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L'Iran n'est pas prête à se soumettre aux pressions de Washington

D'après les chroniqueurs de la vie politique américaine, Obama avait ambitionné, en engageant avec l'Iran des discussions sur le nucléaire, pouvoir en cas de succès de celles-ci suspendre les sanctions contre Téhéran et se présenter comme (enfin) digne du Prix Nobel de la paix qu'il avait jadis reçu. Au delà de cela, il espérait pouvoir mettre l'Iran dans son jeu au Moyen-Orient, en obtenant de ce pays qu'il accepte de renoncer à son « amitié » avec la Russie et qu'il renonce en conséquence à soutenir Bashar al Assad. Dans la pseudo-guerre que mène l'Amérique contre l'Etat islamique (EI), il espérait aussi le soutien de l'Iran afin de s'épargner les critiques internationales relativement aux médiocres résultats de cette guerre. Or le coup parait manqué.
L'intérêt jusqu'ici  porté aux négociations sur le nucléaire iranien a perdu beaucoup de son importance, compte tenu du fait que tous les renseignements disponibles, y compris provenant de l'espionnage américain, montrent que l'Iran, malgré les affirmations d'Israël, n'a ni la possibilité ni même l'intention de se doter de la bombe. De ce fait, l'Iran ne se préoccupe plus guère, à supposer qu'il l'ai jamais fait, de conserver les faveurs de l'Amérique. Cela est visible dans deux secteurs clefs.

Le premier concerne l'affrontement avec l'EI, que Téhéran paraît beaucoup plus déterminé à combattre que la coalition menée par Obama. Dans une réception donnée le 3 juin dans la capitale iranienne en honneur de Jihad al-Lahham, speaker du parlement de Damas, le président iranien Hassan Rouhani a accusé les pays arabes et les pays occidentaux membres de la coalition contre l'EI, dont les chefs se réunissaient au même moment à Paris, d'avoir en fait provoqué la naissance de l'EI en armant les pseudos « rebelles modérés » en guerre contre Bashar al Assad. Les djihadistes ainsi encouragés et armés se sont immédiatement retourné contre les Occidentaux et leurs alliées arabes sunnites. Or a dit Rouhani, les ennemis de la Syrie, qui pensaient venir en quelques mois à bout de Bashar al Assad après 4 ans de résistance de celui-ci, ont été déçus.

Rouhani a prononcé ainsi enfin les paroles qu'attendaient ceux pour qui Bashar al Assad, malgré sa brutalité, est bien préférable à une Syrie livrée comme l'est aujourd'hui la Libye, aux djihadistes. « The government and nation of Iran will stand by the government and nation of Syria till the end. » a-t-il affirmé. Inutile de traduire. Pour Bashar et ses troupes qui ces dernières semaines avaient affronté de grandes difficultés, ces paroles seront un réconfort. On peut penser que l'Iran sera prête à mettre des troupes sur le terrain pour combattre les terroristes de l'EI afin de soulager Bashar. Cette intervention, si elle se produisait, sera très bien vue de la Russie, qui hésitait encore à intervenir militairement en soutien de Damas, malgré l'intérêt qu'elle porte à conserver l'usage de la base stratégique de Tartous.

Le chef du Conseil suprême de sécurité iranien, l'amiral Ali Shamkhani, a fait immédiatement écho aux propos de Hassan Rouhani. La Syrie, a-t-il dit, est en première ligne dans la défense des pays islamiques contre les djihadiste de l'EI et leur allié le Front Al Nusra. Il s'agit, a-t-il précisé, d'un terrorisme sunnite (takfiri ) qui, s'il triomphe, mettra tout le Moyen et Proche Orient dans une situation incontrôlable. Ajoutons pour notre part que, face à cet engagement iranien renouvelé en faveur de Bashar al Assad, les Américains et plus encore leurs alliés israéliens et français devraient réfléchir à deux fois avant de continuer à se mettre l'Iran à dos– d'autant plus que celle-ci apparaît comme un facteur de stabilité dans une région qui en a bien besoin.

IranStream

Dans un tout autre domaine, mais à terme aussi important, l'Iran semble décidée à s'entendre avec la Russie pour favoriser l'exportation de gaz russe vers divers pays du Moyen Orient et d'Europe. Comme le rapporte ce jour Dedefensa, Azizollah Ramezani, directeur des affaires internationales de la Compagnie nationale du gaz iranien (NIGC), envisage la possibilité de livrer du gaz en Europe via le gazoduc russe Turkish Stream, une fois que les sanctions économiques décrétées contre l'Iran seront levées. L'Iran pourrait ainsi avoir avec la Russie des domaines d'activité conjointe, à commencer par le développement du réseau des gazoducs.

A l'avenir, les gazoducs iraniens et russes à destination de l'Europe pourraient s'unifier et livrer ensemble le gaz en Europe. Dans cette perspective, Azizollah Ramezani a indiqué dans les couloirs du congrès mondial du gaz qui se tient en ce moment à Paris, que le gaz russe puis iranien (dont les réserves sont considérables) pourraient être transférés vers le hub qui sera construit à la frontière avec la Grèce dans le cadre du projet russe Turkish Stream, afin de permettre des livraisons du gaz en Europe.

Inutile de dire qu'il s'agirait d'une nouvelle défaite diplomatique pour Washington, lequel espérait pouvoir disposer du gaz iranien afin de priver la Russie de ses débouchés actuels et futurs en Europe. Accessoirement, la Grèce ne pourrait que se réjouir de cette perspective. Elle lui permettrait de reprendre un peu d'indépendance face aux exigences du FMI.

03/06/2015
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