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Citoyenneté francaise et 14 juillet

En cette période où certains s'interrogent sur les valeurs de la république française, nous avons reçu deux textes de nos membres, très différents mais qui se complètent. Nous les publions ici

REPUBLICA PATRIA NOSTRA (LA RÉPUBLIQUE EST NOTRE PATRIE)

D'après la devise de la Légion Etrangère "LEGIO PATRIA NOSTRA"

Pourquoi parler de ces hommes  et de ces femmes qui ont choisi de défendre la République et ses valeurs, en acceptant, s'il le fallait de mourir pour elle?

Parce que ce choix permet de devenir Citoyen Français par le sang versé pour nos valeurs, c'est à dire citoyen Français de préférence !

Comme lors des derniers siècles de Rome, aujourd'hui se perdent les valeurs de la République.

Être Citoyen-ne Français-e est un honneur qui comporte des devoirs et qui génère des droits.

Ne devrions-nous pas réfléchir à la différence entre établir la nationalité et la citoyenneté.

La nationalité peut relever du droit du sol , du sang ou d'une combinaison harmonieuse de ces deux systèmes.

La Citoyenneté ne devrait-elle pas relever, dans une République, d'un acte volontaire, renouvelé ?

Qu'importe que nous soyons ou non né en France, d'ancêtres connus dans l'histoire ou non, le simple fait de naître sur un sol, ou d'une lignée de français ne peut, à lui seul conférer la citoyenneté.

Ce qui fait la citoyenneté est décrit dans le chant du départ, c'est être prêt à vivre et mourir pour la République autant qu'il est nécessaire "La République nous appelle, un Français doit vivre pour elle, pour elle un Français doit mourir".

Cette citoyenneté ne pourrait-elle pas s'accomplir par un parcours initiatique et républicain ? 

Ainsi tout au long de sa vie chaque personne exprimerait sa volonté de devenir et de rester citoyen-ne Français-e et serait reconnu comme tel-le.

Tout commencerait par l'école et le lycée, avec la notion de "cadet-te de la République, puis d'apprenti-e citoyen-ne, et ensuite de compagnon-ne citoyen-ne, avec l'acquisition du droit de vote, ce parcours se terminerait avec le statut de "Maître Citoyen-ne" qui emporterait la pleine possession de tous les devoirs et droits liés à la qualité de citoyen_ne Française, dont l'éligibilité.


Michel Carrière

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LE QUATORZE JUILLET: LA FÊTE NATIONALE FRANÇAISE

Les petits français connaissent assurément trois dates de leur Histoire : l'an 800, couronnement de l'Empereur Charlemagne (sans toujours savoir qu'ils en partagent la célébration avec les petits allemands), 1515, Marignan (pourquoi cette victoire de François 1er sur les suisses alliés au Pape Léon X, en Lombardie ?) et, quand l'institutrice leur demande : que s'est il passé le 14 Juillet 1789 ? Réponse en chœur: la prise de la Bastille !

Cette prise de la Bastille deviendra sous la IIIe république, en 1880, la Fête Nationale.

Cette forteresse qui érigeait ses tours dans le faubourg St Antoine deviendra le symbole de la destruction par le peuple de Paris de l'absolutisme royal et de la fin de la société d'Ancien régime reposant sur la domination des « Ordres « privilégiés : le Clergé et la Noblesse au détriment du troisième ordre : le Tiers Etat.

De cette journée qui devait, par ses effets induits, emporter la monarchie, Louis XVI n'eut pas conscience, qui écrivait dans son journal quotidien : « Mardi 14 : rien ».

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Nous sommes en 1789 et la grande affaire, c'est la convocation des « Etats Généraux », à Versailles, le 5 mai, pour résoudre la crise financière, conséquence notamment de la guerre d'Amérique, que la monarchie, devant l'opposition des privilégiés, n'avait pas su résoudre.

La révolution des avocats

Cette crispation des privilégiés sur la pérennité de leurs avantages va être balayée par ce que l'historien François Furet a appelé « La révolution des avocats » du mois de Juin 1789.

Cette révolution constitutionnelle a son théoricien, l'abbé Sieyès, député du "Tiers" de Paris, qui lance en Janvier 89 son fameux libelle : « Qu'est ce que le Tiers Etat ? Tout. Qu'a-t-il été ? Rien. Que veut-il devenir ? Quelque chose ». De fait, le Tiers Etat représente 98% de la population et sous la pression des assemblées provinciales (les « Etats »), il obtiendra le doublement de sa représentation aux Etats Généraux.

Refusant de se plier au vote par ordres - qui condamnait toute entreprise de rénovation - le Tiers Etat se constitue le 17 Juin en Assemblée Nationale. Se saisissant de la souveraineté au nom de la Nation, il crée un nouveau pouvoir indépendant du monarque. Le grand acte révolutionnaire est consommé.

