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Grâce à ses moyens militaires, la France peut encore tenir tête à l'Allemagne en Europe

Le propos surprendra. Mais de "grands récits " se dessinent actuellement dans le monde. L'Allemagne et la France y joueront inévitablement un rôle plus ou moins important, en fonction de leurs moyens

A la veille du défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées, il n'est pas inutile de le rappeler à ceux qui parleraient de dépenses inutiles à propos de celles consacrées à l'armée française. La France est le seul pays européen qui ait réussi, dans une tradition gaullienne malheureusement un peu affaiblie, à conserver une armée polyvalente pleinement opérationnelle ( à condition que la maintenance puisse en être assurée), sur terre, dans les airs et dans les mers, sans oublier évidemment la force de frappe nucléaire. Elle dispose aussi de « forces spéciales », comme on dit maintenant, fort respectables. Ces ressources peuvent être déployées, en fonction des exigences de la diplomatie française, dans un grand nombre de théâtres différents.

Par ailleurs, loin de faire comme les autres pays européens, concernant l'équipement de ce qu'ils ont conservé de forces, appel systématiquement aux matériels américains, la France peut se permettre d'utiliser du matériel principalement produit par une industrie militaire nationale très compétitive, non seulement pour répondre aux besoins français, mais sur les marchés d'exportation. Il s'agit d'ailleurs d'une industrie dite duale, autrement dit capable de servir des besoins civils autant que des besoins de défense. Les applications au domaine civil les plus spectaculaires concernent la politique spatiale française, elle aussi, comme en matière de défense, sans rivale en Europe.

Mais pourquoi aujourd'hui rappeler des considérations bien connues des experts en géostratégie? S'agit-il pour la France de pouvoir se défendre éventuellement contre les Etats-Unis. Certainement pas...sauf si... S'agirait-il de pouvoir répondre à une menace russe? Les Etats-Unis voudraient bien enrôler la France, au sein de l'Otan, pour si l'on peut dire faire peur à Vladimir Poutine au cas où lui viendrait l'idée d'envoyer ses chars vers Berlin et Paris. Heureusement, jusqu'à présent, la France a toujours refusé de jouer un rôle de supplétif à l'armée américaine, comme rêvent de le faire la Pologne et les Etats Baltes.

L'Allemagne

Mais alors, contre qui les forces armées françaises peuvent elles bien servir, en dehors dans l'immédiat de la lutte contre l'Emirat islamique là où il menace directement les intérêts de la France? La réponse pourra surprendre. Contre l'Allemagne. Certes, nous ne sommes pas revenus aux affrontements de l'entre-deux guerres, où il fallait – où il aurait fallu - contrer l'armée hitlérienne. Mais il faut être réaliste. Au sein de l'Union européenne, qui n'a pas supprimé les affrontements entre Etats-membres, contrairement aux illusions d'il y a quelques années, la France se trouve dorénavant directement en butte aux ambitions allemandes. La volonté de domination allemande ne s'exprime encore que sous la forme économique et diplomatique, mais elle pourrait devenir beaucoup plus systématique si l'Allemagne s'était dotée, durant ces vingt dernières années, de forces armées et d'industries de défense analogues à celles de la France.

Aujourd'hui, elle ne les a pas, et ceci ne peut se réparer en quelques mois. Si bien que les ambitions allemandes à dominer l'Europe, à la tête d'une coalition d'Etats du nord, ne peuvent pas encore prendre une forme politique. L'expression classique pour désigner l'Allemagne, un géant économique et un nain politique, demeure en partie vraie. L'on prétend qu'il a quelques jours, la chancelière Merkel, confrontée à François Hollande à propos de la Grèce, en aurait pleuré de rage. Mais elle n'est pas la seule à le regretter

" Soumettre " la France

Dans un article du Guardian daté du 11 juillet 2015 ,
http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/jul/10/germany-greek-pain-debt-relief-grexit  l'ex-ministre des finances grec Varoufakis observe que si l'Allemagne veut “ briser la Grèce”, c'est dans le cadre d'une stratégie à plus long terme, visant à mettre définitivement au pas la France. Ce serait le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, dont l'allure avenante séduit beaucoup de ses collègues européens au sein de l'eurogroupe, qui exprimerait au mieux aujourd'hui cette vaste ambition. Les timides efforts de la France pour aider la Grèce à rester dans la zone euro, contrairement à la décision récente de l'Allemagne visant à l'en chasser, expliqueraient selon Varoufakis cette hostilité de Wolfgang Schäuble et plus généralement de l'Allemagne dans son ensemble, Parlement compris, à l'égard de la France.

