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Brics. De Fortalezza à Oufa. Du rêve aux réalités?

Le 8 juillet 2015, les sommets internationaux des Brics et de l'OCS débuteront à Oufa (république de Bachkirie, Russie). Ils prennent fin ce jour 10 juillet. Aucun compte-rendu officiel des travaux n'a encore été communiqué, mais les points principaux de l'ordre du jour du sommet des Brics sont connus.

Cette année, la Russie préside les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et l'OCS, qui réunit la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et la Russie. La Mongolie, l'Inde, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan y ont un statut d'Etat observateur. En septembre 2014, le Pakistan et l'Inde ont fait des demandes officielles d'adhésion à l'OCS. Il avait été précédemment décidé de confier à l'Inde la présidence des Brics pour 5 ans

Les dirigeants des pays membres du groupe Brics discuteront de leur rôle dans l'économie mondiale et de leur coopération dans l'objectif d'élargir des liens commerciaux et de promouvoir leurs intérêts communs au sein du G20.

Les perspectives précédemment évoquées, notamment lors du sommet précédent des Brics au Brésil; en 2014, seront discutés. Mais il est peu probable qu'un accord général s'établisse à Oufa, vu les différences de points de vue entre les membres. Il s'agit de la réforme du système de gestion du FMI permettant d'y augmenter le rôle des pays émergents, du fonctionnement de la nouvelle banque de développement des Brics et de celui du pool de réserves monétaires destiné à se substituer au moins en partie au FMI actuel. La question d'un accord entre pays membres visant à remplacer dans leurs échanges le dollar par leurs monnaies propres sera également examinée.

Pour la Russie, les objectifs sont clairs: «  Nous estimons que grâce à l'émergence de la nouvelle banque de développement et du pool de réserves monétaires, les pays membres du groupe Brics auront des mécanismes communs susceptibles de contribuer à la stabilisation des marchés nationaux en cas de nouvelles crises économiques mondiales. Ils auront également la possibilité d'accorder des prêts pour de nouveaux projets d'investissement et afin d'élargir les liens économiques et commerciaux", a déclaré le conseiller diplomatique du président du sommet d'Oufa, Vladimir Poutine.

L'objectif est de faire de la banque de développement «  une des plus grandes institutions multilatérales chargées de financer des projets d'infrastructure dans les Etats membres des Brics et dans d'autres pays émergents ».

Sans attendre, dès le début du sommet, les ministres de la jeunesse des pays des Brics sont prononcés à Kazan pour la création d'une station spatiale commune et d'une agence de notation. Il s'agira de l'aspect le plus spectaculaire d'une coopération scientifique concernant des projets technologiques communs, l'établissement de centres de recherche coopératifs et de parcs industriels.

Tout ceci vise, fort légitimement, à faire pendant à la domination financière, industrielle et scientifique qu'exerce sur le monde, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, ce que nous pouvons appeler l'Empire américain, assisté de ses vassaux japonais et européens.

Certaines réalités

Mais il faudra que les membres du Brics tiennent compte des réalités pesant encore sur leurs ambitions. Les ressources en capitaux, matière grise, capacités administratives nécessaires au démarrage de ces projets ne seront pas très abondantes. Par ailleurs, pendant plusieurs années, sinon plusieurs décennies, des handicaps structurels, c'est à dire résistant aux décisions politiques volontaristes, pèseront sur les membres, de façon différente mais globalement pénalisantes. La liste en est bien connue:

  • Pour la Chine et plus encore pour l'Inde le poids d'une population qui restera largement en dehors des projets de développement et qui les handicapera durablement. De plus en Inde pèse le système des castes et l'exploitation des femmes, liés à des héritages sociologiques et religieux millénaires.

  • Pour la Chine et l'Inde, le manque de ressources alimentaires et en matière première, qui s'aggravera avec le réchauffement climatique. Mieux dotés à cet égard, la Russie et le Brésil pourront apporter des contributions à l'ensemble, mais les transferts nécessaires demanderont des investissements importants pour se mettre en place.

  • Pour la Chine, sans doute aussi pour la Russie, la difficulté à mettre en place des systèmes bancaires et boursiers susceptibles de mobiliser l'épargne des collectivités locales et des particuliers. L'actuel effondrement boursier en Chine en a fourni un exemple spectaculaire.

  • Pour tous, la difficulté à créer des synergies entre des politiques communes aux Brics, les politiques des Etats et surtout celles des provinces et collectivités locales. En Chine, les initiatives dangereuses de ces dernières en donne un exemple.

  • Pour tous, une corruption généralisée. Celle-ci, comme la religion, est culturelle. Elle signifie que chacun, dès qu'il dispose d'un peu d'autorité, est incité à s'en servir pour améliorer son statut propre. Mais il n'en résulte pas nécessairement un bien commun, analogue à celui que les économistes libéraux attendaient du marché. De la concurrence libérale, malgré ses insuffisances, ont pu résulter des investissements communs bénéficiaires à tous. La corruption correspond au contraire à une prédation généralisée.

    Sous des formes un peu plus élaborées, la corruption est également omniprésente aux Etats-Unis et en Europe, notamment au sein des institutions communautaires. Mais un certain contrôle de l'opinion permet d'en limiter les effets destructeurs.

Tout ceci ne veut pas dire que les Brics ne pourront pas à terme, comme certains en leur sein l'espèrent, tenir tête à l'Empire américain. Mais il ne faudra pas oublier que le système politique, industriel et médiatique de l'Empire est en train de se renforcer. Il s'agit de la mise en place autour des Etats-Unis d'une aile de dépendance européenne grâce au TTIP, et d'une aile asiatique équivalente, grâce au TPP.

Ceci d'ailleurs avec l'acceptation passive des européens, y compris des allemands. Alors qu'ils auraient pu apporter aux Brics les compétences qui manquent encore à ces derniers, afin de constituer un pôle efficace de lutte contre les désastres environnementaux et contre aussi contre l'islamisation galopante s'imposant par des massacres et décapitations de masse, notamment au sein d'une population africaine en pleine croissance, ils continueront, notamment du fait du TTIP, d'accepter leur rôle actuel de vassaux de l'Empire.

10/07/2015
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