Que va faire le pouvoir ? Le ministre Necker « lâche » sur l'égalité fiscale et l'admission de tous aux emplois publics mais ne dit mot sur la validité de la proclamation du 17 Juin. Le Roi fait fermer la salle des Etats qui répliqueront, le 20 Juin, par le célèbre Serment du Jeu de Paume, illustré par David, où l'on voit Mounier leur proposant de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution au royaume.

La majorité du clergé et quelques nobles viennent rejoindre la nouvelle Assemblée Nationale.

C'est ensuite l'épreuve de force : le Roi vient devant l'Assemblée et, tout en présentant quelques réformes, casse les décisions du Tiers et interdit aux trois ordres de siéger en commun. Tout est à refaire et la menace de dissolution des Etats généraux est bien réelle. Nos premiers élus vont-ils rentrer chez eux ? L'ordre est formel. Vous avez entendu l'ordre du roi ? Il faut vous séparer ! déclare le marquis de Dreux-Brézé.

Trois phrases étonnantes vont changer le cours des événements :

- Bailly, président de l'Assemblée Nationale : "la Nation assemblée ne peut recevoir d'ordres"

- Sieyès : "vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez hier"

- Mirabeau : "nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes".

L'Assemblée confirme ses précédents arrêtés et déclare l'inviolabilité des ses membres.

La dernière formule émane du Roi et résume sa capitulation : « Eh bien, s'ils ne veulent pas s'en aller, qu'ils restent ! » Le 27 Juin, il ordonne à son « fidèle clergé «  et sa « fidèle noblesse » de rejoindre l'Assemblée Nationale.

La Révolution des députés du Tiers est victorieuse. Le 8 Juillet, l'Assemblée nomme un Comité de Constitution et le 9, elle prend le nom d'Assemblée Constituante.

Le rappel de ces événements historiques est indispensable pour comprendre la mobilisation du peuple de Paris qui va faire suite à la tentative de reprise en main militaire de la Cour.

La contre révolution suscite la mobilisation des patriotes

Poussé par ceux qu'on appellera plus tard les « ultras », Louis XVI mobilise 16 régiments autour de Paris, principalement allemands et suisses au prétexte de maintenir l'ordre. Le 11 Juillet, il exile le populaire Necker, congédie les ministres libéraux et les remplace par un gouvernement contre révolutionnaire dirigé par l'aristocrate Breteuil avec le maréchal de Broglie, tête pensante de la Cour, à la Guerre.

Paris bouillonne. La révolution des avocats a réveillé l'esprit égalitariste et surtout Paris a faim. Le prix du pain a doublé – le 14 juillet, il sera le plus cher du siècle. Le « complot aristocratique » dénoncé par des orateurs improvisés du Palais Royal comme Camille Desmoulins qui stigmatise « une St Barthélémy des patriotes », se conjugue avec la crainte de la banqueroute qui alarme les rentiers, les possédants, les bourgeois. Ceux ci mobilisent les 400 grands électeurs de la capitale qui se constituent en municipalité semi clandestine. Quand le 12 Juillet le renvoi de Necker est connu, c'est l'émeute populaire rejointe par les gardes françaises qui sortent de leurs casernes. On brise les octrois (chargés de prélever les taxes à l'entrée dans la ville) et on chasse les employés de la Ferme Générale (l'administration des impôts).

Le 13 Juillet, des milliers de personnes réclament des armes à l'Hôtel de Ville. Les électeurs nomment un Comité permanent et décident la création immédiate d'une milice bourgeoise, la Garde Nationale, bientôt commandée par La Fayette. Dans la nuit du 13, Paris illumine.

Où trouver des armes ? On cherche d'abord aux Invalides ou la foule s'approprie 3000 fusils et quelques canons puis le peuple se dirige vers la Bastille, l'ancienne prison d'Etat où le Roi faisait interner les mauvais sujets par lettre de cachets. Assurément, l'objectif est spontané. Mais, fait remarquer l'historien François Furet1 « Y a-t-il alors, au plus profond des consciences humiliées le sentiment confus que le sombre château qui barre de ses huit grosses tours l'entrée du Faubourg St Antoine est un lumineux symbole de l'ennemi ? »

Le Gouverneur de Launay, qui ne dispose que d'une garnison réduite, tente de parlementer mais laisse les émeutiers pénétrer dans les Cours avancés.

D'où partit le premier coup de feu ? Sans doute de la forteresse où comme l'écrivit Rivarol, Launay « perdit la tête avant qu'on la lui coupât ». La fusillade est meurtrière pour les assaillants qui perdent une centaine d'hommes. Puis les gardes françaises braquent quatre canons pris le matin aux Invalides devant le pont levis. Launay capitula sous promesse de vie sauve. Aussitôt les ponts baissés, la foule se rue à l'intérieur et inaugure la longue série des atroces massacres qui marqueront toutes les Journées révolutionnaires.