On pourrait penser que Varoufakis s'exprime dans le feu de la colère, ayant été systématiquement contré, et dans des termes peu diplomatiques, par Wolfgang Schäuble. Nous pensons pour notre part qu'il n'en est rien. Comme indiqué dans des articles précédents, l'Allemagne peut se croire aujourd'hui assez puissante pour prendre la tête d'une Union européenne devenue docile et gagner ce faisant une position de deuxième puissance mondiale face aux Etats-Unis, dépassant largement la Russie et la Chine.

Que ferait-elle de cette puissance? S'allier à la Russie et aux Brics pour pouvoir s'opposer victorieusement aux Etats-Unis? C'est la crainte, nous l'avons rappelé, qu'exprime le géostratège de la puissance américaine George Friedman. Ou au contraire s'allier à l'Amérique, constamment renforcée grâce aux divers satellites que lui procureront les deux traités TTIP et TIP, pour soumettre la Russie et les Brics. Il est certain dans ce cas que les ressources naturelles d'une Russie enfin dominée serviraient beaucoup les ambitions de la puissance allemande, bien plus apte que l'Amérique, car plus proche, à les exploiter.

Il est évident que, dans l'une ou l'autre des hypothèses, la France encore dotée d'une force militaire et d'une industrie de défense respectables, encore décidée à les financer en dépit de l'austérité, pourrait faire pièce à l'Allemagne, ou tout au moins exiger de partager avec elle les retombées de ses ambitions devenues mondiales, quelles que soient celles-ci.

Plus simplement, aujourd'hui, la France devrait dire à l'Allemagne, qui s'enrichit au lieu de faire l'effort pour se défendre dans un monde de plus en plus dangereux, je veux bien le faire à votre place, mais il faut payer le prix de la sécurité. Cessez donc d'exiger de nous des « réformes » qui ruineraient notre économie, et partagez avec nous le prix d'une armée dédiée à une défense commune.


Quoiqu'il en soit, si l'ambassadeur d'Allemagne assiste, aux côtés du président de la République française, au défilé du 14 juillet 2015, ce seront peut-être de telles considérations qu'il aura en tête.


11/07/2015
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Vision de l'Allemagne erronée
11/07/2015 18:50:34 | Par : jacques Favin Lévêque
Justement à la veille d'un 14 juillet où , en dépit d'une mise en scène médiatique qui ne saurait faire illusion aux professionnels de la Défense, pas plus qu' simple au citoyen français, la réduction de l'outil de défense de notre pays a dépassé les limites du raisonnable , je ne peux accepter le titre de ton article, et encore moins ses développements sur ta vision de l'Allemagne, de son positionnement par rapport à la France et par rapport à l'Europe.
Si nous construisons l'Europe à grand peine depuis les années 50, c'est d'abord et avant tout pour ne pas retomber dans l'affrontement rituel entre nos 2 pays. Ressusciter artificiellement -je dis bien artificiellement, c'est-à-dire sans aucun fondement sérieux- les conflits du passé, nous faire croire comme certain ministre , heureusement remercié, que Bismarck renait sous le masque austère d''Angela Merkel, c'est irresponsable et je m'étonne que tu te laisses aller à propager de telles théories.
Non, l'armée Française ne tienndra pas tête à l'Allemagne. Son voeu le plus cher s'est exprimé depuis plus de 20 ans dans la création de la Brigade Franco- allemande, malheureusement restée unique en son genre, et l' espoir de nombre de ses cadres, dont moi-même, est de voir au plus tôt se mettre en place autour du couple franco-allemand la "Coopération Structurée Permanente" dont le Traité de Lisbonne offre la possibilité à tous les Etats Membres de l'UE qui veulent et qui peuvent aller plus vite et plus loin dans l'intégration de leurs forces militaires et de leur industrie de défense.
Arrètons cet anti germanisme primaire et ne prenons pas des lunettes grossissement 30 pour évoquer les divergences politiques entre nos 2 pays..., certes réelles , mais pas aussi dramatiques que certains se complaisent à le faire croire...gne
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