà de la lutte contre la crise financière, les Etats européens, malgré les pressions faites par la France, n'ont pu s'entendre sur une action concertée destinée à lutter contre la récession qui s'installe et les dizaines de milliers de suppressions d'emplois qui en résultent. La Commission a été autorisée cette semaine à annoncer un plan de relance de 150 à 200 millions, mais ce plan résultera de l'addition de paquets nationaux, dont 30 milliards environ pour la France. En découleront  des bouquets de mesures sans doute utiles à court terme, mais incapables de donner aux économies européennes les bases solides qui leur manquent pour affronter l'aggravation de la crise. Ces bases ne pourraient résulter que d'investissements sur 10 à 15 ans, financés par la création de monnaie en attendant qu'ils produisent des retours dans quelques années, et portant sur la recherche, le développement de nouvelles technologies et la création de filières industrielles d'avenir.

Malheureusement, la culture économique, industrielle et scientifique des gouvernements européens est si inexistante, y compris en France, qu'aucun d'entre eux ne s'est montré encore capable de dynamiser les opinions en proposant de telles actions. Nous avons pour notre part, à la demande de certains lecteurs, présenté sur le site Europe-solidaire un petit Manifeste anti-crise résumant les principales mesures qui selon nous seront nécessaires, inexorablement, dès les prochains mois 3).

***
Finalement, durant ce mois de novembre, ce fut le duo Brown-Sarkozy qui a le mieux incarné un début de volonté européenne. Pour des raisons compliquées, l'Allemagne d'Angela Merkel s'est repliée sur elle-même, comme si elle croyait pouvoir résoudre seule ses difficultés.  La baisse prévisible de ses exportations n'y contribuera pourtant pas .

Le duo Brown-Sarkozy a joué également un rôle important dans un début de normalisation des relations avec la Russie. Ce pays n'est qu'au début, lui-aussi, de difficultés nouvelles  provoquées par la récession mondiale, diminuant la profitabilité de ses exportations de pétrole. En bonne logique, il aurait tout intérêt, comme l'Europe, à concrétiser rapidement les perspectives de coopération stratégique renforcée étudiées par les experts européens. La place de la Russie, qu'on le veuille ou non, sera dans l'avenir au sein d'un ensemble paneuropéen conjuguant les points forts de la Russie et de l'Europe. Disons que les tout premiers pas d'un tel ensemble ont paru s'esquisser pendant ce mois de novembre. Mais l'essentiel, là encore, reste à faire.

Attentats à Bombay


Il est trop tôt pour commenter en détail les causes et les conséquences des attentats terroristes meurtriers qui sont survenus à Bombay durant la dernière semaine de septembre. Ils ont révélé, semble-t-il, moins la main du Pakistan que la présence d'une énorme minorité musulmane en Inde (plus de 130 millions), que les Occidentaux ont tendance à oublier. Des extrémismes islamiques s'y développeront nécessairement de plus en plus. Une part de responsabilité en incombera aux fondamentalistes hindouistes qui ne cessent de les provoquer, sans attirer de réprobation de l'Occident. On semble oublier ici que des milliards d'hommes sont encore prêts à s'entretuer, non seulement  pour des raisons économiques mais pour des raisons religieuses liées à des oppositions nationalistes. Ces populations réagissent selon des modes très primitifs hérités des chasseurs-cueilleurs de la fin du paléolithique. Malheureusement, elles ont accès à des armements modernes, comprenant la bombe atomique.

C'est le moment qu'à choisi le président de la République française et le président du conseil européen, j'ai nommé Nicolas Sarkozy, pour des motifs religieux dont il s'est fait le seul juge, d'affronter une brouille avec la Chine impliquant l'Union européenne toute entière. Ceci quand l'Europe, l'Inde et la Chine auraient intérêt à se protéger ensemble contre des violences  qui les menacent identiquement.   

NB : Cette chronique est plus particulièrement dédiée à l'analyse de la place de l'Europe dans le monde. Nous ne dirons donc rien du duel au sommet qui a opposé les deux dames censées incarner les espoirs de rénovation du Parti socialiste français. Observons pourtant que, hors les propositions écrites figurant dans les 6 grandes motions présentées au vote des militants, aucun des problèmes relatés par nous dans le bilan de ces trois derniers mois n'a paru beaucoup préoccuper les chefs, jeunes et moins jeunes, s'étant abondamment exprimés dans les médias lors de la « campagne interne ».

Notes
1)    voir DeDefensa http://www.dedefensa.org/article-_et_l_option_de_l_eclatement_26_11_2008.html
2)    voir sur ce site l'article de Philippe Grasset, citant lui-même les prévisions 2008  de la communauté du renseignement américain NIC 2008 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=179&r_id=
Le prévisionniste privé Gerard Celente,  du Trends Research Institute (voir http://www.energy-daily.com/reports/Commentary_Nostradamus_Redux_999.html) a encore assombri ces perspectives.
3) Relire (rappel) notre manifeste anti-crise  http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=163&r_id=
29/11/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 2
Sur " l'effet Obama "
29/11/2008 21:46:58 | Par : Joseph Leddet
Je pense néanmoins que l' "effet Obama" a une réalité, et aux Etats-Unis, et à l'extérieur; il aura de ce fait un pouvoir d'action accru.
Le point-clé sera de savoir s'il pourra sauver le système bancaire.

avenir athe ?
04/12/2008 17:10:56 | Par : lamda
y aura t il un jour une reel volonte politique de la part des athes, transhumanistes,hedonistes,philosophe materialiste etc ....tout ceux qui veulent en finir avec le primate qui est en nous?
(les lecteurs de cette revu sont sans doute de ceux la.)
qu attendons nous?

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