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La déflation serait une bonne chose si l'on savait en tirer parti

Vu de Sirius, le phénomène général de déflation (forme accentuée de récession) qui semble atteindre toutes les économies du monde devrait être considéré comme une bonne chose. Ceci pas seulement par les écologistes et militants de la décroissance qui dénoncent à juste titre la course aveugle à la catastrophe globale dans laquelle la frénésie de profit et de consommations absurdes menait le monde. Encore faudrait-il que les Etats auxquels ont fait appel pour lutter contre les conséquences de cette déflation ne se lancent pas dans des politiques irresponsables de relance demandées par ces mêmes intérêts financiers et industriels, lesquels n'avaient rien fait pour prévenir la crise.

 Certes, la déflation entraîne des baisses d'activités et produit donc du chômage. Ce chômage est très dur à supporter pour ceux qui le subissent directement. Il faut y porter remède. Mais secourir les chômeurs et les aider à se réadapter ne doit pas signifier relancer des activités de toutes façons condamnées à terme, notamment par la grande crise environnementale qui s'annonce. A cet égard nul ne versera de larmes sur le fait que les consommateurs américains soient obligés du fait de la restriction de crédit (credit crunch) à réduire leurs achats de produits chinois. Ils consomment déjà une part du PNB mondial bien supérieure à ce qu'ils auraient droit en bonne équité. Les Chinois seront obligés (comme ils vont semble-t-il d'ailleurs le faire) de réorienter leurs productions vers le marché intérieur ou de grands travaux. Le monde s'en portera mieux.

L'exemple de l'industrie de l'automobile, notamment de l'automobile américaine, est si exemplaire qu'il en parait caricatural. Les 3 grands de Détroit, dits les 3D, GM, Ford et Chrysler,  appellent le gouvernement à les soutenir par des fonds publics, sans contreparties destinées à introduire des représentants de l'Etat dans leurs conseils d'administration.  Une vaste part de l'opinion mondiale éclairée avait compris depuis longtemps, grâce aux campagnes des écologistes, que continuer à produire des SUV et autres 4/4 sans autres alternatives était suicidaire. Mais tant que ces véhicules trouvaient encore preneurs, ni les 3D ni le gouvernement, qui aurait du depuis longtemps taxer l'essence comme en Europe, n'avaient voulu réagir. On a là un exemple typique des dérèglements imposés aux sociétés par le jeu des lobbies politico-industriels, en l'espèce celui des industriels de l'automobile et du pétrole mariés pour le pire avec les hommes politiques concernés.

L'opinion, avons-nous dit, a commencé à réagir, y compris aux Etats-Unis, puisque la chute des achats de SUV et la hausse des ventes de « petites voitures » asiatiques sont devenues subitement très fortes et se maintiennent, alors même que  le prix de l'essence parait  à nouveau pouvoir momentanément baisser. Mais il n'est pas du tout certain que le président-élu Barack Obama décidera de « laisser tomber le secteur » comme certains le lui suggèrent. Les arguments habituels du lobby politico-industriel, en l'espèce étendu au militaire, fleurissent dorénavant en haut lieu. Non seulement on fait valoir que les salariés de l'automobile doivent bénéficier de la plus grande bienveillance du gouvernement, mais surtout, ce qui est plus significatif, on avertit que ce sera toute l'industrie de l'armement, terrestre en priorité, qui souffrirait de la disparition de la compétence en mécanique des 3D. Bien évidemment, il ne serait pas question de demander à Toyota et Nissan de concevoir et fabriquer des blindés et autres matériels  militaires de l'US Army.

Ce type d'arguments, pour justifier la poursuite grâce aux fonds publics de productions qui ne trouvent plus preneurs, sera utilisé dans tous les pays et dans tous les secteurs. Des biens de consommation ou des logements  inutilement luxueux, des activités comme la restauration et le tourisme  hauts de gamme seront présentés comme vitaux. Les entrepreneurs et leurs banquiers mettront en avant les conséquence sur la main-d'œuvre qu'entraînerait la récession les concernant, alors qu'ils continueront  jusqu'au dernier moment d'en tirer des profits.  .Quels gouvernements auront le courage d'expliquer qu'il s'agit de comportements économiques définitivement condamnés et à reconvertir, sachant que cette reconversion demandera du temps et de l'argent.

En Europe, c'est semble-t-il ce qui est en train de se produire. Le plan de relance de 130 milliards (soit seulement 1% du PIB européen)  envisagé, mais non encore décidé, par la Commission reprendra en partie des financements déjà inscrits  au niveau des Etats. Comme ce seront par ailleurs ces derniers qui le mettront en œuvre, on ne voit pas les gouvernements affronter directement leurs électorats en réservant les crédits  à des investissements essentiels mais non spectaculaires, comme l'engagement de travaux d'infrastructure ou de recherches/développements en faveur des technologies de remplacement. La timidité d'Angela Merkel vis-à-vis de son électorat est significative. La position manifestement la plus commode pour elle, comme pour beaucoup d'autres gouvernements, sera de ne rien reconvertir en profondeur et se borner à dédommager les plus bruyants des lobbies.

Qu'en sera-t-il du Fonds souverain dit stratégique de 20 milliards annoncé par Nicolas Sarkozy le 20 novembre. Il est censé protéger des industries stratégiques d'éventuelles prises en mains par des capitaux spéculatifs étrangers. Il devrait aussi, appliqué par exemple à l'industrie automobile, accélérer le développement de véhicules propres. Mais son montant reste extrêmement faible par rapport aux besoins potentiels. Par ailleurs, il ne sera sans doute pas coordonné avec les actions des autres gouvernements, dans les secteurs comme l'automobile, les industries mécaniques, les énergies douces  et les infrastructures qui le justifieraient. Ne mentionnons même pas les industries culturelles. L'actuelle panne de serveur que subit la bibliothèque en ligne Europeana (http://dev.europeana.eu/) , face à l'intérêt des internautes et du fait qu'elle n'a disposé que de crédits ridicules pour numériser et mettre en ligne les œuvres, est typique de l'aveuglement des pouvoirs publics à l'encontre des nouvelles perspectives ouvertes pas les types de consommation « non polluantes » aux multiples retombées à terme.

Pour le moment, tout semble donc indiquer que l'Europe et les autres Etats industriels subiront les effets négatifs de la récession sans en faire un tremplin afin de s'orienter vers d'autres types de production et de consommation. Pendant ce temps, les Emirs de Dubaï et d'Abou Dhabi  continueront à scandaliser le monde (enfin...à l'exception des crétins) par des réalisations délirantes, en termes de coûts, nuisances et inutilité, financées par notre addiction persistante au pétrole.

Mais il paraîtrait, aux dernières nouvelles, que certaines des centaines de villas offertes dans l'affreuse Palm Island de Dubaï trouveraient moins facilement preneurs.  Nous plaignons l'Emir.


21/11/2008
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