Trainé jusqu'à l'Hôtel de Ville, Launay fut massacré avec six des siens ainsi que le prévôt des marchands Flesselle. Les têtes furent promenées au bout de piques tandis que les vainqueurs tiraient de prison les « victimes du despotisme » : deux fous, un débauché, quatre faussaires.

Devant les vainqueurs de la Bastille, le Roi cède. Non seulement, il cède, mais il reste. Les principaux protagonistes de la contre révolution émigrent (son frère Artois- le futur Charles X- les princes de Condé et de Conti, Breteuil, les Polignac). La Ville a brisé la Cour.

Le 16 Juillet, Louis XVI rappelle Necker et ses collègues congédiés. Le 17, il se rend à l'Hôtel de Ville où, des mains de Bailly, nouveau maire et de La Fayette, commandant la Garde nationale il reçoit la cocarde tricolore où, au milieu du bleu et du rouge – les couleurs de la Ville – figure le blanc de la Royauté. Nouveau symbole de la France transformée qui deviendra le drapeau des armées révolutionnaires et celui de la Nation.

Moins de trois mois plus tard, ces mêmes forces populaires renforcées de bataillons de la Garde Nationale vont ramener de force le Roi de Versailles à Paris. Simultanément, les villes de provinces s'organiseront à l'image de Paris et créeront leurs municipalités, se reliant entre elles en « fédérations de communes ».

Ce mouvement devait aboutir à Paris, en un autre 14 Juillet, celui de 1790 en souvenir de la prise de la Bastille. Ce fut la « Fête de la Fédération », symbole de l'Union du peuple et de son Roi et aboutissement de cette révolution des avocats concepteurs d'une monarchie limitée.

La tourmente révolutionnaire va bientôt balayer cette union fugace. Deux ans plus tard, ces mêmes "fédérés" vont jouer un rôle déterminant dans la chute de la monarchie. Les bataillons marseillais notamment qui entrèrent dans Paris aux accents du "Chant de guerre pour l'armée du Rhin que venait de composer, à Strasbourg, le capitaine du génie, Rouget de l'Isle. "La Marseillaise" devenait, en 1795, l'Hymne national français;

La prise de la Bastille va cependant permettre à la Constituante de parachever son œuvre par l'abolition des privilèges (nuit du 4 Août) et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Malgré les remous de la Constitution civile du Clergé (Juillet 90) qui entraina la fuite du Roi (21 Juin 1791), l'intervention du peuple de la Bastille permit à la Constituante de parachever son œuvre. La Constitution fut votée le 4 Septembre 1791.

Le 30 Septembre 1791, l'Assemblée Constituante laisse place à la Législative.

L'intervention des sans-culottes (qui portent le pantalon rayé, ce qui les différencie des aristocrates arborant culotte courte et bas de soie) aura permis de consolider la révolution des juristes qui fera valoir ses conséquences, non seulement dans la France actuelle, mais également dans toute l'Europe.

Cette œuvre est immense : liberté (de presse, d'opinion, de conscience), égalité des citoyens, respect de la propriété, souveraineté de la nation. Mais aussi transformation des contributions, réorganisation du royaume en départements, création d'une nouvelle organisation judiciaire.

Le 14 Juillet marque également l'entrée dans l'Histoire de la Commune de Paris qui deviendra bientôt insurrectionnelle et provoquera le 10 Août 1792 la suspension du Roi, prélude à son procès et à son exécution. Les "sans culottes" formeront l'ossature du parti montagnard, bientôt pris en main par Robespierre, et qui s'illustrera dans la Terreur.

Braquant des canons devant l'Assemblée, ils vont être à l'origine de la chute de la Gironde et de l'exécution de ses chefs. Eux encore qui s'illustreront dans les « Comités de surveillance », grands pourvoyeurs du tribunal révolutionnaire. Mais, après la chute de Danton, Robespierre devra réduire les excès de la Commune qui ne se mobilisera pas au moment de son arrestation, permettant ainsi de mettre fin, avec Thermidor, au gouvernement révolutionnaire basé sur la Terreur.

Ce rôle historique du peuple de Paris sera durable : ce sont les héritiers des sans-culottes de la Bastille qui chasseront Charles X, après les Journées de Juillet 1830 (les "Trois Glorieuses"). Eux qui chasseront Louis Philippe, après les barricades de Février 1848 permettant le gouvernement provisoire de Lamartine et l'avènement de la République. C'est encore la Commune qui provoquera l'insurrection de Paris en mars 71 avant que la « pacification », qui fit 20000 morts, ne provoque un clivage profond entre les forces de l'ordre et celles du mouvement qui va marquer toute l'Histoire de la République.

Gérard Bokanovski




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01/07/2015
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